Je pense à Yu de Carole FRECHETTE au Théâtre ARTISTIC ATHEVAINS – 45 rue Richard Lenoir 75011 PARIS – du 14 mai au 30 juin 2013 – mardi 20h ; mercredi, jeudi 19h ; vendredi, samedi 20h30 ; samedi, dimanche 16h ; relâche lundi

mise en scène Jean-Claude Berutti
assistante à la mise en scène Salomé Broussky

scénographie et costumes Rudy Sabounghi
création vidéo Florian Berutti
lumières Dominique Borrini

avec Marianne Basler Madeleine
Antoine Caubet Jérémie
Yilin Yang Lin

« Je pense à Yu » le titre de la pièce de Carole FRECHETTE, c’est un peu comme si nous étions interpellés par une parole lancée par un voisin ou une voisine dans un bus. Parce que nous pouvons confondre Yu avec you, le vous ou le tu anglais. Alors ce you, c’est peut-être nous qui sait ?

 Se peut-il que nous soyons toujours à l’affût d’une information ? Dans notre monde, via les médias et surtout internet, nous pouvons nous distraire facilement d’un quotidien passable en nous projetant mentalement sur ce qui se passe ailleurs. Nous faisons rentrer le monde et sa folie dans notre studio étriqué, notre avenir limité et nous voilà prêts à vagabonder comme des Don Quichotte modernes et à nous enflammer pour une cause chevaleresque.

 Avec beaucoup de finesse Carole FRECHETTE explore notre mode de perception du monde en racontant comment des individus peuvent réagir et se sentir concernés par des événements extérieurs qui les dépassent.

 Madeleine une jeune quinquagénaire, quelque peu esseulée, vient de lire sur internet qu’un journaliste chinois Yu Dongyue, emprisonné pendant 17 ans pour avoir jeté de la peinture sur une affiche de MAO, sur la Place Tian’anmen,  avait été libéré mais avait perdu la raison.

 Cette nouvelle la bouleverse et focalise si bien ses émotions qu’elle parasite ses relations avec d’autres personnes, un voisin malheureux et une jeune chinoise immigrée à qui elle donne des cours de français.

 A travers l’histoire de ce pauvre Yu qui a perdu sa jeunesse et sa raison pour avoir voulu exprimer sa révolte contre la dictature au grand jour, c’est le sens de sa propre existence, de son propre moi que Madeleine est en train de remettre en question. Et ce sont aussi tous les clapets de sa vie affective qui se mettent en branle, se levant en appel et permettant au fur et à mesure à ses interlocuteurs de parler à leur tour, de dévoiler grâce à ce subterfuge, ou plutôt cette passerelle, leur empathie.

 A travers la destinée de Yu, la fragilité de l’individu par rapport à la masse est pointée du doigt alors même que son geste si audacieux prend une dimension universelle.

 Comment un drame historique trouve-t-il des correspondances avec des drames intimes individuels ? Et comment et pourquoi des personnes qui ne se ressemblent pas, qui sont aussi éloignées par leurs intérêts, leur passé etc., peuvent être amenées à communiquer, à discuter ensemble à la faveur d’un événement politique qui les dépasse encore davantage ?

 Antoine CAUBET est une Jérémie poignant, qui ne comprend pas vraiment où veut en venir Madeleine, mais qui se retrouve violemment touché par ses propos qui remettent question son mode de vie, son comportement de résigné. Yilin Yang avec une sincérité bouleversante interprète, la jeune chinoise qui vient de débarquer en France et qui  manifeste sa volonté d’ouverture et de compréhension ici et maintenant.  Marianne BASLER donne au personnage de Madeleine, toute sa force fragile sans ostentation, naturellement, elle est irrésistiblement humaine, anti héroïne, juste émouvante.

 Jean-Paul Sartre dans « Les mots » dit : « Si je range l’impossible Salut au magasin des accessoires, que reste-t-il ? Tout un homme, fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui. »

  Il ne le dirait pas s’il ne se positionnait pas au  pied du mur. Il s’agit de quelque chose qui le dépasse. «Je pense à Yu » parle de ce dépassement et interpelle chacun en tant qu’individu collectif en pleine permutation de valeurs, crucialement.

  Ce spectacle excellemment joué et mis en scène avec sagacité par Jean-Claude BERUTTI, au plus près de notre environnement quotidien (Quand une page de Google prend la place d’un mur) ne dispose que d’une seule échelle, celle du théâtre, celui de Carole FRECHETTE qui déborde de vitalité.

 Paris, le 15 JUIN 2013

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