DES OMBRES AU SOLEIL A LA MOUSSON D’ETE – ECRIRE LE THEATRE D’AUJOURD’HUI DU 23 AU 29 AOUT 2016 à l’ABBAYE DES PREMONTRES à PONT A MOUSSON

MOUSSON

« Les statistiques sont formelles, il y a de plus en plus d’étrangers dans le monde » nous déclare tout de go un candidat à la nationalité française que Michel DIDYM a eu la bonne idée, via la plume fuselée de Nathalie FILLION, d’inviter à l’inauguration du festival de la Mousson d’été à Pont à Mousson aux bords de la Moselle à l’Abbaye des Prémontrés.

La France victime de son succès, du retentissement international de sa devise « Liberté, égalité, fraternité », une certaine France des droits de l’homme qui à travers les discours de quelques figures politiques ne craint pas de désigner l’étranger comme un fauteur de troubles, qui a oublié que son prestige tient à cette aura de terre d’accueil qui lui a permis d’ouvrir son capital culturel à des millions d’étrangers anonymes ou plus connus tels qu’Apollinaire, Picasso, Chagall, Brel, Yves Montand, Lino Ventura etc … lesquels l’ont incontestablement enrichie.

Au festival Pont à Mousson, il est clair que ce sont les organisateurs, Michel DIDYM, Véronique BELLEGARDE, Laurent VACHER et les intervenants de l’Université d’été qui sont demandeurs de talents venus des quatre coins du monde. Des auteurs européens mais aussi d’U.S.A, du Mexique , de Cuba, du Brésil, d’Argentine ont été conviés cette année à exposer leurs travaux, leurs recherches, souvent pour la première fois dans ce contexte international face à un public très désireux de s’ouvrir au monde de façon sensitive, quasi charnelle grâce à la présence des nombreux comédiens très investis qui assurent tous plusieurs lectures .

La vérité c’est que le public est invité à toujours déborder de ses propres frontières . A la Mousson d’été, les comédiens, les auteurs deviennent les spectateurs de leurs collègues, les curieux, les amateurs, les étudiants peuvent se retrouver côte à côte avec le même désir de découvertes, d’étincelles qui puissent nourrir leur passion commune de théâtre.

Tous les textes qui font l’objet de lectures et mises en espace sont proposés en avant première. Un véritable accouchement en quelque sorte et c’est une émotion partagée entre tous les témoins et participants, public et comédiens, metteurs en scène confondus.

L’écriture c’est chemin qu’il faut creuser qu’il faut bâtir. Sans route comment accéder à tel « château fort », à tel paysage inouï. Les écrivains ce sont ceux qui balisent le terrain, les canaux de l’imagination, qui soulèvent les bassins, les miroirs capteurs d’ambiances, réceptacles d’émotions qui survivent à l’événement.

Peut-être même que la notion d’écriture pourrait s’opposer à celle de destin de façon paradoxale . Oui parce que lorsque l’on se réfère à l’écrit c’est pour désigner quelque chose de statué, de figé. Or l’écrit n’est fonction que de mouvement . De la même façon que nous ne sentons pas la terre tourner chaque jour sous nos pieds et donc bouger, de la même façon un texte fait partie, en tant que sillon, en tant qu’état, du champ commun de cette terre occulte, insatiable, qui a vocation à frémir, à se verser dans la tête d’un tel pour, restons prosaïques, juste la circulation des idées.

Vertige que tout cela, babiole de l’intellect. C’est que nous avons toujours besoin de passerelles. L’immortalité serait-elle un facteur de ralentissement du bouillonnement des idées ? L’immortalité des mythes par exemple, celle des Atrides qu’il a fallu faire taire une fois pour toutes puisqu’ils ne cessaient de s’entretuer. Dans la pièce « Dévastation » de Dimitris DIMITRIADIS, ce que veulent occire véritablement tous les protagonistes c’est la notion de destin, de fatalité. Ils veulent tous en découdre avec leurs rôles, changer de peau mais ce qu’ils découvrent c’est que leur destin n’est pas seulement individuel, il est collectif.

