LA CHAMBRE DE MILENA librement inspirée de la vie et de l’oeuvre de Milena JESENSKA – Texte et mise en scène Filip FORGEAU avec Soizic GOURVIL et la voix de Daniel MESGUICH au Théâtre de l’ATALANTE – 10 Place Charles Dullin 75018 PARIS – du 5 au 22 Février 2016 à 20 H 30 – les lundis, mercredis et vendredis, à 19 H, les jeudis et samedis, à 17 h les dimanches.

MILENA-AFFICHE-MOYENNEDISTRIBUTION
Mise en scène de Filip Forgeau
Avec Soizic Gourvil
Et la voix de Daniel Mesguich
Création lumières : Claude Fontaine
Régie lumières : Michaël Vigier
Univers sonore : Fabrice Chaumeil
Régie son : Lionel Haug
PRODUCTION
Production : Cie du Désordre En coproduction avec : La Fabrique/Scène conventionnée de Guéret, Théâtre du Cloître/Scène conventionnée de Bellac
Avec le soutien de : L’Archipel/Scène de Territoire pour le Théâtre/Fouesnant, Théâtre Georges Madec d’Esquibien
La Compagnie du Désordre est conventionnée par le Ministère de la Culture (DRAC Bretagne)

 P.S. : Soizic GOURVIL et Filip FORGEAU étaient les invités de l’émission DEUX SOUS DE SCENE le samedi 13 Février 2016, sur Radio Libertaire 89.4 (en podcast sur le site Grilles des émissions de Radio Libertaire pendant un mois).

 Déclic dans l’obscurité, nuit, puis lumière. Imaginez que vous entrez dans une salle de théâtre ou une salle de cinéma, aussi légèrement que quelqu’un qui chaque soir en fermant les yeux sait qu’il va s’échapper vers un rêve inconnu. Ce quelqu’un voit sur la scène une ou des silhouettes qui bougent . Ce quelqu’un qui est spectateur se dit que c’est le rêve qui lui est proposé. Il a l’habitude de tâtonner, il s’accroche, s’éprouvant lui même blotti dans l’anonymat, cette curieuse sensation de se dire qu’il est invisible pour ces inconnus qui parlent là-bas sur la scène. Ce quelqu’un pourra se dire pour lui même et rien que pour lui même « Chouette, j’ai le premier rôle, je suis spectateur ».

Étrange préambule n’est ce pas pour cette chambre de Milena . Sans doute parce qu’il y a cette sensation de rentrer par effraction tel un voyeur, dans l’intimité d’un personnage . C’est extrêmement poignant, en effet, de voir quelqu’un parler de soi, s’exposer ainsi face au vide à l’invisible, à l’inconnu. C’est troublant.

Soisic GOURVIL incarne ce trouble à travers un personnage inspiré dune personne réelle, Milena JESENSKA qui fut la muse de Franz KAFKA mais pas seulement. L’on dit d’elle qu’elle eût une vie très remplie, en tant que journaliste et écrivaine tchèque, toujours en lutte à une époque marquée par les persécutions antisémites, le nazisme. Elle mourra dans un camp de concentration pour n’avoir pas su taire ses convictions, ses rêves de liberté…

L’on dit souvent que les yeux sont la fenêtre de l’âme. Mais le corps peut le devenir aussi. Ici, il s’ajoure à une fenêtre texte, à la lumière crue des mots, qui deviennent rigole de pluie simple, qui coule, glisse, se métamorphose, traverse le bois, les encoignures d’une vitre, rebondissent sur cette même vitre.

Il y a un contraste entre la voix bien perchée et vive de l’actrice et son corps menu, presque timide. Milena ouvre sa fenêtre à tous vents pour faire entrer la vie dans sa chambre intérieure et notamment celle d’un fantôme chéri, Franz Kafka. La voix de Franz incarnée par celle de Daniel MESGUICH, grave et caressante, traverse l’épiderme de Milena, la touche, elle est profondément sensuelle. Il est terrible de lire la lettre d’un proche aimé lorsqu’on sait qu’il est impossible d’y répondre complètement en raison de l’absence de son auteur. Il y a des lettres que l’on relit, écoute, à des années de distance et les réactions qu’elles provoquent suspendues dans le vide sont déchirantes. Ce déchirement, on l’éprouve en s’identifiant à Milena.

Le pessimisme de Franz heurte la lumineuse Milena qui lutte contre des affreuses angoisses . Elle se laisser porter par sa voix, ses mots d’amour, dans une sorte d’éblouissement mais elle n’entend pas se calfeutrer à l’intérieur d’un amour clos, il s’agit d’un amour qui lui permet de se projeter en avant, qui lui donne du courage.

La chambre de Mélina est un rêve, celui d’une femme qui respire comme une lettre d’amour, laquelle s’expose à tous vents, peut résister à toutes les intempéries, elle ne se veut pas immortelle, elle est.

Le spectacle sobrement mis en scène par l’auteur Filip FORGEAU convoque l’imaginaire onirique du spectateur vers cette réalité faite femme et enfant également, souvent occultée car considérée trop fragile, trop tendre ou vulnérable. La vérité c’est que ces voix de femmes, il faut parfois tendre l’ouïe pour les entendre, elles agissent peut être plus secrètement…

« Les âmes qu’il cherche sont des corps » dit de Filip FORGEAU, Daniel MESGUICH dans sa préface de la pièce . Ici, nous dirons simplement, le corps d’une femme porte message entre ciel et terre, c’est celui de Milena transcendé par Soizic GOURVIL, c’est celui aimé par Kafka, c’est celui d’une femme parmi d’autres, c’est celui-là !

Paris, le 13 Février 2016                                     Évelyne Trân

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