LES FOURBERIES DE SCAPIN – UN THRILLER DE MOLIERE – MISE EN SCENE DE IMAD ASSAF au THEATRE DOUZE – 6 Avenue Maurice Ravel 75012 PARIS – du 12 au 31 Janvier 2016 DU MARDI AU SAMEDI à 20 H 30 et le DIMANCHE à 15 H 30.

 

245LES-FOURBERIES-DE-SCAPIN

Acteur: Brice Borg, Azad Boutella, Florence Fauquet, Elise Fourneau, Angeli Hucher de Barros, Olivier Kuhn, Vivien Niderkorn, Emmanuel Rehbinder et Paul-Henri Véchambre
Auteur: Molière
Création lumière et montage sonore: Vivien Niderkorn
Mise en scène: Imad Assaf
Crédit photo: Albane Devouge
Extrait vidéo: http://vimeo.com/111868612
Son: Jizzy Jones
Costumes: Justine Bossard
Dramaturgie: Paul-Henri Véchambre
Chorégraphies: Leonid Glushchenko
Compagnie: Compagnie les Bien Roulés et Collectif La Tribu des Pendards

Les Fourberies de Scapin, un thriller, vous n’y pensez pas ! Ce classique de Molière a tant de fois été représenté, et pour la première fois en 1671, soit il y a déjà trois siècles et demi, que nous l’avions enterré sous roche dans la mémoire. En terme d’accroche, il y a bien sûr cette fameuse tirade «  Mais qu’allait il faire dans cette galère !» digne de l’apostrophe d’Arletty « Atmosphère, atmosphère, est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ! » dans l’Hôtel du Nord.

Eh bien justement ce classique revisité par la Tribu des Pendards a tout simplement de la gueule et le jeune metteur en scène Imad ASSAD, un flair de premier ordre.

Molière dénonce dans cette pièce la tyrannie des pères à l’égard de leur progéniture, les mariages arrangés, la maltraitance des valets, la corruption de la justice, l’injustice sociale. Des thèmes qu’il a repris dans de nombreuses comédies mais pour faire passer le message, échapper à la censure, il saupoudrait d’un soufre comique la virulence de ses propos. Du coup, ce qu’il y a de tragique, de douloureux dans le personnage de Scapin peut fort bien passer à la trappe.

Que la dramaturgie propre au triller puisse remonter à la surface de celle de la comédia dell’arte, c’est la gageure étonnamment maîtrisée par la Tribu des Pendards .

C’est au théâtre que nous spectateurs nous pouvons prendre conscience combien ce qu’il y a de plus organique chez l’homme, le cri, précède la parole. Il y a tout ce filtrage de la civilisation qui nous incline à dénier cet aspect trivial, cette réalité animale.

Ce qu’il y a de sauvage chez l’homme, d’instinctif, ne cesse pourtant pas de sourdre à l’occasion de situations les plus élémentaires. Un homme peut en tuer un autre simplement parce que celui s’est permis de le voler. La ville a remplacé la forêt mais qui peut vraiment distinguer les cris des loups de ceux des agneaux. Il n’y a plus d’agneaux, l’homme est un loup pour l’homme.

C’est bien ce qu’exprime la mise en scène qui situe les actions dans un entrepôt de palettes, d’outils divers, de tonneauxet de bidons. Géronte et Argante ne sont plus des vieillards mais des bourgeois commerçants, physiquement fort costauds, bien accrochés à leur fortune. Leur progéniture, Léandre et Octave sont des fils à papa qui n’ont de sympathique que leurs amours interdits à l’égard de jeunes filles sans situation. Et puis il y a Scapin, le plus freluquet de tous, un coquin de valet qui a fait de la prison mais à qui tous font de l’œil parce qu’il est débrouillard. Il n’a pour tout bien que son intelligence, son goût pour l’entreprise voire l’aventure.

Scapin est un apprivoiseur de loups, de gros chiens loups incarnés Géronte et Argante qui aboient davantage qu’ils ne parlent et toujours prêts à mordre. Et tout cela passe par la langue de Molière. Scapin rentre pratiquement dans une cage à lions. Ces personnages ont beau être comiques et grotesques, ils suscitent la peur. La violence de tous les protagonistes est visualisée à l’état brut, non de façon naturaliste mais elle frappe d’autant plus les esprits, notamment les jeunes spectateur étonnés, captivés.

Tension et suspense mènent la danse de tous ces énergumènes fort bien interprétés par l’équipe de la Tribu des Pendards. Emmanuel REHBINDER, Géronte et Angeli HUCHER DE BARROS, Argante, sont très impressionnants. Quand à Brice BORG, excellent, il compose un Scapin va-nu-pieds, fier et blessé, qui fait penser aux voyous étincelants de Jean Richepin ou de Villon.

Une très belle découverte que cette représentation des Fourberies de Scapin, forte en gueule, efficace, décapante !

Paris, le 18 Janvier 2016                                  Evelyne Trân

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