LES LETTRES PERSANES DE MONTESQUIEU du 26 janvier au 13 février 2016 à L’étoile du nord – 16 rue Georgette Agutte 75018 PARIS – Mardi, mercredi, vendredi 20h30, jeudi 19h30 et samedi 17 h –

lettres persanes

 

Mise en scène Guillaume Clayssen

Avec

Olav Benestvedt, Floriane Commeleran, Emmanuelle de Gasquet, Hugo Dillon, Nicolas Lafferrerie, Eram Sobhani

Comment et pourquoi les Lettres Persanes de Montesquieu résonnent-elles encore aujourd’hui ? Le metteur en scène Guillaume CLAYSSEN s’est emparé de quelques lettres de ce roman épistolaire volumineux (150 lettres) de façon à saisir à vif l’émotion que procure leur lecture. L’émotion provient vraisemblablement du sentiment que rien fondamentalement n’a changé dans ce bas monde depuis l’écriture de ces Lettres Persanes, la première œuvre écrite par Montesquieu entre 1717 et 1720, et publiée anonymement.

Le fossé entre les civilisations, celle de l’orient représentée par la Perse, celle de l’occident par La France, existe toujours . La lutte contre le racisme et l’intolérance , les dictatures d’état, la libération de la femme, tous ces thèmes abordés par Montesquieu font partie des préoccupations de tous ceux qui rêvent d’un monde meilleur et souffrent de voir cet idéal de « Liberté,fraternité, égalité » être si léger par rapport à la réalité.

Cette fracture entre idéal, voire utopie, et réalité, Montesquieu l’exprime à travers les lettres de deux Persans en voyage en France, USBEK et RICA qui portent un regard étonné, critique et ironique sur les coutumes et mœurs des Français. La clairvoyance, la lucidité de ces deux personnages donnent à penser qu’il s ‘agit d’hommes raisonnables . Mais les lettres qu’USBEK envoie aux membres de son sérail en Perse, à l’eunuque chargé de surveiller ses femmes, à Roxane sa favorite, révèlent un homme tyrannique attaché viscéralement à son pouvoir, insensible aux revendications de liberté de Roxane.

Moralité : il est plus facile de porter des jugements sur les autres à bonne distance que de se remettre en question soi même.

La vérité c’est qu’il est très difficile pour un individu quel qu’il soit de se défaire de valeurs inculquées dès l’enfance et depuis des générations même si et c’est le cas d’USBEK, il est en mesure de s’interroger sur des comportements humains qui lui sont étrangers.

La passion et l’émotion que manifeste USBEK en apprenant la révolte de son sérail prennent le pas sur la raison. Le désordre qui règne dans son esprit est alors la réplique du chaos que l’on devine se produire dans sa terre natale.

Chaos, confusion exprimés dans la mise en scène qui n’hésite pas à faire des rapprochements pertinents entre la condition actuelle de réfugiés politiques, d’exilés, de migrants qui en terre étrangère aussi hospitalière soit-elle, doivent encore se taire.

C’est parce qu’elle semble venir de loin la voix de Roxane, qu’elle réussit à franchir cette distance entre la Perse et La France qu’elle prend une dimension bouleversante aussi bien pour USBEK que pour nous aujourd’hui , lorsqu’elle dit  « Non, j’ai pu vivre dans la servitude ; mais j’ai toujours été libre : j’ai réformé tes lois sur celles de la nature ; et mon esprit s’est toujours tenu dans l’indépendance ».

Alors, lorsque l’on voit cette femme marcher et saluer sur scène du haut de ses immenses béquilles, on pourrait penser qu’il s’agit d’une élucubration du metteur en scène, non c’est juste le signe de la somme d’obstacles qu’elle doit toujours parcourir, pour être seulement un peu regardée autrement qu’un objet sexuel.

Visuel%201%20© Virginie%20Puyraimond

La distribution est de qualité. Nous mentionnons notamment la performance du chanteur et comédien Olav BENESVEDT, l’eunuque et celle d’Eram SOBHAN qui compose un fier et imposant USBEK.

De beaux chants enrichissent cette épopée persane .Il est clair que Guillaume CLAYSSEN a souhaité brasser toutes ces émotions qu’appelle la lecture des Lettres Persanes.C’est une véritable submersion. Une irrationalité onirique se dégage de la mise en scène très personnelle de Guillaume CLAYSSEN qui peut déconcerter comme d’ailleurs le parfum d’exotisme introduit par Montesquieu pour distraire le lecteur. Cela dit, en dépit de certaines longueurs, son éclairage sensible de l’œuvre nous interpelle.

Paris, le 1er Février 2016                         Evelyne Trân

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