LA REINE DE BEAUTÉ DE LEENANE – Comédie noire de MARTIN MCDONAGH – Mise en scène : Sophie Parel -Théâtre des Corps Saints (Place des Corps Saints) – du 7 au 30 juillet 2016 à 21h15 –

REINE DE BEAUTE

Avec : 

Catherine Salviat, sociétaire honoraire de la Comédie-Française
Grégori Baquet (Molière de la Révélation Masculine en 2014)
Sophie Parel, 
Arnaud Dupont.

 

Les touristes qui aiment bien parcourir les villages à l’heure de la sieste sont souvent subjugués par leur calme; pas une porte qui grince, ni de musique qui s’échappe de volets clos. Parfois leurs regards s’attardent sur des affiches encore pimpantes quoique boursouflées par l’humidité, qui annoncent une fête qui a eu lieu quelques mois auparavant. Alors il est permis de rêver, de toucher du doigt le portail jauni d’une maison muette, toujours aux aguets de quelque vision surprenante.

C’est ainsi que le dramaturge irlandais Martin Mc DONAGH semble être entré dans l’intimité d’un foyer familial dans un village rural d’Irlande pour nous conter un de ces petits drames familiaux, chargés de la même mélancolie distraite qui embue le regard lorsqu’en contemplant une fleur fanée dans son pot, nous nous dépêchons de rire intérieurement pour l’entendre nous apostropher « Mais je fus belle, voyons, je n’ai pas eu de chance, c’est tout, le jardinier n’avait pas la main verte ».

Nous découvrons cette reine de beauté à travers le personnage de Maureen, une belle fille aux allures d’adolescente quoique déjà âgée de 40 ans,  en train de servir son perpétuel plat de résistance à sa mère Mag qui trône sur sa chaise roulante telle un bébé froissé sur sa chaise haute.

Maureen et Mag forment un couple. Leurs racines se sont enchevêtrées, et la jeune Maureen a beau soupirer, elle pressent qu’elle risque, hélas, de crever dans son pot parce qu’elle est encore vierge . Pourtant un prince charmant franchit un jour la porte, c’est un vieil ami d’enfance, Pato, revenu de voyage qui l’invite à un bal. Une idylle se noue entre eux, et après une nuit d’amour platonique, Pato amoureux écrit une belle lettre à Maureen lui demandant de la rejoindre à Boston. Mais Mag qui ne supporte pas l’idée d’être abandonnée par sa fille, réceptionne la lettre et la détruit.

Martin Mc DONAGH décrit la situation avec humour, le pathos ne l’intéresse pas. C’est un véritable thriller psychologique, tourné en comédie qui rappelle par certains aspects, un autre dramaturge irlandais Samuel BECKETT, dans notamment Fin de partie.

Catherine SALVIAT est géniale dans ce rôle de vieillarde chipie, elle est drôle à tout moment et aussi émouvante qu’une enfant. Sophie PAREL est étonnante dans celui de vieille fille prisonnière qui déborde de vie. Grégori BAQUET interpréte avec beaucoup de nuances le voisin qui rêve aussi de s’en sortir, de partir à l’aventure. Arnaud DUPONT est également épatant dans le rôle du frère messager plutôt beauf, quelque peu responsable malgré lui du mauvais sort de la reine de beauté.

Avec une mise en scène alerte, une scénographie juste et simple, Sophie PAREL réussit à faire scintiller l’épaisseur de cette boule de drame dont on ne s’attend pas à ce qu’elle explose, car en vérité elle implose de l’intérieur.

N’attendez pas d’être échauffés par un incongru rayon de soleil au-dessus d’un pot de fleurs fanées, allez voir cette pièce étrange et venimeuse de Martin McDONAGH, servie par d’excellents comédiens, assoiffée d’eau, de vie, elle brûle de tous ses éclats !

Paris, le 21 Février 2016 

mis à jour le 28 Juin 2016              Evelyne Trân

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