YSTERIA – Texte et mise en scène Gérard Watkins – Du jeudi 7 au samedi 16 mars Mardi à Vendredi 20h / Samedi à 19h au Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine – Du 21 mars au 14 avril 2019 Théâtre de la Tempête Cartoucherie Rte du Champ-de-Manœuvre 75012 Paris- Représentations du 21 mars au 14 avril 2019 salle Copi du mardi au samedi 20 h 30 – dimanche 16 h 30 – durée 2h00 – Rencontre avec l’équipe dimanche 24 mars après la représentation –

 

Avec
Julie Denisse
Eleonore
David Gouhier
Jean-Marc
Malo Martin
Arthur
Clémentine Menard
Charlotte
Yitu Tchang
Anaïs

Lumières
Anne Vaglio
Création sonore
François Vatin
Aide à la création costumes
et décor
Kam Derbali,
Estelle Couturier
et Patricia Cazergues

Dans son nouveau spectacle Gerard WATKINS aborde un sujet particulièrement complexe, celui de l’hystérie.  Pour la plupart, nous croyons ne pas être concernés par l’hystérie considérée dans l’antiquité selon Hippocrate comme une maladie ne touchant que les femmes, manifestant des troubles émotionnels spectaculaires ayant pour origine leur utérus.  Au Moyen âge, ces femmes étaient considérées comme diaboliques et brûlées vives.

 La médecine depuis a évolué notamment à partir des travaux de Charcot, Breuer et de Freud au début du 20ème siècle. Le terme hystérie n’est plus utilisé par les psychiatres qui préfèrent parler de conversion hystérique, synonyme de transformation de malaise psychique en malaise physique, pouvant être diagnostiquée chez des malades aussi bien de genre masculin que féminin.

 Le spectacle est l’aboutissement de trois ans de recherches. De toute évidence, l’histoire de l’hystérie passionne Gérard WATKINS parce qu’elle témoigne du fossé entre la société dominante et ceux qui s’en trouvent exclus en manifestant leurs difficultés d’adaptation par un comportement « hors norme », ingérable, bizarre.

 Ceux qui sont atteints de conversion hystérique sont effectivement malades, ils souffrent. Mais d‘où vient leur mal. Il ne tombe pas du ciel.  Il peut avoir diverses origines, des traumatismes affectifs, sexuels, des conflits psychiques, des mécanismes de défense destinés à refouler des angoisses, celles notamment liées à la pression exercée par le milieu familial, le monde du travail.

 Les psychiatres savent qu’ils ont beaucoup apprendre de leurs patients. Il importe bien davantage de les écouter que de les faire taire avec une camisole médicamenteuse.

 Les paroles des malades sont souvent révélatrices de malaises qui nous concernent tous mais que nous avons banalisés, occultés parce que soit, nous avons réussi à vivre avec, soit parce qu’ils font partie de ces non- dits criants, inacceptables en société où le mot d’ordre est « Jouez le jeu ou sortez ».

 Le spectacle plonge les spectateurs d’emblée dans l’ambiance d’un centre médical ou hôpital de jour, leur permettant d’assister à des entretiens des psychiatres avec leurs patients.

 Les séances auxquelles nous assistons sont ’passionnantes. C’est une sorte  de bobinette cherra de la parole qui se dévide mettant à nu les foyers de résistances obscurs de notre inconscient, la face cachée de la lune. Aussi bien les médecins que les patients tâtonnent.

 « Que nous disent ces malades Anaïs et Arthur que nous voudrions aider à s’adapter à la société ? »  se demande sans cesse l‘équipe médicale. Ne sont-ils pas en train de remettre en question nos propres valeurs ? Après tout, les corps de ces malades n’ont-ils pas eu raison de se révolter face à des situations intenables ?

 Chaque individu a son histoire, ses propres traumatismes qui pèsent pour certains très lourd. Mais il faut se présenter vierge dans le monde de l’entreprise, laisser dans le placard ses béquilles et ses angoisses.

 Ainsi Arthur se trouve en conflit entre son moi et son surmoi, il rêve d’être chez d’entreprise mais il a été viré de son emploi dans une pizzeria. Quant à Anaïs, en raison de sa maladie, elle a dû abandonner ses études d’architecture, son esprit est accaparé par un projet de mariage qui nous l’apprendrons à la fin, sera annulé.

 Les séances sont entrecoupées de sketches visant à remonter dans le temps où l’hystérie était jugée démoniaque. Ces scènes sont volontiers saisissantes et plutôt comiques. Elles épaississent la démonstration comme un pavé dans la mare, celui classique de l’hystérie.

 Or ce que nous disent Anaïs et Arthur n’a rien de spectaculaire.  Leurs crises cataloguées d’hystériques ne sont que l’arbre qui cache la forêt de malaises psychiques qui infusent tout leur être.

 Est-ce à dire que les personnes que nous qualifions d’hystériques en raison de leur comportement exubérant et extravagant seraient en réalité très introverties, voire timides.

 De toute évidence l’auteur et metteur en scène Gérard WATKINS est très impressionné par ce vocable d’hystérie qui s’est délité au fil du temps n’étant plus guère employé par les psychiatres depuis les années 80.

 Son approche théâtrale apporte cependant une bouffée d’oxygène à la représentation d’un cabinet médical où médecins et malades se rejoignent pour sonder le mystère de leurs propres conversions.

 Le spectacle superbement interprété – notamment par Julie DENISSE, la directrice du centre, Yitu TCHANG, Anaïs et Malo MARTIN, Arthur – est captivant. Il gagnerait toutefois à être élagué d’une ou deux scènes d’hystérie édifiantes. Au grain de l’hystérie moyenâgeuse, nous préférons celui que moud cette vaillante équipe médicale qui déclare « Cette maladie on ne va pas la regarder, on va l’écouter ».

 Paris, le 10 Mars 2019

 Evelyne Trân

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