Un comédien, Modeste NZAPASSARA me disait récemment qu’un écrivain écrivait avec son corps. Nous pouvons comprendre que l’acte d’écriture obéit à des pulsions elles-mêmes sous l’emprise de l’inconscient et ce qui sera manifeste dès lors qu’une création sera exposée c’est cette béance toujours entre l’émission et la réception.

La programmation de cette Mousson d’été met en avant des psychodrames intimes et collectifs . L’ombre du moi je contrariée a tendance à s’arcquebouter, à se révolter contre le factum d’une société qui l’aveugle et l’atterre au sens primitif du terme.

Que peut bien valoir le cri désespéré d’un général qui a pour mission de consigner le nombre des morts des migrants échoués en pleine mer. Un homme bouffé par les poissons noyé dans la masse et les nombres sur paperasses illisibles. Il a beau jeu de dénoncer l’indifférence générale, une goutte d’eau que ce cri dans l’océan des noyés ! Ne croyez vous pas qu’un individu puisse avoir le sens du collectif . En écho à son cri, celui de son alter ego, un noyé anonyme, semble nous dire l’auteur de  Bruits d’eaux  Marco MARTINELLI.

Alimenteurs de parades, de stratégies dérisoires, naïvetés ou tout simplement d’explosions d’humeurs, de tripes retournées, les auteurs de cette Mousson d’été tels Yannis MAVRITSAKIS, auteur de l’Invocation de l’enchantement, n’ont pas la langue de bois, même s’ils font parfois figure de bateaux ivres aux planches vermoulues, usées, exsangues.

Au royaume des ombres, nous voilà bien tous égaux. Qui distinguerait l’ombre d’un général honteux de celles des soldates américaines témoignant de viols et harcèlements sexuels de la part de leurs collègues masculins dans la pièce d’Hélène BENEDICT (USA) The lonely soldier monologues, ou de celles des Atrides ?

Corinne DADAT

«Nous sommes des femmes de l’ombre » c’est ainsi qu’ a accueilli ma demande de dédicace à son livre Corinne Dadat. Étrange et substantielle, cette projection de sa vie de femme de ménage sur scène en parallèle avec celui d’une danseuse dans le spectacle Ballet, balais, moi Corinne Dadat.

C’est Mohamed EL KATHIB qui a interpellé le premier Corinne DADAT parce qu’elle ne répondait pas à son Bonjour. Elle s’est excusée en lui confiant qu’elle avait renoncé à dire bonjour car depuis des années, personne ne lui répondait.

Tordre le cou à la réalité à coup de serpillière, croyez vous que cela soit possible ? Ce qui est magique dans la rencontre entre Mohamed le théâtreux, Corinne et la danseuse contorsionniste, la très fine et talentueuse Élodie GUEZOU, c’est qu’ils ont réussi à faire exulter cette pitoyable réalité. Balais et ballet ont évoqué leur choc frontal à travers leur quotidien qui s’est enchanté . Tandis que Corinne mimait les pas de danse de petits de rats de l’opéra, Élodie, la jeune danseuse balayait le sol avec sa chevelure passionnément …

Un grand ouf de soulagement s’en est suivi pour une bonne partie du public, élèves de science-po compris . « C’est juré, auront pensé certains, nous n’aurons plus honte d’inscrire sur notre curriculum vitae : femme de ménage et nous ne cacherons plus sous nos genoux nos lectures des Atrides d’Eschyle ou d’un autre fabulateur étranger ». Qu’un chasseur de têtes vous balance « Vous n’avez pas le profil  »  n’hésitez pas à l’inviter à la Mousson d’été pour ouïr et pour de vrai ce que s’y pense !

Paris, le 26 Août 2016                   Évelyne Trân

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