Autoportrait de Vincent JARRY, Poète, suivi d’un curriculum vitae, à l’aube de l’an 2000

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Autoportrait

Les enfants jouent avec conviction.

Septième enfant d’une famille de neuf, j’eus à fréquenter aussi, car nos jardins étaient mitoyens, sept cousins et cousines  ainsi qu’une famille de dix bretons et bretonnes. Il y  avait aussi  les « étrangers » de passage : Soisic, Daniel, Furette, Jon-Sherban, Pierricou et j’en passe.

J’aimais beaucoup jouer au docteur, ce qui fait que les bretons, très pieux, disaient que je faisais du mal aux filles.

Pour conquérir nos belles nous nous battions avec des épées de bois, des marrons d’Inde, des arcs et des flèches : il y avait en permanence dans les pharmacie de nos mères, un litre de mercurochrome.

Dans l’armoire de la cuisine, il y avait des pains de quatre livres et des pots de confiture pour le quatre heures.

Il y a toujours le pain, nous avons remplacé le mercurochrome par le vin, la confiture par le gigot et le fromage; et nous jouons, avec les amis de Poèmes en Gros et 1/2 Gros à faire des poèmes, peintures et sculptures, ainsi que musique et photo, dans toutes les aires de jeu possible.

J’aime toujours jouer en docteur et il m’arrive de faire du bien aux filles.

Vincent JARRY

Né le 17-7-1942, le jour de la grande rafle, à Sceaux à côté de Paris.

Fin août 1942, alors qu’il est âgé de deux mois, une de ses soeurs, âgée de trois ans meurt écrasée par une armoire alors qu’ils sont trois dans une pièce : elle, lui et leur mère : d’où névrose familiale.

Automne 1942, comme il y a beaucoup trop de touristes allemands à Paris et qu’on y claque du bec, le père trouve un poste d’ingénieur à la mine de Decazeville, dans le Rouergue.

En 1945, retour à Sceaux avec une vieille bonne rouergate et autodidacte qui a appris à lire à Vincent : il sait lire dès l’âge de trois ans.

Vers six ou sept ans, il est envoyé pour une année dans les Alpes pour des raisons pulmonaires : ses poumons ne commenceront à le laisser tranquille que vers la trentaine.

Il écrit depuis toujours.

Voulait faire les beaux-arts ( peinture, dessin, gravure, sculpture ) mais on lui dit, quand il avait seize ans, qu’il deviendrait aveugle à trente. Il laisse alors tomber le graphisme alors qu’il aurait sans doute du changer d’olphtalmologiste.

Sa principale occupation devient alors l’écriture.

Il suit des études secondaires à peu près normales sauf, d’une part, qu’il saute de seconde en philo ( il prépare son premier bac tout seul ) et que, parallèlement, étant d’une famille nombreuse et pas toujours riche, il se débrouille pour gratter de l’argent de trente-six mille manières dès l’âge de douze ans.

Etudes de philo à L’Institut Catholique et à la Sorbonne.

En 64 et 65, mise en scène, avec sept intervenants puis trois dont lui, d’un montage de ses poèmes à Chateaubois dans l’Isère puis dans plusieurs lieux parisiens dont la Contrescarpe d’Arlette Reinerg.

Pour des raisons d’argent, arrête le spectacle mais pas l’écriture.

Sort de quatre mois chez les militaires avec un bras paralysé. Le rééduque à peu près tout seul.

Après trente-six métiers (entre autres: lecteur aux Editions du Seuil en allemand pendant un an), devient programmeur.

En soixante-treize, après l’incendie de sa maison et de la plupart de ses manuscrits, dessins et gravures et la séparation d’avec sa femme et de leur fils,  n’ayant plus rien à perdre, « même pas sa vanité », il arrête  de courir  après  l’argent  et se met à arpenter l’Europe francophone en racontant ses poèmes autant sur des grandes scènes que dans des cabarets, dans des bistrots ou dans la rue, ce en vendant ses bouquins.

« Le premier texte publié, c’est il y a trente ans, j’étais en troisième, j’ai oublié le titre du journal, ça parlait de l’équivalence des religions et puis un autre, la même année, une randonnée fantastico-bucolique en Ardèche.

