Cannibales de José Pliya – mise en scène José Pliya – au THEATRE 71 – SCENE NATIONALE DE M ALAKOFF – 3 PLACE DU 11 NOVEMBRE 92240 MALAKOFF – du mer. 21/01/15 au ven. 30/01/15

CANNIBALES
Jordan Allard (Création son) , Philippe Catalano (Création lumières) , José Pliya (Scénographie) , Florie Vaslin (Création costumes) , Danielle Vendé (Collaboration artistique)

« Seul compte le puits sans fond de la souffrance …que l’on soit homme ou femme » nous dit José PLIYA à un certain degré de malheur, en l’occurrence celle de la perte d’un enfant.

 Ce n’est pas de ce malheur qu’il s’agit véritablement dans cette pièce. La femme qui s’exclame dans un jardin public « Ma fille a disparu » est dans une situation d’angoisse et de délire. Qu’elle ait besoin de la communiquer à deux autres femmes inconnues, parait naturel. Trois voix de femmes s’écorchent sur une coquille vide, un landau, le lieu où aurait dû se trouver l’enfant. Ce faisant, il invoque la raison d’être de ces femmes d’un point de vue sociétal et politique.

Est-ce à dire que l’enfant occupe une place invraisemblable  dans la tête de ses géniteurs. L’enfant objet de désir ou de dénégation. Des personnes peuvent-elles partager leur part de vide, leur manque d’amour, leurs faiblesses sans perdre la face. De façon très cruelle mais perspicace, José PLIYA découvre les stratégies d’individus qui n’ont d’autre but que d’accomplir leurs désirs. Que ces stratégies relèvent de l’instinct de conservation, qu’elles soient inconscientes ou reconnues par la société, qu’importe. Dans le lieu-dit de la parole, un ciel muet, un ciel maudit, à voix nues, chacune des femmes n’ont d’autre parti, d’autre profession de foi, que leurs propres désirs. L’une veut retrouver son enfant, l’autre  est prête à tout pour en avoir un, la troisième qui prétend de ne pas aimer les enfants, cultive égoïstement le quant à soi.

Le manque d’empathie qu’éprouvent ces femmes les unes pour les autres est effrayant. Sont-elles devenues dures avec de la corne dans la paume des mains, à cause de cet enfant qui n’est pas là,  un enfant projection de leurs fantasmes, un enfant chose, un enfant à soi, un enfant propriété, chair de leur chair ?

José Pliya parle d’expérience. L’expérience que relate chacune de ces femmes peut être aussi bien celle du bonheur, de la jouissance, que celle de la désillusion, ou de la frustration.  A travers leur parcours, le terrain bêché au râteau, à la pelle, s’illusionne l’idée d’un endroit encore innocent celui où pourrait prendre place l’enfant idéal, telle une apparition.

Il faut se dégourdir sur l‘arène de l’imaginaire et du fantasme pour adhérer aux paroles très mûres de ces personnages. A l’état de prétentions, leurs discours suscitent davantage l’interrogation rêveuse, la mélancolie  que l’émotion.

Chacune dans leurs rôles, les comédiennes s’impliquent fort bien dans leurs personnages. Celui de la femme âgée, égoïste est incarné de façon très humaine par Claire NEBOUT .Christine, la femme en mal d’enfant, interprété par Lara SUYEUX  devient un être irréel, un personnage presque fantôme, diabolique. Et Nicole, la jeune mère négligente, bénéficie de la fraicheur de son interprète Marja-Leena JUNKER.

Toutes vêtues de longues pèlerines, les trois femmes ont l’allure d’Erinyes,  de mantes religieuses. La mise en scène dépouillée laisse donc la place au fantasme. C’est lui le carnivore des désirs humains. Impossible à balayer quoi qu’on dise.

Dans les rêves,  qui nous rêve, est-ce l’enfant à venir, est-ce l’autre ? Est-ce la douleur qui réveille l’être ?  Pour ne pas succomber à la souffrance, il faut parler, aller regarder dans le puits malgré tout. José PLIYA martèle ce puits de paroles vivantes, volontaires et blessantes, et dans cette matière humaine qu’il remue physiquement et intellectuellement, comme un sculpteur, il laisse apparaitre, les radicelles, les plus résistantes qui véhiculent nos désirs. C’est impressionnant !

Paris, le 24 Janvier 2015      Evelyne Trân

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