LA VOLUPTE DE L’HONNEUR DE LUIGI PIRANDELLO – Mise en scène de Marie-José MALIS du 5 au 20 Novembre 2015 – 2 Rue Edouard Poisson 93300 AUBERVILLIERS –

banniere_-volupte_de_lhonneuravec Pascal Batigne, Juan Antonio Crespillo, Sylvia Etcheto, Olivier Horeau, Victor Ponomarev, Michèle Goddet…

Juan Antonio Crespillo Angelo Baldovino   Sylvia Etcheto Agata Renni   Michèle Goddet La signora Maddalena  

Victor Ponomarev Le marquis Fabio Colli  Olivier Horeau Maurizio Setti  Pascal Batigne Le curé de Santa Marta

et en alternance,Ophélie Clavié et Ysé   Louise Roch et Nil  une femme de chambre et son enfant

Etes vous prêts pour partir à la rencontre d’un héros ? Et avant même que vous ayez eu le temps de répondre, voici Pirandello qui vous pousse sur la scène. Il est derrière le rideau et il vous souffle « le héros c’est vous » . Ce que vous n’avez jamais cru pouvoir être dans la vie, vous allez le jouer sur scène.

C’est ce qui se passe pour BALDOVINO, un homme « déchu » qui ne croit plus en lui même . Embauché pour servir de mari à une jeune femme engrossée par un marquis qui ne peut pas l’épouser, il va mettre un point d’honneur à jouer ce rôle de mari non plus dans la forme mais en toute conscience.

Sauver les apparences, voilà l’essentiel ! Rappelons qu’en 1900, être fille-mère, surtout dans la haute société, constituait un scandale, une véritable honte. Aujourd’hui, les mœurs ont évolué croit-on, on peut parler de tout, de la sexualité, des maladies « honteuses » etc, mais l’apparence fera toujours partie du jeu social, c’est un étendoir, un filet mouvant qui a pour objet d’éloigner les intérêts individuels du lieu commun de référence, une société hiérarchisée, étatisée, réglée.

A vrai dire, ce n’est pas tant la transparence qui prime que l’ignorance qui constitue un réflexe de rejet de l’autre banal voire naturel. BALDOVINO devenu loup dans la bergerie en connaît tous les codes. Il entend aller jusqu’au bout du rôle qui lui a été donné, mu par un certain désespoir. C’est l’homme, la personne qu’entend ignorer la famille qui l’a embauché, qui parle, qui agit. Un homme victime, un homme qu’il serait possible d’effacer, de jeter, après avoir servi. Sauf que connaisseur du secret familial, BALDOVINO va refuser la possibilité, après tout plus tranquille, de n’être qu’un faux semblant.

Chez Pirandello, l’occurrence est toujours affective, émotionnelle. Chez l’homme, il perçoit les parties mutilées. C’est au moment où BALDOVINO s’éprouve sans bras, que son « moi je » vient à s’exprimer, qu’une canne invisible le porte. Quand il croit avoir fait le tour de lui même, qu’il est à bout, qu’il sait qu’il n’y a pas d’issue, une femme lui tend les bras.

BOLDOVINO n’a qu’un seul tort aux yeux des autres, c’est de s’impliquer et de s’exprimer. Dans cette famille, il n’est question que de confort, confort des bienséances, des apparences. Comment oublier que ses valeurs de confort, de respectabilité ne peuvent subsister que si elles nettoient tout autour d’elles, les mauvaises herbes, les taches, les scandales, à quel prix ?

Adaptatrice et metteure en scène de La Volupté de l’Honneur, Marie José MALIS confie « Je ne sais pas faire du théâtre rapide, voire simplement rythmé : j’ai besoin de tout le temps de la pensée et du sentiment pour les acteurs ».

Trois heures trente de spectacle, c’est à la fois très long et très court pour faire émerger ce personnage extraordinaire BALDOVINO. Qui n’a jamais eu la tentation d’en découdre avec ses propres masques ? BALDOVINO, c’est celui qui ramasse cette chair informe de cœur, celui d’une famille « hors la loi » composée d’un amant, une amante, la mère, l’enfant, qui finit par s’identifier à ce pauvre cœur au point de le secouer, le faire palpiter… Et qui rêve sans y croire, à un monde meilleur.

Juan Antonio CRESPILLO vraiment impliqué dans ce rôle de BALDOVINO lui offre beaucoup de nuances. C’est un Arlequin Polichinelle, aussi retors qu’un personnage de Dostoïevski, doublé d’un Pierrot lunaire, éperdu… Sylvia ETCHETO compose avec chaleur cette femme « libre » rêvée par Pirandello, Agata RENNI.

Leurs partenaires,Victor Ponomarev , Olivier Horeau , Pascal Batigne réussissent à exprimer la gêne, le manque d’âme des autres rôles, ceux du marquis, du cousin et du curé, moins gâtés spirituellement par Pirandello. Michèle Goddet  donne beaucoup de générosité au personnage de la mère, la signora Maddalena

Un peu comme un cinéma, les spectateurs peuvent scruter à loisir les visages des protagonistes, car effectivement les personnages prennent leur temps pour parler, ce qui inclut également les silences. Ce n’est pas une perspective théâtrale habituelle. Cela peut se révéler inconfortable pour certains spectateurs. Mais les comédiens donnent l’impression de vivre ce qu’ils disent ou même d’être là avant de prendre la parole comme des familiers, des proches que l’on retrouve dans un salon.

Penser au théâtre cela doit être possible surtout avec d’excellents interprètes. Cela exige, reconnaissons le, une réceptivité, une concentration de la part du public qui aura le choix soit de pénétrer dans l’étoffe particulière de ce spectacle, soit d’y renoncer parce que jugée trop personnelle.

Pour notre part, nous avons choisi de prendre le temps de nous laisser imprégner comme si posant le doigt sur quelque chose d’aussi banal qu’une histoire de famille, sans trop y croire, nous nous laissions envelopper par elle, pour être à ce moment précis où quelque chose va nous échapper, faute d’y penser – la pensée n’est-elle pas remplie de vides -, dans le même état d’esprit que ce BALDOVINO qui chahute pour se réveiller, s’insurgeant contre l’inertie, l’aveuglement de la condition humaine.

De là à dire que nous serions les cobayes spirituels d’un manipulateur de génie Pirandello et d’une metteur en scène engagée, pourquoi pas. Le théâtre est aussi dans notre tête et c’est une drôle d’expérience que d’aller au delà de ses connaissances, de ses désirs et de se retrouver en tête à tête avec des personnages, somme toute, inconnus.

En dépit de quelques effets spectaculaires enfantins, la mise en scène frappe pas sa simplicité, son dépouillement, juste un décor de maison à l’italienne et quelques chaises et table, ici et là. Les personnages de la Volupté de l’Honneur, mis en scène par Marie José MALIS s’incrustent dans la durée. Il y a plusieurs temps, il y a plusieurs moi, il y aura plusieurs fois Marie-José MALIS et cette équipe de talent pour faire rayonner, crisser cette volupté d’honneur, cette île mystérieuse.

Paris, le 11 Novembre 2015                               Evelyne Trân

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