LA PLUIE DE DANIEL KEENE – Fabrication, mise en scène et jeu : Alexandre HASLE au THEATRE LE LUCERNAIRE – 53 Rue Notre Dame des Champs 75006 PARIS – du 12 Octobre au 26 Novembre 2016 à 19 Heures du mardi au samedi.

la-pluieFABRICATION, MISE EN SCÈNE ET JEU ALEXANDRE HASLÉ

AVEC LA COMPLICITÉ DE MANON CHOSEROT

TRADUCTION : SÉVERINE MAGOIS © ÉDITIONS THÉÂTRALES LU M I È R E : N I CO L A S D A L B A N M O R E Y N A S PRODUCTION : COMPAGNIE LES LENDEMAINS DE LA VEILLE COPRODUCTION À LA CRÉATION : APDAV, THÉÂTRE DE LA COMMUNE (CDN D’AUBERVILLIERS) S O U T I E N S À L A ( R E ) C R É AT I O N : TRÉTEAUX DE FRANCE (CDN) / L’APDAV / MATHIEU LAGARRIGUE ET COMPAGNIE LES TÊTES D’ATMOSPHÈRE CORÉALISATION : THÉÂTRE LUCERNAIRE, LIEU PARTENAIRE DE LA SAISON ÉGALITÉ 3,  INITIÉE PAR HF ÎLE-DE-FRANCE

Un bruit de goutte d’eau qui tombe dans une bassine opère sa magie. Nous pensons que c’est toujours la même à cause de l’insinueuse répétition mais entre une goutte et une autre, tout à coup s’ouvre pour qui sait attendre une large avenue extrêmement lumineuse, pour ainsi dire bavarde, celle de la mémoire.

« C’était, il y a longtemps, nous conte Hanna, mais c’est très clair dans mon souvenir ». Des gens très pressés parce qu’ils devaient monter dans un train lui ont tous donné les objets qu’ils n’étaient pas autorisés à emporter et ces gens là ne sont jamais revenus. Devenue dépositaire de ces choses intimes, Hanna les a donc recueillies dans sa maison où elles ont pris toute la place, au point qu’elle était obligée de dormir dehors.

Ici, les marionnettes sont au cœur de l’ouvrage parce qu’elles peuvent aussi bien être assimilées à des objets qu’à des êtres vivants. Cette jonction merveilleuse entre l’esprit et l’objet, ce sont elles qui la réalisent. Avec une infinie délicatesse, Alexandre HASLE use de leur pouvoir expressif et tangible parce qu’elles nous prennent à témoin de nos silences, nos immobilités, suspendus que nous sommes au désir d’une apparition ou d’une disparition, l’une n’allant pas sans l’autre.

Mais dans l’intervalle, il y a toujours une histoire qui court, l’idée qu’il y a toujours quelque chose qui se passe ailleurs de là où nous sommes.

Tous ces gens là qui sont partis vers les camps de la mort en abandonnant leurs foyers, leurs objets familiers, Hanna ne les a jamais quittés.

Mais au delà des objets, nous comprenons qu’il existe une autre mémoire, celle des gestes, des mouvements, qui ont le pouvoir de faire apparaître ou disparaître toutes choses, de les accueillir ou de les refouler.

Cette mémoire active c’est comme une bougie qu’on allume qui éclaire aussi bien ce que l’on voudrait voir que ne pas voir.

Elle est vivante, charnelle, la mémoire d’Hanna, nullement mécanique; parmi tous les visages qu’elle a plaisir de reconnaître, il y en a un que nous ne verrons pas, irisé par notre seule imagination.

Nous n’en dirons pas plus. La pluie est une nouvelle poétique de Daniel KEENE, un chemin de sable mouvant pour les marionnettes d’ALexandre HASLE, absolument fabuleuses. Il faut se rendre au spectacle pour éprouver cette grâce d’être rendus à notre mémoire première, juste un éclat, un bruit de chose qui subrepticement nous permet d’atteindre l’autre bord. C’est un magnifique voyage hors du temps et pourtant à portée de tous.

Paris, le 31 Octobre 2016                                     Evelyne Trân

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