Mes cieux les poètes

Figurez-vous que j’ai envie de vous faire rire aujourd’hui, à partir d’une petite phrase suspecte, repêchée dans la lettre d’un éditeur à un auteur de poésies « Vous manquez de distance avec votre moi ». Cette joyeuse épée de Damoclès, suspendue au-dessus de la tête d’un écrivaillon, ce moi comme un crachat ou une bulle d’air, cette bulle dans laquelle s’installe un pauvre hère pour simplement tenter de s’exprimer est de nature à le représenter misérable, ridicule comme Don Quichotte brassant de l’air, mimant les moulins à vent.

 Chassez donc ce moi qui vous désoriente, futur écrivain, et visez le lecteur. Le souci tout de même, qu’il s’agisse du moi ou qu’il s’agisse du lecteur, aucun n’est saisissable à l’œil nu.  Que faire alors si j’ai envie d’écrire un poème ? Dois-je presser ma phrase pour la faire dégorger de tout son moi spongieux, dois-je faire rouler les mots dans tous les sens avant d’en saisir un susceptible de faire rougir un lecteur à mille années lumière. Quel est donc ce moi assassin, ce gros nuage qui me cache la lune alors que je voulais communiquer avec un extra terrestre ?

 L’éditeur affabulateur pour finir de renvoyer dans ses plumes l’auteur incontinent, lui reproche d’utiliser des mots trop convenus « nuage, rouge, âme » Voilà des mots trop usés qui n’ont plus de sens aujourd’hui, le rôle de la poésie n’est-elle pas de s’affranchir de l’usage. Des mots trop usés. Pour tailler l’écorce d’une orange et pour calmer son appétit, j’invite l’écrivant, le postulant écrivant à suivre son chemin comme il l’entend. Que justice soit faite aux brigands des grands chemins ! Avec dix mots, dis-je, avec dix doigts, les plus convenus, je ferai des phrases, ne vous en déplaise, Messieurs les érudits, et je gagnerai les plaines, les vallées, les montagnes et les précipices. Et quand vous serez tout desséchés, vous les érudits, la tête à l’envers dans un dictionnaire, j’aurai encore le verbe rouge sur les lèvres, les fesses humides sur l’herbe en regardant le ciel.

Zut, voici encore mon moi qui se déplace !

 Maintenant si demain, j’arrive encore à pondre un poème, un œuf à la coque ordinaire, c’est que j’aurai encore faim, faim de vous, Mes cieux, CI E U X, Messieurs les Poètes !

Cordialement à Vincent JARRY, poète des rues,                 Evelyne Trân  

Un commentaire sur “Mes cieux les poètes

  1. Pour moi qui me juge non intello, non creatrice, a peine artiste qu’est ce qu’un poeme ? Qu’est ce qu’ecrire ? Que sont les mots ?
    Le moyen et codage humain pour communiquer. Quand on communique, on veut s’exprimer….
    Son moi profond… C’est difficile … Le langage est imparfait pour cela, tous les arts sont imparfaits car parfois le message ne passe pas… On ne comprend pas ce que veut dire le peintre, le poete, le musicien.
    Donc, j’ai cessé de vouloir comprendre et certainement de vouloir juger. Ou je suis saisie d’une émotion ou de bonheur devant une oeuvre, ou d’indifference ou d’ennui et je me laisse juste aller…tous les gouts sont dans la nature.. Le principal c’est que celui qui s’exprime rejoigne quelqu’un qui capte son message, emotion etc…
    Il n’y a oas de mots trop usés !!! Si j’ecris « rosée du matin », tout de suute je vois 2 gouttes de rosée sur une feuille, un vert limpide, l’odeur du matin, la fraicheur… Les japonais et leur culture minimaliste du mot le savent … Contempler longuement peu de choses, 2 mots, une goutte de rosée, c’est le zen. Se sentir exister et faire partie du monde.

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