TÊTE D’OR de Paul Claudel – mise en scène de Jean-Claude Fall au Théâtre de la Tempête du 12 MARS // 12 AVRIL 2015

TETE D'OR

Programmation : Tous les jours sauf dimanche, lundi : 20h. Dimanche : 16h

Avec Adama Bakayoko, Nouhoum Cissé, Ramsès Damarifa, Cheick Diallo, Hamadoun Kassogué, Abdoulaye Mangané, Ismael N’Diaye, Maïmouna Samaké, Djibril Sangaré, Diarrah Sanogo, Aïssata Traoré, N’Dji Traoré, Tieblé Traoré, Gaoussou Touré, Mohamed Yanogué

 Oui, à  vingt ans il est possible de penser « Je vais conquérir le monde » Cette pensée se suffit à elle-même, elle émerge après plusieurs années de silence, de passivité, elle correspond au réveil du corps, à la  révélation de sa force, de son énergie incroyable, qui dépasse toutes  bornes et qui reste personnelle, solitaire car incomprise, sinon jalousée par les adultes qui ont perdu leur propre flamme .

 On pourrait assimiler cette force neuve au réveil du volcan, et même si l’image peut paraître ridicule, des artistes se sont fait écho de ce soudain embrasement de l’esprit et du corps. Nous pensons bien sûr à Rimbaud, qui inspira Claudel pour cette écriture de Tête d’Or, et à Lautréamont également.

 Claudel était encore adolescent lorsqu’il écrivit Tête d’Or. Il jugulait un véritable désespoir parce  qu’il n’y a pas d’entendement au désespoir, que les outils de la pensée lorsque la tête bouillonne, deviennent obsolètes, pire odieux, ils ont tous l’allure de peigne cassé.

 Dans cette pièce Claudel a enfermé sa  flamme d’adolescent; il y tenait comme à la prunelle de ses yeux,  sans elle il n’aurait pu poursuivre ses créations.

 En résumé Tête d’Or, c’est l’histoire d’un jeune homme désespéré, livré à lui-même, sans famille, qui décide devenir conquérant à l’instar d’Alexandre ou de Bonaparte, obtient la victoire pour ses troupes, prend le pouvoir après avoir tué  le roi et finit lui-même par mourir, tel un kamikaze, victime de sa  bravoure.

 L’écriture de Tête d’Or précède la conversion de Claudel au catholicisme. Le dieu de Simon Agnel, le futur Tête d’Or, c’est l’Arbre «  Oh Arbre, accueille moi, C’est tout seul que je suis sorti de la protection de tes branches, et maintenant c’est tout seul que je m’en reviens vers toi, oh mon père immobile… »

 Dans la mise en scène particulièrement inspirée de Jean-Claude FALL, l’arbre impose sa présence silencieuse, et le mouvement de la pièce, en trois parties,  va s’exprimer aussi concrètement par le déplacement des spectateurs dans trois lieux.

 Dans le premier, le public assis sur des bancs ou des nattes, ou même debout, assiste au préambule de la pièce qui dure un quart d’heure mais est particulièrement intense. On y fait connaissance avec Cébès, un homme  malheureux qui décrit les horreurs de la vie et Simon Agnel en pleine exaltation.

  Dans ce lieu, le public, peut imaginer qu’il est venu écouter un conteur un griot dans un village africain, grâce aussi au charme des voix des deux chanteuses maliennes.

 Dans le 2ème,  la scène prend la forme d’un cirque avec des trainées de sable rouge. C’est le  palais du roi et ses courtisans, le spectacle de leur déchéance jusqu’à  l’arrivée du vainqueur Tête d’Or qui prend le pouvoir.

 Dans le 3ème lieu, la perspective devient presque ténébreuse, les spectateurs précédemment serrés sur des bancs, n’ont plus de proximité avec les comédiens. Ils se retrouvent seuls, chacun dans son fauteuil, pour sonder à travers une nuit sans étoiles ce qui reste des déclamations de conquête. Au loin, toujours le même arbre blanc cendré, aveugle, d’une inexprimable détresse.

  C’est une belle expérience théâtrale, physique, intérieure, intime, en un mot rare  que ce Tête d’Or joué par une équipe de comédiens maliens tous épatants. Nous saluerons notamment le charisme De Ramsès DAMARIFA, Tête d’Or, le talent de la jeune Aïssata TRAORE, la Princesse et l’étonnant joueur de flûte peule Cheick DIALLO.

 Du théâtre qui bouscule les membres, remue la foule des spectateurs comme dans une manifestation où l’on se retrouve à la fois anonyme et proche d’inconnus, dans un même élan, un même désir d’évasion.

 A vivre de toute urgence !

 Paris, le 15 Mars 2015                 Evelyne Trân

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