Dans le cadre du cycle « Amours singulières » au STUDIO HEBERTOT – 78 bis Boulevard des Batignolles 75017 : COMPARTIMENT FUMEUSES de Joëlle Fossier depuis le 5 Février 2017, tous les Dimanches à 19 H 30 –

 

mise en scène de Anne Bouvier

avec Bérengère Dautun, Sylvia Roux et Florence Muller

Assistant metteur en scène Pierre Hélie
Scénographe Georges Vauraz

Lumières : Denis Korensky

Musique : Stéphane Corbin

 Quelles sont les réponses humaines possibles à une expérience inhumaine impossible, celle de la prison notamment ? Pour en parler faut-il l’avoir vécue ?  Paradoxalement, ce sont les êtres les plus épris de liberté qui croient à la toute puissance de leurs désirs, les insoumis, ceux qui ne respectent pas les lois de la société qui peuvent se retrouver en prison.

Ces personnes auront au moins un point commun, le sentiment d’être de l’autre côté du mur infranchissable, incompréhensible d’une société qui se réserve le droit de les punir, les éduquer pour les mater.

Les mises en scène du parloir, de la fouille, les horribles clés qui chuchotent à l’intérieur des serrures de grilles de la geôle, la promiscuité ou le cachot, font partie de l’arsenal dissuasif pour tout réfractaire à l’ordre social que les détenus soient de droit commun ou politiques.

Prononcez le mot « prison », aussitôt c’est celui de la liberté qui s’impose à vous. Comment s’empêcher de penser au seul film de Jean GENET« Chant d’amour » qui parle d’une relation amoureuse entre deux taulards, séparés par un mur et épiés par un maton. Le film muet en noir et blanc qui ne dure que 35 minutes est une véritable lettre ouverte sur l’infini. C’est le genre de film que l’on garde en soi parce qu’il pourrait bien nous rendre inaltérable, imperméable à toute violence inique, il ne parle que d’amour.

Dans sa pièce « Compartiment fumeuses » écrite, il y a une vingtaine d’années, Joëlle FOSSIER reprend le thème de l’amour en prison. Qui pourrait imaginer qu’une femme âgée, raffinée et noble puisse s’amouracher d’une jeune femme au bas de l’échelon social, peu cultivée et cleptomane ?

Il faut croire qu’au théâtre tout est possible, car la cellule où les deux femmes s’apprivoisent puis découvrent l’amour devient le théâtre d’émotions qui progressivement l’envahissent, fusionnent les deux cœurs meurtris en quête de lumière, attisée par la présence hostile de la surveillante, exclue de ce « chant d’amour ».

Bérengère DAUTUN est vraiment étonnante dans le rôle de cette femme qui se moque de sa condition sociale, parce qu’elle est allée au bout d’elle même, qu’elle s’est en quelque sorte libérée du fardeau de son existence, de la présence en elle de l’enfant silencieuse, violée par son père.

Elle semble découvrir enfin la vie grâce à sa co-détenue rebelle sans retenue, interprétée par Sylvia ROUX avec nature, passionnément.

Le rôle de la surveillante est joué de façon très nuancée par Florence MULLER qui compose le portrait d’une femme qui serait méchante parce que malheureuse.

Bérengère DAUTUN et Sylvia ROUX forment un beau couple d’amoureuses, inattendu mais imparable. Le réalisme de la mise en scène d’Anne BOUVIER, les flottements de lumière musicaux, semblent ne s’exercer que pour mettre en valeur l’imaginaire, sa force irradiante, ancrée dans l’idéal, hors normes comme cette belle échappée théâtrale !

Paris, le 17 Février 2017                        Évelyne Trân

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