GEORGES MOUSTAKI ET LE BRESIL par Laurent GHARIBIAN

Photo E SADAKA

Georges Moustaki et le Brésil

L’intitulé de cet article correspond, mot pour mot, à celui de la soirée organisée le 8 mars 2018 à Villejuif dans un lieu original et accueillant baptisé Le Portail.

L’histoire entre Moustaki et le Brésil mériterait bien un livre de mille pages… Mais résumons. Le premier voyage de Moustaki dans ce pays fascinant remonte à 1972, trois ans après le succès phénoménal que connut Le Métèque dès sa sortie et deux ans après un passage triomphal à Bobino. En 1973, le chanteur publie l’album « Déclaration » où figure la célèbre adaptation de la chanson culte Aguas de março (Les eaux de mars) dont il avait rencontré l’auteur, Tom Jobim, à Broadway. Aguas de março, chantée notamment par Elis Regina, fut élue en 2001 « Meilleure chanson brésilienne de tous les temps ». Et Moustaki ne cessa, par la suite, d’interpréter sur scène cet hymne à la beauté du monde. Sur son avant-dernier album « Vagabond » paru en 2005, il avait tenu à rendre un nouvel hommage à Antonio Carlos Jobim (prénom d’usage : Tom). Et la chanson en question s’appelle Tom. Un frère de cœur qui s’est éteint onze années auparavant… Allez, son nom à l’état-civil était Antonio Carlos Brasileiro de Almeida Jobim…

Autre rencontre importante, l’écrivain Jorge Amado et son épouse Zelia que Moustaki retrouvera régulièrement à Bahia, ville que le chanteur a magnifiquement célébrée sur une mélodie signée Mario Lima.

Au dos du flyer de notre soirée, le texte de La philosophie. Un titre (1975) matiné des rythmes de la batucacada…

L’avant spectacle

Animée par Philippe Hira dit « Pipo », sacré ambianceur, la soirée débute par plusieurs interventions sous la forme d’anecdotes. Francesca  Solleville  évoque avec humour – la nostalgie dans la voix – la période héroïque des cabarets Rive gauche où les débutants se côtoyaient entre espoir(s) et fraternité. Gilles Tcherniak se souvient du Cheval d’or, fondé par son père, où à l’âge de onze ans il s’endormait chaque soir derrière le rideau de fond de scène. De ce lieu insolite qui lui servait de chambre, il entendait les échos de spectacles gravés dans sa mémoire. Le slameur Aimé Nouna exprime sa reconnaissance pour Moustaki rencontré lors d’un spectacle commun à l’Espace Cardin. La vedette l’avait chaleureusement encouragé à poursuivre dans cette voie. Aujourd’hui, le slameur est programmé, entre autres, dans le cadre du Printemps des poètes… Bernard Marchois, actuel Conservateur du Musée Édith Piaf, nous régale à propos de cette robe de chambre offerte par Édith à Jo son amant, lequel avait pour habitude de se promener nu dans le vaste appartement parisien. Parmi les invités, le chanteur Dany Boy (de son vrai nom Claude Piron), Gatica, heureuse gagnante du Prix Georges Moustaki, l’A.C.I. Philippe Vernet, l’humoriste Pauline Cartoon (sic).

Que le spectacle commence !

Les organisateurs avaient programmé en fin de première partie Joël Favreau et Nazaré Pereira pour, respectivement, un et trois titres. Le premier a accompagné Moustaki sur scène. « C’était avant le Brésil. Mes tout premiers engagements rémunérés. » En 1970, il est promu « Première guitare » mais un jour, quitte la vedette pour d’autres aventures. Et, encore aujourd’hui, regrette sa décision. Ce soir il chante Eden Blues. Une dernière image, Joël Favreau se remémore avoir accompagné Moustaki en 1968 pour un concert à l’usine Citroën d’Aulnay-sous-Bois. Le calme olympien du pâtre grec « au milieu des explosions émotionnelles » lui revient.

La France a très vite adopté Nazaré Pereira, au milieu des années 70. Son Olympia triomphal en témoigne : les rythmes du Nordeste, alors inédits en France, scintillaient. Musique du peuple, noblesse du peuple. Nazaré habite toujours Paris et, à 76 ans, elle garde une énergie et un charme intacts à la ville comme à la scène.

Moustaki a adapté spécialement Zum Zum pour sa grande amie, sous le titre Un instant de vie : « Cette lumière du matin va dans ton cœur, va parler d’amour ». Ce soir-là, elle donne en création ce cadeau cher à son cœur avant de nous offrir Asa Branca (Ailes blanches) signée Luis Gonzaga, idole de Moustaki. Il s’agit d’un hymne à la musique nordestine qui fut même repris par… Les Beatles. Nazaré termine avec O Balancé (chantée naguère par Gal Costa) dans une adaptation de Moustaki chez lequel elle ne manquait jamais de se rendre chaque année, le 3 mai, pour son anniversaire.

Au piano Laurent de Oliveira, à la basse Felipe Sequeira et à la batterie Frédéric Sicart apportent la pulsation indispensable à la réussite de cette soirée, y compris pour la seconde partie.

Laura Buenrostro

La chanteuse mexicaine n’a jamais rencontré Georges Moustaki dont elle aime pourtant à interpréter les adaptations de titres brésiliens qu’elle fait voisiner ce soir-là avec les chansons de son répertoire actuel, toujours couleur Brésil. Parmi les douze titres inscrits à son programme, trois constituent donc un véritable hommage. Bahia, chanté en français suivi de Tom (déjà cité) en version bilingue et, du même auteur, le fameux Aguas de março, subtile passerelle entre deux rives. Elle honore Edu Lobo et, une fois de plus, l’incontournable Jobim, qui précède la grande Elis Regina. Laura Buenrostro est aussi auteure et présente Laura, superbe bossa nova, suivie d’une chanson personnelle dont je n’ai compris qu’un seul mot : orgasmo…

Laura Buenrostro a montré un sens de la couleur, du rythme à travers une voix puissante et une interprétation nuancée. Avec le concours des mêmes excellents musiciens.

L’organisation de cet événement doit beaucoup à la conjonction de talents complémentaires : Éric Durand, attaché de presse actif en diable, deux animateurs dominicaux sur Fréquence Paris Plurielle, Christian Deville-Cavelin pour la chanson francophone et son collègue de la tranche horaire précédente, Stéphane Nino, pour la musique brésilienne. Leur amitié a donné, ce 8 mars, un résultat à la hauteur de leurs espérances. Sans oublier plusieurs partenaires : Erwan Kadic pour le Studio Kadic Multimédia, la web-radio Arts Mada (www.arts-mada.fr), l’Atelier Artistique Tryptik (A.A.T- www.atelierartistiquetryptik.fr) et enfin Romain Philippe Pomedio pour Cinaps TV qui a réalisé une belle somme d’interviews, complément d’informations fort utile en prolongement de ces moments fiévreux et tout aussi enjoués.

Laurent Gharibian

Copyright article paru dans www.jechantemagazine.net

  • Laura Buenrostro : « Brazilian songs », CD Hip Music (2014).

Site : www.laurabuenrostro.com

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