Un beau ténébreux de Julien Gracq / Matthieu Cruciani / Cie The Party à la COMEDIE DE SAINT ETIENNE du mar. 5 au ven. 8 janvier / 20 h

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Photo Jean Louis FERNANDEZ

de Julien Gracq

adaptation et mise en scène Matthieu Cruciani

avec Sharif Andoura, Clara Bonnet*, Émilie Capliez, Frédéric de Goldfiem,  Pierre Maillet, Maurin Olles*, Pauline Panassenko*, Manuel Vallade

dramaturgie Yann Richard
scénographie Marc Lainé
lumière Bruno Marsol
son Clément Vercelletto
vidéo Jean Antoine Raveyre
costumes Véronique Leyens
régie générale Arnaud Olivier
décors et costumes Ateliers de La Comédie de Saint-Étienne

production La Comédie de Saint-Étienne – Centre dramatique national / Compagnie The Party – Compagnie associée / Théâtre Dijon Bourgogne – Centre dramatique national
coproduction Centre dramatique national de Haute-Normandie, Rouen

Cet écrivain énigmatique, Julien GRACQ dont le nom résonne dans la bouche de façon ensoleillée et montante comme un chemin de montagne à parcourir, est un véritable compagnon de voyages. Le titre de son roman « Un beau ténébreux » dont il commença l’écriture en 1941 alors qu’il était prisonnier dans un camp, opère comme une apparition, et c’est dans notre imaginaire, Julien Gracq lui même qui surgit.

Dans un hôtel en bordure de mer appelé banalement « Les Vagues » de jeunes vacanciers riches, dégagés de toute préoccupation matérielle ou professionnelle, se trouvent livrés à eux mêmes. Jacques le narrateur s’ennuie, les états d’âme de la jeune bande ne suffisent plus à occuper son esprit . L’arrivée d’un couple extraordinaire, selon lui, vient mystérieusement jeter le trouble dans cet hôtel calme et sans histoires.

C’est la forte personnalité d’Allan dont les propos ont les accents ténébreux d’un Lautréamont, d’un Rimbaud ou de Byron qui déroutent les vacanciers et notamment Jacques fasciné par la beauté de l’épouse d’Allan, Dolorès. Tout le monde s’inquiète de la raison de leur présence dans un lieu si paisible.

Le roman a l’étoffe d’une véritable tragédie sauf que contrairement aux tragédies raciniennes ou cornéliennes, la fatalité n’est pas mise en cause. Nous le saurons, le couple a rendez vous avec la mort parce que les deux époux se sont promis de se suicider. Personne ne le sait mais quelque chose transpire du comportement de couple qui trouble le narrateur au plus profond de lui même.

Parole de jeune, rêve exalté. Parce qu’il a décidé de mourir, Allan a pu croire que s’ouvrait devant lui la possibilité de tout vivre en toute liberté . Ce ne sera pas le cas parce que son secret se révèle trop lourd, donnant une importance à la mort que les autres ne peuvent entendre.

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Photo Jean Louis FERNANDEZ

Défi orgueilleux de celui qui lève son verre à la vie, à la mort. Allan n’est pas un kamikaze, mais il croit peser le prix de la vie en affrontant la mort. Le prix, c’est aussi le regard des autres, leur suspicion, leur incompréhension, leurs peurs, leur amour ou leur haine.

Dans ce roman où l’œil semble vouloir toujours toucher les silences, il y a les traversées fulgurantes des monologues des personnages qui éclaboussent comme de hautes vagues, trahissant la jeunesse des protagonistes, celle de Christel, fragile parce que trop ardente, celle de Dolorès trop belle, celle d’Allan, exalté, celle de Jacques trop curieux.

La force incantatoire des monologues et dialogues du texte, nous la découvrons de façon tout à fait inattendue grâce à l’adaptation et mise en scène de Matthieu CRUCIANI. C’est une révélation d’éprouver que la langue de Gracq si poétique et réfléchie à la fois, puisse, incarnée par de grands comédiens, révéler sa puissance émotionnelle.

Les mots chez Gracq sont pleins, tels quels ils traversent les corps, ils ont été traversés par eux, ils sont ouverts aux sortilèges de Rimbaud qu’évoque le narrateur.

Sortilèges et fantômes, toute cette nuit fabriquée par les songes sont-ils ceux que renvoient les paysages mouvants, sombres, inquiétants , très suggestifs, en fond de scène tels des paraphrases des âmes tourmentées de ces jeunes gens.

A dessein, la scénographie est dépouillée, juste quels bancs de sable, des tables et des chaises, tant il est vrai qu’il n’est pas besoin de se substituer à l’imaginaire de Gracq qui découle de sa langue propre.

Gracq dût être « un beau ténébreux » à sa façon, invisible, élégante, mais jamais sournoise. Dans ce spectacle, toute l’équipe rend hommage de façon vibrante à un auteur réputé difficile, mettant en lumière, l’éclat de son style.

Jeunesse insolente aux portes de la nuit, instinct de vie et de mort à la fois. Jolie gamme de mélancolie exaltée et pénétrante aussi captivante qu’une vague qui avance. Il s’agit d’émotions presque convulsives, sortilège d’une eau qui n’est jamais endormie chez Gracq et sur laquelle marchent radieusement les interprètes Sharif ANDOURA, Clara BONNET, Manuel VALLADE, Emilie CAPLIEZ, Frédéric de GOLDFIEM,  Pierre MAILLET, Maurin OLLES, Pauline PANASSENKO. Remercions les !

Paris, le 11 Janvier 2016                              Evelyne Trân

 

Et en tournée 2015 / 2016

2 et 3 février 2016 – Centre dramatique national de Haute-Normandie, Rouen* / réservations : 02 35 03 29 78

10 février 2016 – Le Dôme Théâtre, Scène conventionnée d’Albertville / réservations : 04 79 10 44 80

du 10 au 13 mars 2016 – Les Ateliers, Lyon – en coréalisation : Célestins, Théâtre de Lyon, Théâtre Nouvelle

Génération – Centre dramatique national / réservations : 04 78 37 46 30

du 27 au 29 mai – Festival Théâtre en mai – Théâtre Dijon Bourgogne – Centre dramatique national /

réservations : 03 80 30 12 12

 

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