Depuis, j’ai été publié en Belgique, dans le midi, à Dunkerque, j’ai collaboré avec le « Courrier de la Nièvre » (Contes, poèmes, caricatures et illustrations). Il y a des chanteurs qui glorifient mes textes.

Et puis, comme, à vingt ans, j’avais rencontré des « officines » d’éditions à compte d’auteurs qui me demandaient plus d’argent qu’un imprimeur tout en ne pratiquant qu’une diffusion nulle et que, d’autre part, ma maison ayant brûlé, je n’avais plus rien à perdre, j’ai commencé à m’auto-éditer. Puis, comme, je vendais bien mes bouquins, les éditions « Le Guichet » m’ont proposé d’éditer: « L’Enfant Elephant », qui fut vendu tellement que quand j’ai demandé qu’on en réimprime, il n’y avait plus de « Le Guichet » et que ce n’est que plusieurs années plus tard que Poèmes en Gros a décidé de le rééditer. Pour Papom Papapom Papom, les Editions Schamans se sont livré à une grande arnaque et j’ai du racheter moi-même les bouquins à un imprimeur de Lyon en faisant refaire une jaquette ailleurs et en remplaçant Editions Schamans par Vincent Jarry Ed..

« Je m’étais juré, il y a 25 ans, en rencontrant ces faux éditeurs que, si je le pouvais un jour, j’essaierais de promotionner d’autres meilleurs poètes que moi. C’est ce que nous tentons de faire avec Poèmes en Gros & 1/2 gros » assoc. 1901, dont je suis le Président mais non le propriétaire. »

Octobre 90

Vers soixante-seize ou soixante-dix sept, fondation avec Mouna Aguigui, Sarcloret ( chanteur suisse ), Jean-Claude Talion ( imitations et sketches), Annick Mazzini ( actrice-chanteuse franco-italienne ) de la « Bande en l’Air ». Pendant trois ou quatre ans, celle-ci, à partir de ce groupe de base, animera le parvis du Centre Pompidou,louera des Théâtres qui seront remplis ( la Tanière, le Théâtre 14 etc. Par ailleurs, les gens de cette bande sont invités tant en banlieue Sartrouville ; Conflans-Sainte-Honorine : Fête des Bateliers etc ) qu’en province ( Liège, Grenoble, Clamecy, Genève etc ).

En octobre 1980, passe au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles avec neuf autres poètes français et quarante poètes wallons devant trois mille personnes, ce de dix-neuf heures à six heures du matin.

Une réalisatrice de France-Culture lui demande alors  s’il pense qu’il serait faisable d’envisager une chose pareille à Paris. Il répond qu’il suffirait d’être aussi cinglé que les organisateurs. Réalisant ensuite qu’il est très cinglé, de retour à Paris, il cherche une salle où faire écouter, à l’horizontale dans le temps, des poètes vivants. Tout le monde le traite de fou : « la poésie, ça n’intéresse personne ».

En 1986, fait partie des organisateurs d’un festival de poésie à Compiègne.

En juin 1987, cherchant toujours une salle à Paris où faire passer des poètes vivants, il rencontre, par l’intermédiaire de Pierre Barouh, Madame Leproux, la patronne du Berry-Zèbre, dernier cinéma-théâtre de Belleville.

En septembre de la même année, création de l’association « Poèmes  en Gros & 1/2 Gros, Détail à la commande, maison Vincent Jarry & C°, fondée en 1987 ».

Et c’est comme ça que la fête a commencé.

Poèmes en  gros & 1/2 Gros

Fondée en 1987, avec Jean-Michel Dewinter

(Président), Alain d’Erm (secrétaire), Annette Henninger  (trésorière) et Vincent Jarry (directeur).

Animation :

Spectacles au Berry-Zèbre, dans le onzième arrondissement de Paris, jusqu’à la fermeture ( raison immobilière ) de celui-ci.

