Un rapport sur la banalité de l’amour. Hannah Arendt et Martin Heidegger, histoire d’une passion de Mario DIAMENTau THEATRE DE LA HUCHETTE 23 RUE DE LA HUCHETTE 75005 PARIS Du lundi au vendredi à 21h15 et le samedi à 16h30 à partir du mercredi 24 avril 2013

Adaptation et mise en scène,  André Nerman  avec Maïa Guéritte (Hannah Arendt) et André Nerman (Martin Heidegger)

BANDE ANNONCE VISIO SCENE

 P.S. : Un interview d’André NERMAN et Maïa GUERITTE au Théâtre de la HUCHETTE  a  été diffusé lors de l’émission « DEUX SOUS DE SCENE » du Samedi 22 JUIN 2013 sur Radio Libertaire (89.4) .

 L’évocation de l’histoire d’amour entre Hannah Arendt et Martin Heidegger, ces deux maîtres penseurs du 20ème siècle, qui ont connu l’avènement du nazisme et la shoah,  relève de la fiction, et l’auteur de la pièce, le souligne lui- même.  Il n’en demeure pas moins qu’il s’est beaucoup documenté, qu’il s’est appuyé sur les correspondances de ces deux personnages, et que sa pièce éprouve la trace de leurs voix avec une évidence somme toute humaine. Est-ce donc cela la banalité ?

 Contrairement au titre de la pièce qui fait référence au concept de la banalité du mal d’Hannah Arendt, il ne s’agit pas de banaliser une réalité pour le moins subversive : comment une femme juive aussi entière, rigoureuse et courageuse qu’Hannah Arendt a-t-elle pu aimer et défendre un homme  qui a collaboré avec le régime nazi ?

 Il n’importe, l’idée que deux êtres opposés par leur histoire, leur condition, leurs objectifs aient pu se rencontrer, s’aimer, et même s’entendre, cela présume de la capacité de l’humain à dépasser ses propres ornières et l’amour qui ne peut rentrer dans aucun discours, lorsqu’il existe, participe de l’intelligence d’un être.

 En ce qui concerne Hannah Arendt, nous voudrions croire que l’amour qu’elle nourrissait de l’intérieur pour Martin, ne l’aveuglait pas mais devenait  l’augure de sa réflexion sur la banalité du mal à laquelle elle entendait se rattacher pour mieux la combattre.

 Il n’est pas nécessaire d’avoir connaissance des œuvres d’Heidegger ou d’Hannah Arendt pour être interpellés par l’histoire d’amour de deux êtres qui rappellent le poème  d’Aragon « Il n’y a pas d’amour heureux » écrit en pleine  guerre. Même si l’on s’aime  explique Elsa Triolet, il n’est pas possible de rester insensible au malheur autour de soi.

 Le poids de la grande histoire se dresse comme un grand arbre, la vie d’Hannah parait incroyable. Quelles souffrances n’a-t-elle pas  endurées en aimant un homme qui l’a trahie ? Par contraste Heidegger est plutôt falot. Mais il s’agit d’un tandem, d’un couple, et leurs confrontations sonnent juste, elles nous renvoient à nos propres dilemmes et contradictions.

 Maïa GUERITTE qui exprime tous les déchirements d’Hannah Arendt est bouleversante. Nous entendons encore cette phrase jetée aux pieds d’André NERMAN, qui campe un Heidegger, tour à tour suffisant, séduisant puis confus et malheureux : Mais vous ne connaissez pas le cœur des femmes !

 Faut-il entendre que l’amour ne peut pas être récupéré par le politique, pire qu’il est amoral ?

 Il ne faut pas nier que si Hannah Arendt et Martin Heidegger ont laissé s’ébruiter leur amour c’est qu’il avait une place dans leur vie « idéale ». De ce point de vue la pièce de Mario DIAMENT a une dimension philosophique, voire métaphysique qui fait écho aux écrits de ces penseurs, en suggérant une fusion entre ébats de la pensée et ébats du cœur.

 En tant que fiction, la passion déchirée par l’histoire d’Hannah Arendt et d’Heidegger pose l’arbre dans la forêt. Cela remue le cœur, celui du spectateur convié à respecter ce bruit-là.

 Et c’est tellement  bien exprimé par les deux comédiens, Maïa  GUERITTE et André NERMAN. Un moment d’émotion, voyez-vous, qui  circule entre les êtres quels qu’ils soient, célèbres ou pas comme un aveu d’amour derrière l’affiche de banalité.

 Cela est en ce moment  au Théâtre de la Huchette. Un spectacle passionnant dans tous les sens du terme qui donnera sûrement envie de lire ou relire les écrits d’Hannah Arendt et d’Heidegger – ce qui n’est pas un mince mérite –  avec en arrière fond pour les romantiques, les bruissements des ailes d’Héloïse à l’égard d’Abélard, banals ou précieux, c’est le cœur qui choisit.

  Evelyne Trân

 

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