Paroles de soldat inconnu

J’ai demandé à la tristesse ce qu’elle voulait dire. Une voix, celle d’un soldat inconnu, m’a répondu :

 « Tu sais, tu sais, j’ai été étouffé, il y a longtemps, jadis, par je ne sais quoi, avant de pouvoir dire ouf. »

 La voie est libre ai-je dit, même si on ne la voit pas. Je n’avais besoin de rien dire mais ce bruit de l’âme me plaisait.

 La voix a continué :

Aux bottes du soldat mort, fallait regarder en face celui qui te disait « Si tu n’es pas d’accord avec nous, meurs ! » Le pire c’est que je n’ai rien vu, j’étais con, j’ai préféré regarder le ciel. Ça te bousille l’amour de la vie, la mort. Comment tu peux faire lorsque tu marches sur des cadavres qui sont tes proches. Te lamenter, jamais, jamais. Ils ont tué cet homme pour le faire taire. Et c’était un homme qu’on n’avait jamais entendu. Après j’ai rejoint la cohorte des morts-vivants, ceux qui trimballaient des cadavres sur le dos. Ils pouvaient plus parler, tu comprends. Une branche d’arbre qui remue est plus audible que leurs soupirs.

Aucune munition de mots. Les mots sont lourds comme des pavés. Il faut la voix, la voix capable comme un oiseau de danser sur le visage d’un mourant ou de son meurtrier. La voix avec ces deux pattes d’oiseau qui passe d’un visage à l’autre, capable de réveiller un mort et son meurtrier. Une voix comme un oiseau qui prend l’homme pour ce qu’il est et non pas un épouvantail. Une voix en forêt qui remue le loup dans sa tanière, une voix qui sous le tapis de la peur, entend chaque feuille murmurer et jouir comme une goutte de rosée, et porte chaque bribe de pensée impuissante, entre le vagin d’une femme, cette tige d’amour respectable. Que mes cris me portent en forêt. Je veux une voix qui danse comme un oiseau sur mon front. Je veux le courant d’air d’une voix devineresse de mon corps pétri en forêt. Je veux réconcilier l’homme avec son corps au cœur de la forêt. Rendre un son faible pour mesurer l’amour que je te porte et te prédire, mon amour.

                                                                   Evelyne Trân

Un commentaire sur “Paroles de soldat inconnu

  1. Moi je voudrais en mourant entendre le leger souffle du vent dans les arbres, la fraicheur de la brise, les pepiements des oiseaux dans le lointain, peut être un rire d’enfant et avant de partir ailleurs, absorber en moi toute la beauté de ce monde, tous les oceans, forêts, jungles, montagnes, fleurs comme dans une explosion de beauté et de nerveilles… Pour ensuite rejoindre tous les atomes et étoiles de l’univers de l’amour infini.

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