Simultanément aux spectacles du Berry-Zèbre ( deux poètes vivants par séance; cinq séances par semaine ), organisation de passage de ces poètes dans des bars restaurants du quartier car il y a des gens qui regimbent à entrer dans un lieu officiellement culturel mais qui sont ravis de pouvoir écouter des poèmes dans des lieux plus ouverts ( on peut entrer et sortir comme on le veut ).

Pendant une année, scènes ouvertes, une nuit par mois au Théâtre d’Edgar boulevard Edgar Quinet à Paris.

Spectacles avec scènes ouvertes dans plusieurs bars et restaurants de Paris et sa banlieue. La spéculation immobilière ne serait pas passée par là, il est probable que, tant dans certains de ces bars ( trois ans et demi au Petit-Centre qui va être démoli, lui aussi ) qu’au Berry, les spectacles y auraient continué.

Avignon :

En 88, commence l’aventure du Moulin de la Galère, magnifique moulin squatté pour bonne part par des personnes issues de milieu carcéral ou psychiatrique, où, pendant quatre ans il y aura des spectacles dont l’un ( le Dieu Bonheur de Heiner Müller, organisé par des amis de Poèmes en Gros & 1/2 Gros ) obtiendra le prix du off. Il y aura aussi des spectacles en dehors de la durée du festival.

Entre autres spectacles :

Un montage-lecture sur des textes d’Abdelatif Laabi

« Monjour Monsieur Monjo », un montage-lecture à partir de textes d’Armand Monjo, mise en scène Vincent Jarry

« Le Mille-Pattes et l’Araignée » pièce de théâtre d’Armand Olivennes, mise en scène Jean-Baptiste Tiémélé et Vincent Jarry.

« D’un verre à l’autre ou chacun son ver à soie » montage de poèmes de Vincent Jarry et Marie Ordinis.

La spéculation immobilière repasse par là.

En 93, spectacles et lectures, durant le festival, sur la péniche le Dolphin Blues (à l’affiche, entre autres Denis Lavant et Pierre Clémenti)

En 96, passage de Vincent Jarry, Marie Ordinis et Eric Péron au Cabaret des Teinturiers pendant la durée du Festival d’Avignon. Denis Lavant comme invité pour une soirée de lecture de poèmes.

Roubaix, Moissac, Nantes, Bordeaux, le Marché de la Poésie etc.

Pendant trois ans, travail avec les CM1 et CM2 d’une école du Boulevard de Belleville ( cf. catalogue : « Printemps 89 à Belleville » ).

Depuis octobre 1994, spectacles avec scène ouverte de poèmes et éventuellement exposition ( il est bien rare qu’un artiste se cantonne à un seul moyen d’expression )  au Café de la Paix à Arcueil dans le Val de Marne.

D’octobre 1995 à septembre 1996, même formule à l’Oreille Cassée, rue de la Main d’Or dans le XI°.

En octobre et novembre 1996, Poèmes en Gros & 1/2 Gros organise trente quatre interventions ( un poète, puis une scène ouverte ) aux « Couleurs » 117 rue Saint Maur dans le XI°, trente-quatre spectacles en six semaines et ce, de 20h. 30 à 21h.30.

Festival d’Avignon 1996, passage de Vincent Jarry, Marie Ordinis et Eric Péron au Cabaret des Teinturiers.

Depuis janvier 1997, nous disposons d’une salle de théâtre au Lucernaire Forum chaque dernier dimanche du mois et ce, de 16 à 20 heures.

il y a eu:

première partie:

scène ouverte, puis un intervenant (25′), puis un autre intervenant (25′)

ENTRACTE

deuxième partie:

scène ouverte, puis soit:

1°) un intervenant (25°), puis un autre (25°)

2°) une lecture-spectacle de 50′

Juillet 1997, AVIGNON, de 17h à 22h au Collège de la Salle: Contes à Espérer de et par Vincent Jarry; Les Fous du Vocal (avec Brigitte Gouesse, Vincent Jarry, Marie Ordinis, Eric Péron, Guy Perrot, Philippe Raillon, Lola Sponge, Elodie Simard, Crémilda Véla, Yaël et, entre autres lecture de « Lettre à mon Père » de Werner Lambersy; La Religieuse Portugaise par Crémilda Véla (Pérou): C’est pas la peine d’avoir d’la haine de et par Philippe RAILLON

Depuis septembre 1997, scène ouverte et lectures au café ABADIDON 144 rue de Bagnolet tous les derniers jeudis du mois (abandonné en 1998)

La ville d’Arcueil ayant racheté les bâtiments d’Anis Gras (2.700m2 de locaux) pour les mettre à la disposition des associations culturelles communales, Poèmes en Gros & 1/2 Gros est partie prenante dans ce projet (en cours depuis le début de 1998).

