
Mise en scène Didier LONG
Avec Eric Laugérias, Hermine Granville, Cassandre de Kerraoul, Valérie Vogt ou Séverine Vincent, Robin Hairabian, Antony Cochin ou Didier Long.

Photo Sébastien Toubon
Antigone, voilà une figure phare qui retentit dans les mémoires depuis des siècles.C’est le personnage principal de la tragédie grecque éponyme de Sophocle en 441 avant J.C.
Il ne faut pas oublier que Jean ANOUIHL s’est inspiré de cette tragédie en 1942, en pleine occupation. Il fallait avoir l’aval des collaborateurs des nazis pour monter un spectacle et ces derniers n’ayant pas compris qu’Antigone symbolisait la résistance ont accepté sa création.
Nous connaissons l’arbitraire de la loi, les abus du pouvoir mais cette femme ne parle pas politique dans cette pièce même si son comportement la questionne, elle parlerait tout simplement à notre raison d’être, à quelque chose d’intime et viscéral que la menace de mort ne peut ébranler.
Entre Créon qui entend exercer son pouvoir et qui représente l’ordre et la loi et Antigone aucun dialogue n’est possible car ces deux personnages sont antinomiques et donc ne peuvent se rejoindre.
Dans sa note d’intention Didier LONG souligne l’actualité d’Antigone : Dans une époque marquée par la polarisation politique et par l’engagement passionné de la jeunesse face aux urgences climatiques ou sociales, le « non » absolu d’Antigone est d’une actualité saisissante.
Pour sa mise en scène au Théâtre du Poche Montparnasse, Didier Long a choisi l’épure, celle-la même qui sied au personnage d’Antigone. On entend bien le texte d’Anouilh qui nous éclaire sur l’incompatibilité morale de Créon et d’Antigone.
Antigone ne s’intéresse pas au bonheur, elle brûle de l’intérieur, c’est un rocher ardent. Créon est tout simplement comme le commun des mortels, il croit à l’ordre et pour lui, 2 et 2 font quatre. Pourtant nous le savons Antigone a des raisons de s’émouvoir et de ne pas rester « tranquille » comme sa sœur Ismène. Elle est révoltée et éprouve que sa conscience va bien au-delà de sa propre vie. Cette conscience est inaliénable.
Mais au fond Antigone est une personne malheureuse, profondément seule. Quand on pense qu’il y a près de 2500 ans, Sophocle avait réussi à faire jaillir le cri de cette femme ! Dans l’antiquité déjà il était question de la soumission de la femme à l’homme.
Aucune femme d’aujourd’hui ne peut rester insensible au message d’Antigone, celui de la liberté de conscience et elle parle tout autant aux hommes.
Dans la pièce d’Anouilh, la condescendance de Créon vis à vis d’Antigone est flagrante. La composition d’Eric LAUGERIAS est remarquable. C’est un Créon plus humain que tyran que nous découvrons. Le comédien apporte beaucoup de nuances au personnage. Quant à Hermine GRANVILLE, elle exprime avec justesse la violence d’Antigone.
Au-delà des dialogues fort calibrés d’Anouilh, quelques silences ne seraient pas de trop pour laisser place à la sidération du public face à ce scandale que représente l’interdiction de rendre hommage à un mort pour des raisons politiques. L’intime contre la Loi, si ce n’est pas malheureux.
Telle quelle, la mise en scène de Didier LONG adroite et raisonnée ne brime pas l’émotion du public qui l’applaudit chaudement.
Evelyne Trân
Le 2 Mai 2026