Maroussia Vossen, danseuse piétonne dans INDEPENDANSE, un film de Jacques Dutoit à la Cinémathèque Française le lundi 24 mars 2014 – Montage : Barbara Caspary

INDEPENDANSE

Jaques DUTOIT a l’œil ouvert comme une barque qui se laisse entrainer au fil de l’eau, l’image.

L’œil invisible du soleil qui n’est pas un monstre. Ainsi, je parlerai dit le Soleil dans l’ouvroir des choses tues. Nous sommes à peu près certains que Jaques DUTOIT est capable de tutoyer les arbres. En tout cas il sait s’approcher des personnages  capables de cette folie.

Les êtres qu’il filme sont des personnages dans leur paysage Il y a chez eux comme chez Jaques DUTOIT, le réflexe d’accompagnement dans l’être là des choses . »Je suis dans l’image » semble dire Bernard GUILLOT, le peintre, seulement comme porte parole pour faire entendre cela qui fait du bien, qui émerveille.

De la même façon, Maroussia VOSSE, la danseuse piétonne confie que sa mère lui a appris « Même quand ça n’allait pas, à regarder, sortir et à regarder un arbre, regarder le ciel, regarder la vie, un petit bout d’herbe qui pousse dans le béton, ça c’est vraiment important et qui fait que la vie rebondit ».

Jaques DUTOIT filme Maroussia dans la rue, pendant ses cours de danse, en conversation avec les peintres Bernard GUILLOT, Colette LEVINE, dansant dans l’atelier de Caroline DANTHENY, avec le compositeur musicien Mauro COCEANO et lors d’une performance au Musée d’Art Moderne devant les toiles de ZADKINE, Robert DELAUNAY et Fernand LEGER.

Mais il y un grain de peau chez Maroussia qui échappe à toute captation. Certes, elle danse, certes elle parle, mais c’est la simplicité qui l’éblouit, qui l’appelle, lui permet de traverser la rue, d’être dans le mouvement comme si elle se laissait glisser, emporter aussi bien par le cliquetis d’un nuage que par un vomissement d’ombre sous une chaise, ouverte à toutes les correspondances, pour devenir presque comme une feuille qui descend de son arbre, de son corps, remuée par l’air, dansée par les éléments.

Maroussia VOSSE est une femme poème, ce genre de poème que continuent à couver secrètement parmi les choses, les nôtres et les leurs, des poètes musiciens tels que Mallarmé et Paul Valéry.

Par des chemins de traverse, aller vers ces multiples choses qui ronronnent dans la rue, qui deviennent volubiles par simple toucher, agacement de leur silence, par soupirs, parce qu’ il faut bien le dire une fleur, un mur, un confetti, se laissent plus facilement regarder qu’un humain. Mais Maroussia et Jaques DUTOIT le savent, si les rues, les maisons ont une âme c’est grâce à tous les regards qui s’y déposent.

Et quand la rue s’est mise à chanter, à danser, les ponts, les trottoirs et que soudain viennent se poser les musiciens du Groupe BORSALINO, c’est le rêve et la réalité qui s’entrechoquent et inspirent à Maroussia une danse, libre, libre, juste le temps de voir s’y refléter les musiciens devenus imperturbables pour cause de rêve.

« J’ai peut-être quelque chose à dire, quelque chose à raconter dans ce monde. Qui parle pour moi ? Mon corps ? Sentiment de pudeur arrimé au monde. Ce que me fait faire mon corps… Trouvaille ! Flirter avec l’étant, l’éternel éphémère ! »

Ainsi parlent, ces étranges tisseurs de rêve en pleine rue, Jaques DUTOIT, ardent poète et Maroussia VOSSE, chorégraphe danseuse d’instants privilégiés, qui touche l’invisible en fête.

Maroussia VOSSE nous dit encore que beaucoup de choses nous invitent à danser. Nos inhibitions, nous les regrouperons sous le nom de pudeur celle qu’incarne Maroussia, qui se sert de son corps pour apprivoiser les forces aimantes de ce monde.

« Oh rêve, viens par ici et danse » renchérit Jaques DUTOIT. Son film constitue un inestimable portrait d’artiste, à portée de rue et de nos semelles à vent, à pieds nus. Justice leur soit rendue ! Assisté d’une remarquable monteuse, Barbara CASPARY, Jaques DUTOIT dispose d’une caméra fluide qui ne surligne que son étonnement, un regard malicieux gorgé de soleil, à la source, tel un sorcier. Un film où l’on trempe les yeux comme dans une flaque d’eau ensoleillée, avec une totale gourmandise.

Paris, le 7 Avril 2014           Evelyne Trân

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s