LES INQUIETS ET LES BRUTES au THEATRE DU LUCERNAIRE 53, rue Notre-Dame des Champs 75006 PARIS du 8 avril au 16 mai 2015 Du mardi au samedi à 19 H

LES INQUIETS

Auteur : Nis-Momme Stockmann
Mise en scène : Olivier Martinaud
Traduction : Nils Haarmann et Olivier Martinaud
L’Arche est agent théâtral du texte représenté.
Avec : Daniel Delabesse, Laurent Sauvage, et la voix de Claude Aufaure

12.00

Scénographie et costumes : Charles Chauvet
Lumière : Éric Wurtz
Son : Grégoire Durrande

12.00

Très impressionnante découverte que celle de l’écriture de ce jeune auteur allemand NIS-MOMME STOCKMANN à travers la pièce Les i quiets et les brutes qui met en scène un évènement intime, la mort d’un parent et les réactions de ses enfants.

 Deux frères dont les relations sont manifestement très conflictuelles, doivent faire face à une situation à laquelle ils ne s’attendaient pas, la mort de leur père. Ils découvrent son cadavre gisant dans un fauteuil jonché d’excréments de chat. EIRIK, l’ainé est choqué par cette saleté, par cette indignité qui recouvre la figure du père, il refuse d’appeler les pompes funèbres ou la police comme souhaite le faire, le cadet BERG, apparemment plus détaché, sur l’instant et beaucoup moins ému par l’aspect sordide de l’événement.

 Le point dramatique de la pièce, son nœud coulant c’est la présence du mort qui configure une sorte de scène de crime. Elle est tellement incontournable que tous les échanges des frères tournent autour en se bousculant, se déchirant, mais sans jamais complètement se rejoindre.

 Est-ce donc la mort qui regarde les deux frères qui les enjoint de se démasquer, de cracher l’un et l’autre leur venin tout en exprimant leurs angoisses.

  Cette mort »infecte », ce cadavre ridicule devenu un objet immonde, leur parle d’eux en faisant éclater un à un les cadenas de leurs réalités suffisantes, faisant craqueler leurs défenses, leurs chambres fortes personnelles.

 Il semblerait que c’est leur propre mort que chacun des frères dévisage. Le père n’est plus là mais sa dépouille tellement présente devient une représentation de la mort qui chamboule la perception.

 Les deux frères savent l’un et l’autre que le cadavre va quitter l’appartement comme les énormes sacs poubelles que le père a laissés, mais après ?  Ils sont tellement rares ces moments d’intimité entre les deux frères. Etrange que cela soit cet événement, celui de la mort d’un père qu’ils ont plus ou moins oublié, qui les pousse dans leurs retranchements les plus inavouables. L’aîné est submergé physiquement par l’angoisse de la mort, il tente de se raccrocher à son frère sans succès.

 Le cadet lui répond présent à la mort. Il en est le percepteur presque impitoyable, il entend endosser son rôle d’acteur et de témoin dans cette scène de « crime », en un mot regarder en face cette mort .

 Il se profile tout de même de cette confrontation terrible à la mort, que le mort lui-même existe ailleurs. Il n’ y a pas de point final à son existence sauf pour les vivants, sauf pour ceux qui se le représentent. Il est vivant en ce sens qu’il est à l’origine (ou du moins, il y participe) de l’émotion qui envahit ses enfants et aussi délétères que puissent leur apparaître les poèmes qu’il a écrits, jetés en pagaille sur le sol par un fils aîné qui ne comprend pas, ils font signe.

 Toutes ces émotions, ces refoulements, ces non-dits qu’on évacue par le biais des conventions, sont l’apanage des humains . L’auteur nous rappelle pourtant que face à un mort, leur comportement n’est pas si éloigné de celui des animaux. Dans la cage de l’appartement, deux hommes vivent dans une pièce avec un cadavre qui les dérange.

 L’auteur flaire le  comique de la situation. De ce comique, de cet aspect trivial de la mort, il tire la tragédie, le drame osseux qui se noue entre deux frères qui ne partagent pas la même vision de la vie et donc de la mort.

 Les deux interprètes Daniel DELEBASSE, Eirik et Laurent SAUVAGE, Berg,  rendent captivants ces personnages tourmentés. Paradoxalement c’est leurs aspects antipathiques qui suscitent la sympathie. Il y a aussi la présence de la belle voix off de Claude AUFAURE qui dit les bouts de poèmes.

 La mise en scène d’Olivier MARTINAUD est tout à fait en adéquation avec la surprenante maîtrise de l’auteur qui se saisit d‘une situation intime indicible pour la porter aux confins de ces extrémités qu’il appartient au théâtre et à la poésie d’explorer.

Un spectacle à ne pas manquer, vraiment !

Paris, le 1er Mai 2015             Evelyne Trân

 

 

 

 

 

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