« Foi amour espérance » d’Ödön von Horváth à l’Usine Hollander – 1, rue du Docteur Roux 94600 Choisy-le-Roi par la Cie La Rumeur. Mise en scène de Patrice BIGEL – du 13 Novembre au 13 Décembre 2015 à 20 H 30 – TEL. 01.46.82.19.63 –

-Foi amour espérance(62)Photo Agathe Hurtig Cadenel

Photos Agathe Urtig Cadenel
Avec  Francis Bolela, François Chanut
Karl-Ludwig Francisco, Bettina Kühlke
Adèle Le Roux, Jean-Michel Marnet
Noémie Nael, Juliette Parmantier
William Santucci.
Scénographie, lumière Jean-Charles Clair
Texte français Henri Christophe
Édition l’Arche

Fi des grands sentiments, dans quelle eau de bois dormante peuvent bien s’agiter encore ces doux mots de foi, amour, espérance ?

L’eau est trouble n’est ce pas, toujours trouble, celle qui reflète nos illusions, nos rêves chargés, nous ne pouvons le croire, des fantômes de quelques noyés. Le désespoir craint le désespoir et celui ou celle qui tombe à l’eau rejoindra l’entrefilet d’un fait divers dans les oubliettes d’un journal.

A l’époque où HORWATH repêche ce fait divers pour écrire sa pièce « Foi, amour, espérance » il est frappé par l’ambiance asphyxiante qui règne en Allemagne et qui annonce l’arrivée d’Hitler au pouvoir.

L’héroïne Élisabeth est une jeune fille au tempérament indépendant, entreprenante, insoumise qui a foi en son énergie, qui va se débattre en vain contre des ombres, parce qu’elle n’est pas assez cynique, elle est jeune, pour comprendre que ceux qui affichent une bonne volonté de surface, ne représentent qu’une eau stagnante qui exhale la puanteur. La gouttière est engorgée par les problèmes des uns et des autres qui s’empilent, ce qui ne laisse aucun débouché à une jeune aventureuse.

« 6 millions de chômeurs, alors taisez vous, ayez le profil bas ! Chacun pour soi, c’est la règle » . Ces commentaires, vous ne les entendrez pas dans les discours religieux ou politiques, vous les vivrez !

Banal et vrai ! Les hommes, nous dit HORWATH, ne sont ni méchants ni bons. Les instincts de conservation, de peur, de repli sur soi sont inhérents à leur nature. Faut-il donc qu’ils aient au fond de l’estomac une bizarre honte de pouvoir être assimilés à la race animale pour s’habiller de foi d’amour et d’espérance !

Ce n’est pas une sainte, Élisabeth, juste une petite goupille dans l’eau qui aura cet ultime plaisir de lancer cette phrase à son policier d’amant qui l’a abandonnée : – Ne va pas croire que c’est à cause de toi que je me suis jetée dans le canal, pour toi et ton radieux à venir ! Je me suis jetée à l’eau parce que je n’avais plus rien à bouffer… »

La mise en scène de Patrice BIGEL traduit l’obscurité des consciences, la nuit qui s’est abattue sur l’Allemagne en pleine crise économique, la solitude des êtres abrutis qui ne peuvent plus communiquer . La scénographie austère projette une architecture de murs, de bassin, de lits, toute en angle, quasiment mortuaire.

Le bassin étroit du zoo ou jardin public n’est même pas un vieux miroir désenchanté, c’est un objet de fonction démuni d’âme, aveugle. La nature semble s’être évaporée, pas d’arbres, pas d’oiseaux . Seul le préparateur du laboratoire d’anatomie se réjouit de braver l’interdit en nourrissant quelques pigeons invisibles.

Quelques chansons en allemand, naïves et désespérées, trouent l’air de temps en temps rappelant que malgré tout il s’agit d’un monde d’hommes et de femmes qui font partie de la nature…

C’est une ténébreuse perception fonctionnelle du monde et des êtres qui annonce la dictature d’Hitler de façon terrifiante.

HORWATH ne connaîtra pas la suite des événements. Il mourra bêtement, paraît-il, en sortant d’une représentation de Blanche Neige au Théâtre de Marigny en 1938, frappé par une branche d’arbre, en pleine tempête. Curieux salut de la nature !

De facture très moderne, dépouillée, la pièce de HORWATH est toujours d’actualité. Bouffer ! La montre d’HORWATH n’est pas romantique, elle s’arrête avec le cœur de la jeune fille qui flanche, aiguille visible dans l’eau d’une détresse mais aussi d’une volonté de lutter . Sinon HORWATH n’eut pas écrit cette pièce et fait sortir de l’ombre d’un fait divers cette jeune fille rebelle et brave.

- Foi amour espérance(97)Photo Agathe Hurtig Cadenel

Face à la réalité, il n’est pas besoin de se suspendre à de beaux discours, cette vérité qui sort de la bouche d’une jeune chômeuse, HORWARTH l’a entendue, il l’exprime comme il l’a reçue, de plein fouet. Sa pièce résonne comme un véritable gifle . HORWATH n’avait qu’un seul luxe, dire ce qu’il pensait, un luxe inouï dont il nous fait profiter.

Belle distribution des comédiens qui entourent la jeune Élisabeth un magnifique personnage de femme interprétée par Juliette PARMANTIER, étonnante de justesse, de naturel.

Une pièce à voir et à revoir . Éloquente et sévère, la mise en scène de Patrice BIGEL met en valeur par contraste le beau ferment de jeunesse et malgré tout de foi, amour et espérance que dégage Élisabeth, peut-être bien une voisine, une sœur, quelqu’un d’éloigné ou de trop proche.

Paris, le 29 Novembre 2015                                Evelyne Trân

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