Bibliographie de Vincent Jarry :

Contrepoints ( Poèmes; recueil; 19664 )

Tout est fini ( Poèmes; cassette; 1973 )

Papom papapom papom ( Poèmes; recueil; 1974 )

Les Contes du King Henry (Contes à boire; recueil; 1975)

Se Irene e una sirena il mondo e rotondo  (calligramme-po-ster; 1980)

Bèlëou que si, Bèlëou que no ( calligramme-poster; 1980 )

Demain il sera trop mort Eh bien fêtons maintenant ( poèmes; cassette + livre; 1980 )

L’enfant-Eléphant ( Conte écrit à partir de dessins de  Jan-Richard,  texte Vincent Jarry; 1981 ) Editions Le Guichet

Elle s’appelle Emma ( poèmes; livre + cassette interprétée par Moa Abaïd, Madeleine Demoule, Annette Henninger, Vincent Jarry, Pierre Poyet, Jacques Yvart; musique : Santo Sansonetti et Jacques Yvart; Mise en voix et illustrations : Vincent Jarry; à la cuisine, Bellëou; 1983 )

Une femme c’est bien plus dangereux qu’un char d’assaut mais deux c’est bien plus rigolo ( poèmes; cassette dits par Madeleine Demoule et Annette Henninger, musique François de Sainte-Marie; 1985 )

Miserere nobis, avec la participation du Centre National des Lettres ( Livret d’opéra commandé par François Fayt musicien, entre autres, de Marcel Maréchal; 1992 )

Du très humble Armand Olivennes ( cassette; poèmes d’Armand Olivennes dits par Madeleine Demoule, Annette Henninger et Vincent Jarry; mise en voix et musique : Vincent Jarry; 1986 )

Ballades d’ici et de là (poèmes; mai 1989)

La Fête du Mort suivi de Barderie Brave (poèmes; juin 1996)

Effriteries, avec la participation du Centre  National du Livre (poèmes; décembre 1997)

Frédée96 – L‘oeil Soleil (poèmes) 1999

53 Innés Dits, Agenda : chaque année, depuis 1990, un agenda avec un poème inédit par semaine ( la première année, un par quinzaine et, en 1992, nous n’avions pas les moyens de le faire paraître ). Jusqu’à maintenant, ça fait 345 poèmes édités de 43 auteurs. Vincent Jarry, qui est le directeur de cette publication, a eu 65 poèmes de publiés ( chaque année, il y a un comité de lecture d’une demi-douzaine personnes dont la composition est obligatoirement variable )

Pendant un moment, collabore avec le « Courrier de la Nièvre » : poèmes, contes illustrés et caricatures.

Des poèmes et contes ainsi qu’un essai sur la nécessité de l’art pour la réinsertion sociale dans plusieurs revues et journaux.

 

2 commentaires sur “Autoportrait de Vincent JARRY, Poète, suivi d’un curriculum vitae, à l’aube de l’an 2000

  1. C’est seulement lundi que j’ai appris par Eric Dubois le décès de notre ami poète Vincent Jarry.Il restera gravé dans ma mémoire. Il m’avait accordé une interview en 2003 pour le Manoir des Poètes alors que j’étais avec lui en Italie lors du Festival de Poésie organisé par l’association franco-italiennes  » Les Drôles » qu’il m’a fait découvrir. Il aimait beaucoup ma poésie qu’il a fait connaître Italie et il me faisait beaucoup rire. C’était une belle personne. Il m’a marquée par sa générosité et son ouverture d’esprit. Qu’il repose en paix et que sa mémoire se perpétue à travers sa poésie.

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