FORCIOLI chante et dit BRASSENS : LE SENS DE L’IMAGE par Laurent Gharibian

forcioli

Ce spectacle a connu sur Paris une seule représentation le 30 janvier 2020 dans un lieu intimiste dont l’acoustique permet de se produire sans micro : « Les rendez-vous d’ailleurs ». Accueil chaleureux, programmation originale (1).

Parce que cet événement a suscité grand intérêt, une reprise reste fort probable dans la capitale ou en régions dans les mois à venir. Raison de plus pour signaler, encore aujourd’hui, l’existence de ce moment d’exception malgré les effets collatéraux qu’a provoqués la pandémie actuelle sur l’économie des arts de la scène, en particulier. Restons optimistes.
Ecrivain de chansons et interprète, Philippe Forcioli est aussi compositeur. Parmi ses multiples réalisations, il a mis en musique le poète René-Guy Cadou dans un triple CD…depuis longtemps épuisé (2). En quatre décennies, Forcioli aura publié plus de 15 albums de textes et chansons de son cru. Dans le disque « Il est passé par ici » il avait réuni les « poètes de son coeur » soit Joseph Delteil, Paul Fort, Arthur Rimbaud, Francis Jammes, Rainer-Maria Rilke, Jean Malrieu, François d’Assise… au même titre qu’un certain Georges Brassens.
A Brassens, Forcioli consacre enfin un spectacle intégral. Dans cette salle propice à la confidence, la voix gagne encore en authenticité et se fait entendre avec toutes les nuances voulues. Pour l’heure, ce travail de création ne fait pas l’objet d’une captation vidéo ou d’un enregistrement en studio. Priorité à la magie de l’éphémère qui produit auprès du public un éventail de sensations puis de souvenirs vivaces. Un public exigeant qui a noué de véritables liens d’amitié avec l’homme de plume (pour sa grâce aérienne) et l’homme de scène (pour sa faconde terrienne).
Un copieux DVD (3) célèbre avec panache les 40 ans de chanson de Forcioli lequel compte parmi ses admirateurs Anne Sylvestre, Francesca Solleville, Jacques Bertin et fut très estimé des regrettés Georges Moustaki, Allain Leprest ou Nilda Fernandez.
Brassens, Forcioli le porte haut dans son coeur. Au travers de cette fresque intimiste où se succèdent des tableaux riches de sens, Forcioli compose un fidèle portrait du Sétois dont on retrouve, ici, l’essentiel des thèmes propres à ce que l’on peut qualifier de « grand’ oeuvre ».
Parmi les six chansons inscrites au programme (plus le dernier couplet du « Testament ») « La maîtresse d’école » (mis plus tard en musique par Jean Bertola).Titre édité à titre posthume et repris par Maxime Le Forestier. Forcioli y apporte une autre couleur, plus sensuelle encore. A noter la belle mélodie de Gérard Quillier sur « L’enterrement de Paul Fort ». On redécouvre « Le bout du coeur » rare sur une scène ou bien – sur le texte inspirant de l’ami Pierre Louki – ce bijou qu’est « Le coeur à l’automne. A vrai dire peu de grands succès mais des séquences d’humour tendre ou vachard alternant avec l’émotion en demi-teinte. Un ensemble cohérent, sensible et, pour tout dire, finement ouvragé.
Quant aux textes dits, ils sont la charpente de cette proposition poétique en tous points novatrice. Titres connus ou plus discrets, Forcioli les enchaîne sans transition aucune, mêlant les époques et les styles. Du contraste, du relief, du rythme surtout. On savoure ainsi la « substantifique moëlle » d’une langue puissamment évocatrice, tantôt saisissante par sa verdeur tantôt tout en camaïeu : Brassens connaissait son affaire…
Ici, Forcioli porte les mots par la magie d’une voix au grain si singulier, cette voix frémissante à même de transmettre l’ironie, l’humour, l’espoir autant que l’intranquillité de la condition humaine.
La gestuelle, d’un naturel accompli, dessine avec pertinence le climat de chaque saynète tandis que le regard achève de séduire par tant d’humanité : entre chaleur, douceur et fermeté.
L’homme de scène, tout empli d’une énergie fiévreuse et pourtant apaisante, parvient à donner au texte d’une chanson comme une musique nouvelle. Il agit sur l’auditoire tel un révélateur : tout en connaissant par coeur certains passages des chansons, on reste captivé de bout en bout tant par la force du propos, la poésie des images que par le mouvement quasi-cinématographique des situations évoquées. Il y a tout cela. Mais bien davantage. La joie de vivre, le spleen, la tendresse surtout brillent comme des bulles d’intelligence flottant dans l’air du temps. Philippe Forcioli ou l’art d’un baladin unique en son genre. Cinq fois le mot « coeur » apparaît dans cette chronique : le hasard n’existe pas!
                                                                                                           Laurent GHARIBIAN
(1) 109, rue des Haies – Paris 20ème.
(2) Le CD 3 est constitué de pièces de J.-S. Bach jouées au piano par Clara Saussac.

(3) DVD « La fête aux amis » disponible sur commande :  forciolichante@gmail.com

Dernière minute : Philippe Forcioli est programmé au Festival Brassens de Vaison-La-Romaine le lundi 5 octobre 2020 à l’Auditorium Léo Lagrange : 22h00 .

 

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