ANDREAS d’après la première partie du CHEMIN DE DAMAS d’August STRINDBERG mis en scène, adapté et traduit par JONATHAN CHATEL AU CENTRE DRAMATIQUE NATIONAL DE LA COMMUNE – 2 rue Édouard Poisson 93 300 Aubervilliers DU 25 SEPTEMBRE AU 15 OCTOBRE 2015 – MAR ET MER À 19H30, JEU ET VEN À 20H30, SAM À 18H ET DIM À 16H –

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VIDÉO Reportage Andreas – Jonathan Châtel

avec Pauline Acquart, Pierre Baux, Thierry Raynaud, Nathalie Richard

Un homme vient de quitter sa femme et sa fille.Tout quitter pour se retrouver, est ce possible ? Telle est l’expérience que va vivre Andreas qui va retrouver sur son chemin quelques lambeaux de lui même incarnés par plusieurs personnes.

L’homme fait penser à l’Étranger de Baudelaire :

 Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ?
ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère ?
– Je n’ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.
– Tes amis ?
– Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est
resté jusqu’à ce jour inconnu.

Le paysage mental d’Andreas est peuplé d’étrangers qui le scrutent comme des fantômes. Qu’attendent-ils de lui, pourquoi le regardent-ils, est-il possible que lui même attende quelque chose ?

L’homme est à bout, à bout de lui même mais la conscience de sa propre déchéance, de l’effondrement de ses croyances, de ses illusions, paradoxalement aiguise sa perception de l’autre. Les personnes qu’ils rencontrent ne peuvent plus se retrancher derrière leurs masques, elles doivent à leur tour, les déposer . Il lui faudra pourtant entendre que la femme qui veut lui venir en aide n’a pas de masque. Elle obéit à un instinct maternel . Mais Andreas même s’il a besoin d’amour ne trouve pas dans la figure de la mère, son alter ego. Il a peur aussi d’un amour qui le dépossède de lui même, de ce champ inouï de la solitude qui lui est nécessaire pour créer, imaginer, voyager.

Dans cette position extrémiste, pulsionnelle de rejet de l’autre l’homme est en danger de mort. C’est cette inconscience qui émeut ses interlocuteurs. Ce qui intéresse Andreas quant à lui, ce n’est pas tant la teneur des discours religieux qu’empruntent les femmes pour lui parler mais comment elles les transcendent pour exprimer des émotions viscérales proches de son propre désespoir.

Désespoir, conséquence d’une déchirure probablement vécue dans l’enfance, demeurée dans le subconscient, qui a conduit Andreas à répéter cette rupture vis à vis de ces proches, cette fois ci volontairement.

La pièce ANDREAS est une adaptation de la première partie du Chemin de Damas de STRINDBERG qui fait référence à une histoire biblique celle de Saul persécuteur de chrétiens qui se mua en Saint Paul, le fondateur de l’église. Est-il donc possible en changeant de nom de changer de destin ?

Les signes s’interprètent la plupart du temps suivant nos désirs lesquels trouvent leur énergie dans l’inconscient nous dit Freud, ils se déclinent comme nos identités qui résonnent si on les confronte à l’invisible éternel de façon aussi extravagante qu’aléatoire.

Il y a des fantasmes qui ne prennent vie qu’au théâtre. La mise en scène de Jonathan CHATEL est stupéfiante . Onze immenses portes grises et légèrement transparentes en fond de scène bornent l’espace . C’est à travers le sérail de ces portes qu’entrent et disparaissent chacun des personnages. Sur le plateau juste quelques planches de bois propres et impassibles.

Trois comédiens incarnent les sept personnages, la fille, la religieuse, le médecin, le mendiant, le vieillard, la mère, la dame qui rencontrent l’Inconnu interprété par Thierry RAYNAUD.

Nous sommes saisis par la densité de leurs interprétations. Thierry RAYNAUD compose un Andreas ténébreux, farouche, déchirant, Nathalie RICHARD, très fine, incarne à la fois la douceur et l’intransigeance féminine.Pierre BAUX est particulièrement troublant en mendiant, double d’Andreas. Et la jeune Pauline ACQUART compose une religieuse lumineuse et intelligente.

Un spectacle très fort, intense, où l’on entend vibrer cette force intérieure de STRINDBERG, capable de projeter sur scène l’Inconnu à multiples visages !

Paris, le 4 Octobre 2015                    Evelyne Trân

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