Dans le cadre du Festival des Écoles du Théâtre public en partenariat avec le Théâtre de l’Aquarium – Scènes d’adolescent d’après le roman de Fédor Dostoïevski – Mise en scène de Sylvain CREUZEVAULT- Aux Ateliers Berthier,1, rue André Suares, Paris 17e du 26 au 28 Juin 2019 par les comédiens de l’ETSBA, ÉSTBA ÉCOLE SUPÉRIEURE DE THÉÂTRE BORDEAUX – AQUITAINE.

d’après le roman de Fédor Dostoïevski, traduction française André Markowicz (Éd. Actes Sud) – Adaptation et mise en scène Sylvain Creuzevault, artiste associé à l’Odéon-Théâtre de l’Europe avec 14 élèves de la promotion 4 de l’éstba : Louis Benmokhtar, Étienne Bories, Clémence Boucon, Zoé Briau, Marion Cadeau, Garance Degos, Camille Falbriard, Léopold Faurisson, Shanee Krön, Félix Lefebvre, Alexandre Liberati, Léo Namur, Mickaël Pelissier, Prune Ventura accompagnés par Frédéric Leidgens et Sava Lolov.

Écrire la jeunesse.

Dostoïevski est inquiet pour la jeunesse russe bordée par l’athéisme et le rationalisme européen. Il craint que cette jeunesse ne s’abîme et n’emporte avec elle la Russie tout entière. Pour scruter les origines du mal, ses causes, Dostoïevski imagine le récit-confession d’un jeune homme, Arkadi, 19 ans, qui découvre son père naturel, aristocrate ruiné et communard. Arkadi nous raconte douze jours, douze épisodes qui ont changé sa vie au contact de cet homme moitié russe, moitié européen, contradictoire, mystérieux, à la fois bon et mauvais. Arkadi raconte sa transformation progressive. Traversé de désirs opposés, de sentiments nouveaux, tenté par l’idée de devenir Rothschild, il est néanmoins attiré par sa famille qu’il découvre, comme un enfant qui a eu trop froid trop longtemps. Il est comme un nœud qui réunit toutes les tensions possibles. En faisant évoluer Arkadi dans différents milieux sociaux, Dostoïevski peint cette jeunesse anarchiste à laquelle il s’adresse. Il construit une dialectique entre Raison et Foi, entre la génération libérale des pères et une jeunesse dévoyée. Au fond, il veut la sauver, la révéler à ellemême, lui enseigner que l’immortalité de l’âme se forge ici et maintenant… Il pense : notre jeunesse est perdue, avant d’ajouter : elle renaîtra ! Comment l’eau claire combat-elle l’eau trouble ?

Sylvain Creuzevault

Cofondateur du groupe d’Ores et déjà, Sylvain Creuzevault signe sa première mise en scène Les Mains bleues de Larry Tremblay en 2003, puis monte Visage de feu de Marius von Mayenburg en 2005. À l’Odéon, il participe à la création de Fœtus dans le cadre du festival Berthier06, puis met en scène Baal de Brecht. Le Père tralalère, qu’il crée au Théâtre-Studio d’Alfortville en 2007, est repris à La Colline, où Sylvain Creuzevault met en scène en même temps Notre terreur en 2009. Suivent, dans le cadre du Festival d’Automne à Paris, Le Capital et son Singe en 2014 et Angelus Novus AntiFaust, créé au Théâtre National de Strasbourg en 2016. Depuis 2017, il est installé à Eymoutiers en Haute-Vienne, où il transforme d’anciens abattoirs en lieu de théâtre avec le groupe Ajedtes Erod.

L’Adolescent de Dostoïevski, son avant dernier roman, est probablement le plus méconnu. Dostoïevski réussit et c’est un tour de force, à donner la parole à un jeune homme en prise au tourbillon de ses pensées « dans ses premiers pas dans la carrière de la vie ».

Si le contexte peut nous paraitre étranger, celui d’une société russe à la fin du 19ème siècle au bord de l’apoplexie, avant la révolution de 1917, Dostoïevski en tant que projecteur de consciences, nous éblouit par la mise en scène de ses personnages « déréglés » qui défient l’ordre et la morale soulevant l’épée de Damoclès pour finir par donner le bon rôle à ceux qui « souffrent de l’intempérance de leurs cœurs ».

Il n’est pas innocent que le bon rôle échoit à l’adolescent, Arkadi, fils illégitime d’un aristocrate Versilov qui a acheté sa maitresse à un domestique, Makarovitch qui fera figure de saint homme. De cette illégitimité qui constitue une réelle blessure, Arkadi croit pouvoir tirer une énergie de haine fracassante lui permettant d’avancer à couteaux tirés dans la carrière de la vie. Il est finalement adopté par la famille recomposée qu’il découvre grâce à sa sincérité déboulonnante, une espèce de naïveté salutaire qui désarçonne ceux qui se croient déjà enlisés dans l’âge adulte et n’ont plus la légitimité de l’adolescence.

Arkadi incarné par plusieurs comédiens et une comédienne particulièrement frémissante, découvre en son père Versilov interprété par Sava SOLOV, tout à fait saisissant, un homme double, terriblement complexe et chez son père de nom, Marakovitch interprété par Frédéric LEIDGENS également remarquable, un homme d’une humilité déchirante.

L’adaptation de ce roman qui regorge d’intrigues amoureuses avec des personnages féminins contrastés qui vont pour simplifier de la femme soumise à la femme de tête ou la femme fatale, est de la même veine que la précédente adaptation par Creuzevault des « Démons ». Elle impressionne par son inventivité et sa dynamique qui permettent aux jeunes comédiens de l’ETSBA d’incarner avec passion mais aussi avec drôlerie – nous pensons notamment au comédien irrésistible travesti en Françoise Dolto, des personnages qui mettent le feu à la scène avec pour seule batterie leur cœur qui bat à tout rompre.

Cette représentation de l’Adolescent augure de façon exaltante l’entrée en carrière de ces jeunes comédiens désarmants de sincérité et d’intelligence émotionnelle !

Paris, le 1er Juillet 2019

Evelyne Trân

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