JUSTE LA FIN DU MONDE AU THEATRE DU PETIT LOUVRE – CHAPELLE DES TEMPLIERS – 3, rue Félix Gras à AVIGNON – du 7 au 30 Juillet 2017 tous le sjours à 19 H 35 – Relâches les mardis 11, 18 et 25 Juillet 2017.

Photographies Marie COULONJOU

 

 

« Juste la fin du monde » le titre de la pièce à lui seul est une promesse de rêverie. Juste une exclamation,un petit ouf du cœur qui s’échappe de la poitrine après un long silence, une méditation, une traversée du désert ou d’une foule.

Comment apprivoiser le soi seul avec l’esprit de famille ? Si le héros semble se poser se poser la question, lui l’homme libre, épris de liberté avant tout, c’est qu’il a appris qu’il allait quitter le monde, qu’il allait mourir, qu’il était condamné. Sa vie qui doit finir, il sait qu’elle contient tous les gens qu’il a aimés, il sait qu’elle s’est tissée, il y a bien longtemps, au sein d’un noyau familial, il sait aussi que ce noyau, il l’a quitté volontairement.

Le voilà donc qui refait surface dans cette terre familiale pour annoncer sa mort prochaine. Parce qu’il pense qu’il s’agit d’un événement qui fait de lui un porteur de message « extraordinaire ».

L’extraordinaire n’aura pas lieu car les êtres qu’il a quittés, voire abandonnés à leurs destins, l’accueillent comme un étranger, non par manque d’amour, ni par indifférence mais sans doute en raison de cette béance qu’ils éprouvent entre leurs vies et la sienne, impossible à combler.

N’a t-il pas creusé sa tombe, il y a longtemps déjà, forçant ses proches à le considérer comme absent, et donc coupé irrémédiablement de leurs vies « ordinaires ». Eux ce sont des casaniers, lui un vagabond. Est-il possible d’être l’un et l’autre, nomade et sédentaire à la fois ? Curieux jeu de miroir entre le héros Louis, le fils aîné, le préféré de la mère et le frère moins aimé, la jeune sœur et la belle sœur.

Le miroir s’est brisé, vu de loin, il n’offrirait que la vision du vide. Qui oserait s’y pencher ? La mère qui se souvient de l’époque bénie où toute la famille était réunie, qui fait resurgir des souvenirs qui résonnent chez le cadet comme des bruits de vaisselle cassée et qui n’ont pas de sens pour la jeune sœur et pour la belle sœur arrivée plus tard.

Le désir d’oubli répond à une nécessité, celle de se projeter vers l’avenir, c’est ce que semble exprimer chacun des membres de la famille, or Louis est devenu l’homme du passé, c’est juste un revenant, comment concevraient-ils eux qui sont livrés à leurs propres angoisses et doutes que leur frère n’a plus d’avenir.

Quasi silencieux, Louis écoutera leurs remontrances, leurs douleurs, et ne leur annoncera pas sa mort prochaine, devenue un non événement.

Le feu couve tout le long de la pièce, on entend les bûches qui se retournent dans l’âtre de la cheminée, on imagine les cendres du bois dévoré par les flammes.

Louis fait figure du phénix qui renaît de ses cendres. Il évoque le destin tragique de Jean-Luc LAGARCE lui même qui écrivit cette pièce en 1990, quelques années avant sa mort prématurée, il n’avait que 38 ans. Écrivain estimé, « solitaire intempestif » le succès de ses pièces a été posthume.

La scénographie de Raymond SARTI offre cette vision vertigineuse de tables imbriquées les unes aux autres en un triste échafaudage auquel s’adapte chacun des protagonistes qui l’utilisent comme perchoir. Vision cubiste d’une société familiale qui offre un profil barré d’ombres mais qui voudrait forcer le destin, suspendu à la crête d’un nuage, ou le regard aveugle ou ébloui de l’homme qui soupire « Juste la fin du monde ».

En dépit de la chaleur qui régnait dans la salle, lors de l’avant première, nous avons été captivés par ce portrait de famille oh combien vivant, incandescent, incarné par d’excellents comédiens, Vanessa CAILHOL, l’adorable jeune sœur à fleur de peau, Jil CAPLAN la belle sœur enjouée, Philippe CALVARIO, le frère tourmenté, tel un personnage de Dostoïevski, Chantal TRICHET, la mère très tchékhovienne et Jean-Charles MOUVEAUX, l’impressionnant et énigmatique Louis.

La mise en scène de Jean-Charles MOUVEAUX respecte tous les crépitements de la langue de Jean-Luc LAGARCE, infiniment terrienne et solaire à la fois. Elle court-circuite nos silences, nos non-dits, elle est aimante !

Paris, le 24 Juin 2017                Évelyne Trân

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