DOCTEUR GLAS de Hjalmar Söderberg à LA MANUFACTURE DES ABESSES – 7 Rue Véron 75018 PARIS – Du 22 août au 27 octobre 2013 .

John Paval et Sofia Maria Efraimsson

Mise en scène en Hélène Darche

N.B : John PAVAL et Sofia EFRAIMSSON étaient les invités de « DEUX SOUS DE SCENE  » en 1ère partie d’émission sur Radio Libertaire le Samedi 24 Août 2013 (podcast sur la grille des émissions de R.L. ).

Savions nous que les docteurs pouvaient faire office de confesseur des âmes à l’instar des prêtres sous les auspices du secret professionnel.

A cet égard, le personnage du Docteur GLAS est tout à fait réjouissant et devrait intéresser un grand nombre de médecins mais pas seulement bien sûr.

 La pièce adaptée remarquablement par John PAVAL du roman éponyme de SODERBERG, un écrivain suédois, trop peu connu en France, met en scène un homme qui se fait l’avocat du diable, c’est dire de lui-même ou de sa perception de l’humanité dont il connait aussi bien les dehors que les coulisses.

 A la faveur d’une rencontre avec une cliente, la belle Helga GREGORIUS, le Docteur GLAS, un médecin de famille va devenir un héros, un homme dieu en quelque sorte, parce que de ses décisions vont dépendre la vie et la mort  de deux de ses patients.

 La belle Helga vient demander de l’aide au docteur GLAS parce qu’elle ne supporte plus les rapports sexuels que lui impose le vieux  pasteur GREGORIUS son époux. Le Docteur GLAS est tellement ému par la détresse de sa belle cliente qu’il va mettre tout en œuvre pour la sortir d’une situation désespérée, jusqu’à commettre un meurtre.

 En 1905, SODERBERG qui met probablement beaucoup de lui-même dans le Docteur GLAS dénonce le droit marital qui permet à un homme d’abuser d’une femme comme d’un objet, sous le couvert du mariage. Parce qu’il attaquait non seulement l’institution du mariage mais aussi le pouvoir de la religion, SODERBERG fut lynché par les critiques et contraint de s’exiler.

 Le témoignage de la belle Helga et du Docteur GLAS ne se borne pas à l’attaque des codes bourgeois. Il ne s’agit pas de bien-pensants,  ni même d’idéalistes mais de personnes humaines qui expriment des tourments réels, qui creusent aussi bien leur chair que leur espace vital.

 SODERBERG pose la question de l’agir au niveau individuel, il scrute la solitude à laquelle sont confrontés des individus face  à des situations imposées par la société qui peuvent les conduire à la folie,  à la mort.

 Comme un bon médecin notable et reconnu, le Docteur GLAS doit faire la part entre sa propre conscience et les règles auxquelles il doit obéir. Il va mettre à la porte une femme qui lui demande de la faire avorter parce qu’il n’entend pas prendre de risques. Pourquoi ne fait-il pas de même avec la  belle HELGA dont les motifs sont si personnels. Parce qu’il en tombe amoureux. « Le docteur GLAS » c’est aussi une très belle déclaration d’amour à la femme dont SODERBERG fait un portrait extraordinaire par une sorte d’empathie lumineuse.

 HELGA la femme bafouée, qui dit au Docteur « Je suis faite pour être écrasée » est interprétée très justement par Sofia EFRAIMSSON, actrice suédoise.  Elle est belle mais n’a pas besoin de séduire le Docteur GLAS. Son atout c’est sa sincérité.

 John PAVAL compose un Docteur GLAS émotif, impétueux, drôle  parce que le personnage ne manque pas d’humour et se moque volontiers de lui-même. Il clame le droit d’aimer et voudrait même que ce droit figure dans notre déclaration des droits de ’homme.  Idéaliste ? Libre penseur ? Non, réaliste puisque ce qui le pousse à agir c’est l’amour.

 Il n’y a pas de conclusions à tirer dans la mesure où il s’agit d’une  conscience individuelle, mais cette incise c’est celle de tout un  chacun.La vision de la société ramenée à celle d’un individu qui parle de chair conspuée, cela touche bien au-delà de discours théoriques, ça interpelle notre humus à consonance charnelle, les tripes en quelque sorte.

 Le Docteur GLAS n’a pas fini de faire du bruit, parce qu’ ’il se provoque lui-même en duel, lui homme, lui docteur, à bout portant avec une vitalité incroyable. Son témoignage est bouleversant. SODERBERG tient la bougie haute de consciences tourmentées.« Ne vous excusez pas d’être vivante » semble dire Le docteur GLAS à HELGA et ce message vaut toutes les prières.

 Vraiment, nous sommes conquis par la présence des comédiens et la mise en scène sobre d’Hélène DARGE. Ce n’est pas un mince plaisir que de voir formulées avec tant de vivacité et de délicatesse des révoltes qui nous concernent tous. Un spectacle à ne pas  manquer !

 Paris, le 24 Août 2013      Evelyne Trân

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