Les tentations d’Aliocha d’après les Frères Karamazov – D o s t o ï e v s k i au Théâtre de l’Aquarium du 10 au 24 Mai 2013 à la Cartoucherie – du Champ de manoeuvre 75012 PARIS –

Traduction André MARKOWICZ   Mise en scène Guy DELAMOTTE Adaptation Véro DAHURON / Guy DELAMOTTE

Avec

Véro DAHURON (Grouchenka)
Catherine VINATIER (Katerina)
David JEANNE-COMELLO (Aliocha)
Anthony LAIGNEL (Smerdiakov)
Gilles MASSON (Ivan)
Timo TORIKKA (Dmitri)
Décor Jean HAAS
Costumes Cidalia DA COSTA
Lumières Fabrice FONTAL
Vidéo Laurent ROJOL
Son Jean-Noël FRANÇOISE
Régie générale Kévin PA
 
 
 
    Pour tous ceux qui n’auraient pas lu « les frères Karamozov » la mise en scène et adaptation théâtrale de l’œuvre par Guy DE LAMOTTE et Véro DAHURON, les plongera d’emblée dans  l’univers mental de Dostoïevski, un univers hanté par l’idée du péché, le sentiment de culpabilité et cela bien au-delà des dogmes judéo chrétiens.
 
 Pour comprendre Dostoïevski, il faut savoir qu’il a vécu les pires expériences : la torture, le bagne pour des raisons politiques, le deuil de plusieurs enfants et surtout la maladie : l‘épilepsie.
 
Cet homme qui a écrit les frères Karamazov à la fin de sa vie, n’a plus rien à perdre, sauf son âme.  Ce reste d’âme qui suffoque, il l’exprime à travers le personnage d’Aliocha, le plus jeune des frères karamozov. Les tentations d’Aliocha ce sont ses frères, auxquels il est attaché par des liens non divins, des liens affectifs, même si ses frères représentent le « mal »
 
 A la mort de son père spirituel, Zosime, Aliocha le moine, retourne dans le monde, en partant à la rencontre de ses frères :   Dimitri, un homme débauché, et Yvan un intellectuel athée.
Le père décrit comme un être « sans foi ni loi » meurt assassiné par le dernier de ses fils, devenu son domestique et qui accumule les tares, celle d’être batard et épileptique.
 
 Tout indique que c’est la souffrance morale, le sentiment d’avoir été abandonnés, humiliés par un père abject qui ont conduit à la catastrophe : le meurtre du père.
 Dostoïevski continue l’enquête policière qu’il avait menée dans « Crime et châtiment » acculant le meurtrier Raskonikov à avouer son crime.
 
 Ce que suggère Dostoïevski, c’est que ce n’est pas seulement Smerdiakov qui est coupable mais toute la fratrie  puisque chacun de ses membres souhaitait la mort du père  ou bien personne n’a rien fait pour l’en empêcher.
 
 Et les femmes dans tout ça ? Dostoïevski leur assigne un rôle presque angélique. Elles sont capables d’aimer jusqu’à l’abnégation, des hommes « monstrueux ».
 
 La vision de Dostoïevski n’est pas intellectuelle. Elle parle de souffrance et de misère morale. Les personnages qu’il décrit, il  les a côtoyés, ils lui ressemblent comme des frères. Dans ces conditions « le père » aussi pourrait être un frère. Car le meurtre du père ne résout rien.  Le sentiment de fatalité héréditaire qui pèse sur la destinée de ses frères,  cette obscurité fait partie des tentations d’Aliocha et pourtant lui qui se trouve épargné par celle de la débauche, celle de du nihilisme, qui finit par douter de son père spirituel Zosime dont le cadavre pue, lui, Aliocha n’aurait plus d’autre alternative que de se supporter lui-même, impuissant spectateur des malheurs de sa fratrie et du meurtre du père ?
 
 Pas de réponse de toute façon, comme si cet Aliocha, il faisait partie du tissu humain, le nôtre. Un pays à feu et à sang n’empêche pas de vivre. L’assassinat d’un père n’entraine pas la mort de la famille. Cela signifie-t-il qu’au lieu de vivre, les humains ne feraient que survivre à leur indignité.
 
 Il est vrai, Dostoïevski donne l’impression de camper du côté des réprouvés, de peindre des personnages excessifs  et violents. Mais nous avons à cœur de les entendre parce ce sont ces hommes-là qui se font la guerre et que si le coupable désigné n’est plus Dieu, alors oui, il est possible de parler de responsabilité, plus positive que la notion de péché.
 
 Néanmoins celui qui ne s’est jamais senti coupable au point de sombrer dans la dépression, ne peut que retirer les tisons du feu.
 
C’est une histoire d’amour entre frères que relate Dostoïevski. Quand tout a brûlé, restent encore les souvenirs d’enfance heureux. Pour un seul de ses souvenirs, Aliocha dit que la vie vaut la peine d’être vécue.
 
 Timo TORIKKA, Dmitri, et Gilles MASSON, Yvan, tous deux remarquables, incarnent les sentiments de honte, de révolte, de désespoir qui minent un homme jusqu’à la déréliction. Comment ne pas se sentir bouleversés par la véhémence de leurs propos. Ils ne cessent de se frapper : « Le diable et le bon Dieu qui  luttent ensemble avec pour champ de bataille, le cœur des gens… »
 
David JEANNE-COMELLO, incarne avec subtilité, la fragilité d’Aliocha, plus délicat, moins expansif que ses frères.
 
Anthony LAIGNEL souligne fiévreusement, l’aspect maladif, répulsif et odieux de Smerdiakov.
 
Véro DAHURON est une Grouchenka aussi excessive par sa vitalité que Dmitri, tandis que Catherine VINATIER incarne une Katerina manifestement plus froide et fière.
 
Le metteur en scène, très habilement, met de temps en temps en perspective des séquences filmées où l’on voit en champ narratif, les personnages marcher dans une ville, rencontrer leur père etc. Une rue sépare le cinéma du théâtre en quelque sorte. Mais il s’agit d’une rue si voisine du rêve. Les visages y apparaissent souvent silencieux, inquiets, très expressifs.
 
 Cette adaptation des « Frères Karamazov » fort soutenue, travaillée, se distingue par son intensité. Sans conteste, le metteur en scène  et les comédiens sont si bien imprégnés par l’œuvre de Dostoïevski qu’ils se rejoignent généreusement, physiquement, pour exprimer à haute tension, la présence incroyable de leurs personnages  qui disent tout haut ce que parfois nous pensons tout bas. N’importe, cela fait du bien de savoir que ces êtres déchirés, impossibles, mais réels, aient trouvé leur place au théâtre, sous les auspices de la Compagnie PANTA-THEATRE.
 
 Paris, le 12 Mai 2013                 Evelyne Trân

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