LES RÉSIDENTS CES VIEUX INVISIBLES – Emmanuelle Hiron / compagnie L’unijambiste – Maison des métallos 94 rue Jean-Pierre Timbaud, Paris 11e – du 21 au 26 mars 2017 – mardi, mercredi et vendredi à 20h – jeudi et samedi à 19h – dimanche à 16h –

texte et idée originale Emmanuelle Hiron
avec Emmanuelle Hiron
assistée par Nicolas Petisoff
collaboration artistique David Gauchard
régie lumière Alice Gill-Kahn

production L’unijambiste
avec le soutien de l’Ehpad Les Champs Bleus de Vezin-Le-Coquet (35), du CIAS à l’Ouest de Rennes, du Théâtre le Grand Logis à Bruz, du Théâtre de Poche – Hédé, scène de territoire pour le théâtre, et de l’Aire Libre à Saint-Jacques-de-la-Lande

 

Il y a des pays en Afrique, en Asie où plusieurs générations vivent sous le même toit, le vivre ensemble que l’on soit jeune, moins jeune ou âgé, fait partie de leurs cultures. Dans les sociétés occidentales beaucoup plus individualistes, le sort des personnes âgées dépend de leur autonomie et du temps et de l’énergie que la famille peut leur consacrer. Il y a des personnes âgées qui optent volontairement pour la maison de retraite, quand elles en ont les moyens, pour ne pas gêner leurs proches. Il y en a d’autres, qui jusqu’au bout entendent rester chez elles. La vieillesse en soi n’est pas une maladie mais le fait est que plus vous vieillissez plus vous devenez vulnérable.

Comment être vieux dans une société où la jeunesse, la performance restent le point de mire. Combien de fabricants de crèmes anti-rides feraient faillite si les femmes n’en entendaient plus parler, si les signes de vieillesse ne faisaient pas aussitôt référence à la déchéance et à la mort.

De façon invraisemblable, la gériatre Laure JOUATEL porte un autre regard sur les personnes âgées. Elle paraît même subjuguée par leur présence. Nous le découvrons à travers ses paroles et le portrait de quelques résidents d’une maison de retraite médicalisée, filmés par Emmanuelle HIRON. La caméra prend le temps de se poser sur le visage d’une jolie vieille dame, sans commentaires, et soudain nous saute aux yeux cette réalité, nous avons en face de nous une personne qui porte sur ses épaules près de 90 ans. Comment ne pas la considérer cette vie qui sourit malgré un corps impotent. On y perçoit certes la fatigue mais aussi ce qui la berce, probablement le sentiment d’avoir suffisamment vécu pour avoir encore la force d’écouter l’infirmier ou l’aide soignante, d’accepter tout ce monde autour d’elle qui continue à l’appeler.

Nous pouvons lire, imaginer son histoire, son roman, à travers son visage. Des rides, des cicatrices qui le sillonnent représentent des milliers de kilomètres de joies, d’épreuves, de découvertes, d’aventures. Nous n’en savons rien, nous savons seulement que nous avons en face de nous quelqu’un qui a été touché, remué par la vie qui arrive en fin de course, digne et calme.

Ce n’est pas le cas de toutes les personnes âgées. Certaines deviennent démentes. Cette réalité là souvent cruelle requiert beaucoup de sollicitude, de patience de la part des soignants.

L’idée nous vient que s’occuper des personnes âgées devrait être aussi naturel que le fait de protéger des nouveaux nés. La terre en tournant sur elle même forme un cycle, la vie humaine de même. La gériatre Laure JOUATEL qui apporte un soin tout particulier à la toilette des morts, d’instinct, rapproche la naissance de la mort.

A la fois réalisatrice du documentaire et interprète du monologue de la gériatre sur scène, Emmanuelle HIRON, lève avec beaucoup de sensibilité un regard juste humain sur la vieillesse. Étonnamment, sa caméra semble caresser les visages qu’elle filme, en retenant son souffle. Mais lorsqu’elle parle, nous sommes saisis par le flux de ses paroles qui dans une sorte d’urgence toute juvénile, exprime ce qui nous lie profondément à la vieillesse et aussi à la mort.

Elle est inattendue cette chansons de fleurs que nous offre l’une des résidentes à la fin du film, elle nous réchauffe le cœur avec malice et une vérité de la Palisse. Pour être devenu vieux, il faut avoir été jeune, jeunesse et vieillesse s’entendent dans une même personne, alors pourquoi pas dans la société ?

Paris, le 24 Mars 2017                         Évelyne Trân

 

 

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