QUAND LE DIABLE S’EN MELE d’après Georges FEYDEAU – Adaptation et mise en scène Didier BEZACE – au Château de GRIGNAN du 26 Juin au 22 Août à 21 Heures.-

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  • Distribution
    Philippe Berodot, Thierry Gibault, Ged Marlon, Clotilde Mollet, Océane Mozas, Lisa Schuster, Luc Tremblais.​
    Scénographie : Jean Haas / Collaboratrice artistique, son et accessoires : Dyssia Loubatière / Lumières : Dominique Fortin / Costumes : Cidalia da Costa / Maquillage, coiffure : Cécile Kretschmar / Maquilleuse : Sophie Niesseron / Chorégraphie : Cécile Bon.
  • http://chateaux.ladrome.fr/chateau-de-grignan/les-evenements-a-grignan/fetes-nocturnes-2015
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Qu’est venu faire Feydeau au Château de Grignan ? A-t-il été invité par le diable en personne à l’occasion des fêtes nocturnes ?  Certainement car les pièces en un acte réunies par Didier BEZACE évoquent toutes l’enfer,  l’enfer de la vie conjugale ou les misères ordinaires de la vie de couple.

 En rassemblant ces deux êtres l’homme et la femme en vue de la reproduction, le créateur a oublié que ces deux créatures ne parlaient pas la même langue et étaient donc condamnés faute d’incommunicabilité, à se supporter plutôt qu’à s’aimer.

En tout cas, c’est ce que nous fait sentir Feydeau en baladant sa loupe sur quelques personnages, falots, exubérants, à côté de la plaque, idiots ou débonnaires, lâches, hystériques, égocentriques ou placides, constituant l’humus familial : père, mère, enfant, domestique.

Tous ces personnages communs, Feydeau éprouve un plaisir sadique à les faire sortir de leurs gonds, à l’occasion d’évènements majeurs  dans toute histoire familiale : la naissance, la mort et la purge.

Dans « Léonie est en avance » Feydeau met en scène un mari maltraité par une sage femme et sa belle famille lors de l’attente de l’heureux évènement.

Dans « Feu la mère de Madame », les échanges horripilés et exaspérés du couple témoignent de son usure.  Bien évidemment à l’annonce de la mort de la belle mère, le mari endetté ne pense qu’à l’héritage tandis que sa femme s’évanouit…

 Plus longue la pièce, « On purge bébé »  est un petit chef d’œuvre d’ironie et d’insolence. Mine de rien parce qu’il sait fort bien noyer le poisson, Feydeau administre une purge à un fonctionnaire des armées, à un commerçant porcelainier qui attend une grosse commande de pots de chambres de la part de l’armée, tout en exemptant le sale gosse à qui la purge était promise.

Quoi de plus comique que l’attitude de ce porcelainier capable de vendre ses vases de nuit à l’armée entière, mais  incapable de nommer la chose qui justifie l’invention du pot de chambre !

 Tout ce qui a trait à la nature animale de l’homme  fait rire, sans doute parce que le rire permet d’évacuer la gêne qu’éprouve l’homme civilisé . Mais quand on y pense, seul l’homme  a su tirer parti et commerce de ses faiblesses. Tout finit par se caser quelque part, tout est objet de commerce, même la mort. Dans ces conditions, Feydeau, malheureux en ménage, a fait saigner ses gencives car il en faut de l’humour pour prouver que « Rien n’est plus drôle que le malheur » au théâtre, notamment le spectacle des mesquineries humaines !

 Oui, que vient faire le linge sale de cet échantillon d’humains devant la respectable et lumineuse façade du château de Grignan ? Le public de tous bords assis sur des gradins assiste à des combats de coqs et de poules. Le plancher en estrade au milieu de la scène peut fort bien être assimilé à un poulailler amélioré.

Didier Bezace qui s’aligne sur l’esprit malin de Feydeau effectue un savant dosage. Il évite la caricature des personnages. Nul besoin d’appuyer les effets de Feydeau. Car c’est cela qui frappe chez Feydeau, c’est qu’on peut l’entendre les yeux fermés !

A l’instar de cet « invulnérable observateur » qu’est Feydeau des tracasseries inextricables de  la nature humaine, le public peut à loisir jouer le rôle d’examinateur ou de critique de la vie conjugale. Au concours des répliques, des réflexions malveillantes, assurément, les Follavoine, Madame Virtuel, Mr et Mme de Champrinet,  Lucien et Yvonne sont les meilleurs.

Tous les comédiens qui les représentent sont étonnants de naturel. C’est un naturel qui brille comme un bon vieux parquet, rehaussé aussi par les effets truculents du diable, Philippe Berodot, incarné soit en sale gosse en sage femme ou en vieux domestique.

 Reconnaissons que la gente domestique est fort maltraitée par Feydeau mais bon sang, ça existe toujours ces infâmes rapports entre domestiques et bourgeois !!!

Alors, pourquoi monter Feydeau aujourd’hui ? Parce que cela fait du bien de faire craqueler notre joli vernis social. Allez donc vous mettre un vase de nuit sur la tête aujourd’hui, parler de vos seins en porte-manteaux ou de vos problèmes de ménage ! Gageons qu’il vous manquera la lumière crue de Feydeau, finement tamisée par Didier Bezace.

 Heureusement, que les problèmes de couples mélangés aux questions domestiques, n’ont pas d’âge, car ça donne le vertige, oui de se retrouver devant un château du 12ème siècle  pour rire aux farces de Feydeau. Mais de quelle époque sommes nous, et quels drôles animaux, sommes nous pour rire à nos dépens ! Nous sommes partie de ceux qui ont pris le seul parti qui vaille, le parti d’en rire !

 Paris, le 3 Août 2015                 Evelyne Trân

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