LES NOCES DE SANG – Mise en scène de Vincent Goethals d’après la pièce de Federico García LORCA. AU CHATEAU DE GRIGNAN DANS LE CADRE DES FETES NOCTURNES 2018 du 27 JUIN AU 25 AOUT 2018 à 21 HEURES –

 Adaptation et mise en scène Vincent GOETHALS
Direction musicale Gabriel Mattei 
Travail vocal Mélanie Moussay
Regard chorégraphique Louise Hakim 
Scénographie Benoit Dugardyn
Lumières Philippe Catalano
Environnement sonore Bernard Vallery
Costumes Dominique Louis assistée de Sohrab Kashanian
Maquillages et coiffures Catherine Nicolas
Assistante à la mise en scène François Gillerot 

Avec
La mère  Anne Marie Loop
La fiancée Angèle Baux Godard
La belle-mère Mélanie Moussay
La femme de Léonard Lucile Charnier
La voisine, la nourrice Christine Leboutte
Léonard Nabil Missoumi
Le fiancé Sébastien Amblard
Le père de la fiancéela mort Rainer Sievert
La jeune fille, la lune Louise Hakim
Le jeune homme, un bûcheron François Gillerot

et
Accordéon Gabriel Matteil / Christophe Oury * 
Vibraphone Keiko Nakamura / Christophe Dietrich * 
Violoncelle Tristan Lescêne 

Le sang du poète Federico Garcia LORCA, nous l’avons entendu battre, accompagné, ce jour-là du mistral, au château de Grignan, dans la belle mise en scène de Vincent GOETHALS de sa tragédie « Les Noces de sang ».

La création des Noces de sang précède de peu, l’assassinat en 1938 de Federico Garcia LORCA par des miliciens franquistes, alors même qu’il était un artiste reconnu, en pleine effervescence créatrice.

 LORCA disait que « le théâtre est la poésie qui sort du livre et se fait humaine… elle parle, elle crie, elle se désespère ».

 La pièce est inspirée d’un fait réel, la fuite d’une femme, le jour de ses noces. L’amant et le fiancé s’entretuent laissant seule la femme qui doit affronter la douleur de la mère du fiancé.

 La facture de la pièce est mélodramatique mais LORCA utilise ce ressort pour dresser le portrait de trois femmes, la mère, la fiancée, l’épouse de l’amant, toutes trois prisonnières du seul rôle qui leur est assigné, appartenir à des hommes, assurer la lignée et ce faisant, l’étendue de leurs territoires.

Ce sont des histoires de mains paysannes aveuglées par le retournement incessant de la terre, sous le soleil, enivrées par leurs sens, car probablement pour le poète il y a une coïncidence entre le travail physique de la terre et l’amour que peut susciter une femme, laquelle depuis des temps immémoriaux, symbolise la terre, la matrice organique.

 Dans cette pièce, la terre parle par la voix des femmes, elle devient audible à la faveur d’un drame social et sexuel.

 En dépit de son approche concrète de la réalité, du vécu de cette famille paysanne, il est difficile de s’abstraire de la dimension métaphysique de cette pièce, à cause du contraste entre l’évènement solaire, les noces, signe de fête pour tous les villageois, et la tragédie qui se prépare à l’ombre.

 Fouiller là où il ne faut pas fouiller, c’était le désir de LORCA, son impulsion créatrice, il se voulait accroché au peuple qu’il côtoyait, se sachant lui-même bourgeois, dans un effort désespéré d’atteindre quelque profondeur humaine qui vaille le coup de vivre, de se dire poète.

 Avec beaucoup de tact, de finesse, le metteur en scène écoute la voix du poète rassemblée autour de ses personnages costumés de façon ordinaire car la poésie pour LORCA n’est pas spectaculaire, elle rejaillit du simple et aussi de ces moments sans voix qui peuvent alors tout recevoir et notamment la conversation des arbres, de la nature muette, qu’interprète musicalement, expressément, intimement un petit orchestre blotti en bout de scène.

 L’harmonie découle évidement du regard qu’appelle la réunion à la fois de la foule et du particulier, du singulier en quelque sorte.

 Sur le plateau est accueillie une trentaine de personnes parmi les spectateurs qui incarnent les cousins venus participer à la noce. Leur présence fait partie de l’évènement, faisant de cette noce un pur instant de beauté, une joyeuse fête humaine, enrichie de beaux chants populaires.

 La robe de la mariée si blanche appelle la lumière du soleil, mais elle se dresse aussi par la volonté transie, imaginaire des hommes, elle en est le reflet.

 Et puis soudain, c’est la chorégraphie de l’ombre, celle de la Lune et la Mort venues assister au déchirement ultime des deux amours de la femme, son amant et son fiance.

 Stupeur de l’émotion et puis ces mots de la femme et la mère qui courent sur nos épaules, pour conjurer le drame ou plus subversivement l’assumer, ainsi résonne enfin, de magnifique façon, la voix de femmes opprimées mais combattantes.

 La mise en scène de Vincent GOETHALS, dotée d’une belle distribution, nous parait combler de façon à la fois ardente et humble, les souhaits du poète qui se disait tellurique, un homme enraciné à la terre, à son mystère charnel.

De façon transversale, l’épique et le sensuel s’entendent pour nous émouvoir en rejoignant le sang de ces  prodigieuses noces.

Paris, le 14 Juillet 2018

Evelyne Trân

 

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