INTERVIEW d’IKIOU, par Jean-Marie-BLANCHE à l’occasion de l’exposition de peintures à LA GALERIE MONA LISA – 32 Rue de Varenne 75007 PARIS – du 18 au 29 Juin 2013 – Vernissage le Jeudi 20 Juin 2013 de 18 H à 20 H 30

C H A I S E   &   A R B R E    S U R    A N T H R A C I T E

IKIOU par Jean-Marie Blanche

 IKIOU, tu as toujours posé des couleurs planes. Maintenant, dans ce gris anthracite, tu fais vivre tes chaises et tes arbres.

Dans ce gris, il y a de l’eau, et, surtout, les objets contiennent du noir trop contrasté sur le blanc. Je veux le noir sur le gris parfait qui lui donne vie. Après un long travail, le gris est mi-couleur. Ma situation n’est pas tout à fait claire : le gris reflète la couleur du monde actuel. Si même à l’intérieur du vide il n’y a rien, on peut malgré tout s’exprimer en lui. Beaucoup d’artistes rassemblent sur leur toile énormément de couleurs et de sujets. Moi, je prends ce chemin à contre-sens : je simplifie le nombre et réussit à m’exprimer entièrement. Mon style est un peu difficile pour l’artiste occidental, car, moi asiatique, j’ai déjà le vide philosophique comme base : en son intérieur, ça va tenir. Je tiens à l’offrir à mes visiteurs, d’où qu’ils viennent et où ils aillent. Chacun peut s’asseoir dans ma chaise, chacun peut respirer mon arbre dans mon gris qui est à tous. S’exprimer est difficile, mais, moi, même dans le vide, je le peux et je le veux. Travailler en France est à mon avantage, je digère les deux cultures.

L’affinement de ta peinture vient de la réduction du nombre de couleurs sur le fond de toile.

Mon expression s’invite à garder le gris  comme unique source de la vie. Mon anthracite est le vide, mon vide, d’où je fais naître symboliquement l’objet propre à signifier l’être, le mien comme le votre, l’Asie comme la France. Lorsque je regarde mes précédents dessins, je ne les renie pas, chacun représentant le travail de l’instant. Ce n’est pas n’importe quoi, c’est le même chemin. Chaque fois que je prends le pinceau, c’est le grand plaisir, je suis sans peur. Avant 2007, je suis passé par l’abstraction, les personnages, la petite sculpture jusqu’à me rapprocher de mon style avec de nombreux grands fonds faits de carrés de couleur séparés par la verticale qu’est le temps. Les français me demandent ce que je porte en moi venu de l’Asie. Depuis 6 ans, je suis sûr de m’exprimer : heureux, je continue pour exposer mon travail.

D’ailleurs, je voulais te demander la raison pour laquelle tu as commencé à t’exprimer en grand format au début de ces 6 années.

Le jeune artiste débute en grand. Mais pourquoi ? Parce que le grand format capte l’énergie fournie par les jeunes années. Elle me sera rendue à invitation des grandes salles. De plus, comme vous pourrez le voir, je suis capable de montrer en plus petit ce que j’ai trouvé en grand. Je ne vous parle pas de la souffrance due à respirer tant de peinture à l’huile utilisée. Petit à petit, je dois faire attention ; même l’aération ne me protège pas bien.

Qu’as-tu trouvé dans l’arbre ?

J‘adore m’exprimer avec l’arbre, plus précisément le pin. C’est comme Gustave Flaubert dessine dans « Madame Bovary » l’amour de la vie. Le mot « amour » ne lui suffit pas. Mon arbre n’est pas une réalité, mais rien qu’à le regarder, vous l’aimez tout simplement.

Personnellement, le portrait ne me plait pas. Afin d’atteindre la mi-abstraction, j‘ai usé d’un ensemble de couleurs aux formes géométriques, puis recherché ce que j’aimerais poser sur ces carrés. L’arbre fut mon choix, plus particulièrement le pin tellement difficile au début. Je me dois de laisser respirer mon arbre. Sa ressemblance naturelle est fausse.

Ces tableaux te parlent comme tu leur réponds dans la simplicité de la conversation.

Mes dessins et ma peinture sont des symboles : cet arbre est et n’est pas un pin, pourtant il parle.

J’en reviens à ton gris tellement beau : l’arbre a tout pour vivre. Une ou deux chaises posées s’adressent aux visiteurs : venez vous asseoir tranquillement l’espace d’un instant.

Mon art désire être complété par la pensée qui le regarde. Si vous enviez cette chaise à côté de son l’arbre, accrochez le tableau sur le plus proche de vos murs, tout ira mieux. Dans les peintures d’avant, je trouve que des personnes étaient déjà assises à votre place ; maintenant, je laisse un tout petit espoir à ceux qui rêvent. Ne prenez pas ma chaise vide pour du chagrin –je parle aux pauvres-.

J’ai remarqué que certains de tes tableaux sont peints par trois, ils forment une sorte de triptyque.

« Triptyque » est trop ancien et difficile. Je préfère de loin ton nouveau mot « anthracite » appliqué à mes récents tableaux ; il me convient formidablement. Francis Bacon, artiste anglais, a peint son portrait déformé partout. De la même façon, je pose en ce moment la chaise vide dans tous mes tableaux jusqu’à ce que j’en aie marre.

Oui, chaque fois qu’il y a un tableau au ciel anthracite avec une chaise vide, ça ne peut être que IKIOU.

Pour beaucoup, le ciel est gris avec de moins en moins de chaises.

N’ayez pas peur, mais non, mais non : posé sur le vide, IKIOU vous laisse asseoir. Sa chaise appelle au repos.

Propos recueillis par Jean-Marie BLANCHE le 13 Juin 2013

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