ANDORRA – AUTOPSIE D’UNE HAINE ORDINAIRE – Comédie-tragique de Max FRISCH – Mise en scène de FABIAN CHAPPUIS par la Compagnie ORTEN – au THEATRE 13 – 13 rue du Chevaleret 75013 PARIS – du 5 Janvier au 14 Février 2016 – du mardi au samedi à 20 Heures, le dimanche à 16 heures.

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Photo de répétition par Bastien CAPELA

Bande annonce   Réalisation Quentin Defalt
Musique Cyril Romoli

Andorra / Max Frisch / Fabian Chappuis – Bande annonce from Théâtre 13 on Vimeo.

Avec
Alban Aumard Le Docteur,
Anne Coutureau La Senora,
Romain Dutheil Andri,
Stéphanie Labbé L’Aubergiste,
Hugo Malpeyre Le Soldat,
Laurent d’Olce Le Maître d’école,
Loïc Risser Le Prêtre,
Marie-Céline Tuvache La Mère,
Elisabeth Ventura Barbeline,
Eric Wolfer Le Menuisier,
et les témoignages de Jean Patrick Gauthier, Philippe Ivancic, Gaëtan Peau, Benjamin Penamaria, Philippe Perrussel, Paula Brunet Sancho, Vincent Viotti.
Traduction Armand Jacob. L’Arche est agent théâtral du texte représenté.
Adaptation et scénographie Fabian Chappuis,
Assistant à la mise en scène Emmanuel Mazé,  Musique Cyril Romoli,
Chorégraphie Yann Cardin,
Lumière Florent Barnaud,
Vidéo Bastien Capela & Quentin Defalt, Régie vidéo Ludovic Champagne,
Costumes Maud Berthier et Domitille Roche-Michoudet,
Masques Sébastien Puech,
Construction décor William Defresne & Thierry Ortie (Comme sur un plateau),
Administration François Nouel,
Diffusion Isabelle Decroix,
Presse Jean-Philippe Rigaud.
Adaptation éditée aux Editions Les Cygnes – collection Les Inédits du Théâtre 13.

Est-il vraiment possible de faire l’autopsie de la haine ? A mon sens, la haine a une origine affective, c’est un sentiment aussi irrationnel que l’amour. La haine à visage découvert, à visage ordinaire, peut se propager d’autant plus facilement qu’il s’agit d’un réflexe de défense, de sauvegarde, une issue de secours à l’expression de conflits émotionnels inconscients. La haine trouvera toujours son bouc émissaire.

Qui n’a pas entendu une personne en état d’ébriété dégurgiter sa haine contre des Arabes, des Turcs, des Grecs, des Chinois, des Juifs qui ne lui ont rien fait, tandis que sur le même comptoir, ses voisins se contentent de hocher la tête . Mais à qui donc attribuer ses malheurs, ses misères sinon à cette saleté de …

Andorra est un petit pays imaginaire, paisible qui ne fait pas d’histoires mais qui est menacé par des nations frontalières plus puissantes. Les Andorriens sont très fiers de la paix qui règne dans leur pays.Ils ont même applaudi l’instituteur qui jadis a sauvé des mains d’un méchant peuple voisin, un enfant israélite.

Andri a été adopté par l’instituteur et son épouse. C’est un enfant du pays, il n’empêche, les propos des villageois ne cessent de lui rappeler qu’il est juif, qu’il n’est pas comme les autres et insidieusement qu’il ne doit pas renier sa race qui veut qu’il soit commerçant et certainement pas menuisier.

Il souffre profondément de ce sentiment d’exclusion . Seul l’amour qu’il partage avec sa sœur lui procure le bonheur. N’ayant pas de liens de sang avec sa sœur, il souhaite l’épouser, mais coup de tonnerre, voilà que son père s’oppose au mariage.

Figure très complexe que celle de ce maître d’école,déchirée, tourmentée par un terrible secret. Andri est réellement son fils qu’il a eu avec une étrangère, il n’est pas juif.

L’état d’esprit du jeune homme sera bouleversé par cette révélation. Il décidera d’endosser cette identité de juif qui fait de lui un étranger au regard des villageois, par dégoût, par tristesse et un profond sentiment de solidarité avec toutes les victimes du racisme. Est-il seulement possible de sauver sa peau en disant qu’on n’est pas juif ? Nous ne sommes plus dans la logique de la survie qui contraint de cacher ses origines. C’est toute son identité qu’il s’est construit durant sa jeune vie, une identité basée sur le mensonge, qui se trouve bafouée du jour au lendemain. Parce qu’il y a cette horreur à penser que l’on puisse mourir pour le seul crime d’être né juif.

Cela n’a pas de sens et à vrai dire les villageois n’étaient guère dérangés par Andri . N’importe, il porte si bien le «mal» qu’il devient le bouc émissaire idéal.

La mise en scène de Fabian CHAPPUIS, très sensible, est dépouillée comme le préconisait Max FRISCH. Seuls trois pans de murs suggèrent un village, des murs lessivés, propres que s’attache à repeindre en blanc Barbeline, l’amour d’Andri, et qu’elle s’acharne encore à repeindre à l’issue du drame.

Des murs comme des visages anodins quelque peu blafards, qui ne reflètent ni le bien ni le mal mais qui tremblent comme des drapeaux flétris par la bonne conscience des Andorriens incarnés par le menuisier, l’aubergiste, du Docteur, le soldat, le prêtre qui ont réussi à s’en sortir en vendant leur Juif. Les têtes de témoins sont d’ailleurs projetées sur ces murs, témoignant tranquillement de leur absence de responsabilité.

Tragique et bouleversante, la pièce a néanmoins des versants comiques avec les scènes notamment entre le Docteur, un fieffé raciste et Andri. Les comédiens de la Compagnie ORTEN la jouent de façon très vivante.

Dire que nous pouvons nous reconnaître dans tous les propos de ces gens là ! Comment, pourquoi ? Avons nous conscience combien des paroles racistes peuvent faire saigner des esprits aussi vulnérables et purs que celui d’Andri ? Cette pièce de Max FRISCH qui a nécessité une longue genèse – le scénario date de 1946 mais la rédaction de la pièce ne fut achevée qu’en 1961 – nous interpelle intimement. Nous le savons, ces Andorriens qui font si bonne figure, nous pouvons en faire partie, ne serait-ce que par notre silence !

Paris, le 18 Janvier 2016                          Évelyne Trân

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