Le septième Kafana de Nicoleta Esinencu, Mihai Fusu et Dumitru Crudu DU 24 avril au 5 mai 2013 au Théâtre de l’opprimé – 78/80, rue du Charolais 75012 PARIS du

«Comment parler de la traite des femmes dans nos société consuméristes » ? telle est la question de Nathalie PIVAIN adaptatrice et metteure en scène du « Septième Kafana » de Mihai FUSU, Nicoleta ESINECU et Dimitru CRUDU,  trois artistes engagés en République de Moldavie, en Europe de l’est.

Les auteurs de cette pièce n’ont pas voulu créer de personnages, ni colorier par des effets de style, les témoignages des femmes devenues esclaves sexuelles qu’ils ont recueillis. Ce sont leurs propres paroles que l’on entend, des paroles échappées, des confidences qui ont réussi à traverser le cloaque de l’indifférence, parfois par miracle.

Qui ne dit mot consent. Ces femmes font partie d’un autre monde. On pourrait dire qu’elles n’ont pas eu de chance et dans ce vaste jeu de l’oie de la destinée humaine, elles sont tombées dans le puits, celui de l’oubli.

Des reportages télévisuels ont rendu compte  de la condition de ces femmes piégées par de belles promesses, qui pour échapper à la misère ont franchi les frontières et doivent vendre leurs corps pour rembourser leurs billets. Mais très souvent ces reportages sont entachés de voyeurisme et les commentaires laissent en réalité peu de place aux paroles des personnes concernées.

Ces femmes n’ont pas besoin d’être montrées du doigt « Ah les pauvres filles, ah les méchants proxénètes ! » Elles ont besoin d’être entendues et si leurs voix ne sont pas audibles c’est parce que beaucoup de choses contribuent à les étouffer. Une vérité de la Palisse, allons donc ! C’est un problème de société. Un problème politique.

Le travail de Nathalie Pivain et des comédiens permet aux spectateurs de se retrouver de plain-pied avec ces femmes et de  comprendre que leurs voix recouvrent notre propre perception. Elles parlent la même langue que nous, elles ne différent en rien de nous, elles sont ordinaires, on peut les rencontrer dans la rue. Et c’est cet ordinaire-là, la misère, la complicité même des pouvoirs en place, qui les transforme en monnaie d’échange, en dollars, en euros.

 Nous ne voudrions pas croire que cela est possible parce que les sirènes des bonnes intentions, les déclarations de droit de l’homme, la journée de la femme,  nous font prendre des vessies pour des lanternes.

L’esclavage existe et cette plaie sur terre concerne n’importe quel humain puisqu’il s’agit d’une atteinte à sa dignité. L’esclavage  sexuel est un crime qui perdure aussi parce que la plupart d’entre nous ne font pas la différence entre la prostitution volontaire et celle qui ne l’est pas.   

Le septième kafana, – kafana signifie tout à la fois bar à café ou bordel – représente l’ultime parcours de ces femmes , qui n’ont plus d’autre issue que la mort ou la démence.

Question de vie ou de mort, question de conscience. En Moldavie, un proche, une amie, un mari  peut vendre une femme, le maire de la commune organiser un convoi de femmes parce qu’il a besoin d’argent, quoi de plus naturel. Cela se passe en Europe et pas seulement bien sûr, et ces prostituées se promènent chez nous à Paris, au bois de Vincennes mais …

On nous dit que ce type d’esclavage existait dans l’antiquité que Sophocle en parlait déjà. Avons-nous besoin de tant  d’alibis pour nous faire une idée du combat que doivent mener un homme et une femme, pour avoir seulement le droit de vivre.

Il faut remercier la contribution de Nathalie Pivain et son équipe à cette lutte. Il a fallu beaucoup de travail, soulignons-le, aux auteurs et à cette metteure en scène,  pour déblayer le terrain, les gravats de l’ignorance et de l’indifférence, pour porter seulement nu et poignant le témoignage de ces femmes enterrées vives.

Seront-elles entendues ? Le septième kafana a été écrit pour elles, il faut aller les écouter. Elles parlent aussi en nous.

Paris, le 28 AVRIL 2013                    Evelyne Trân

Traduction Aude Rossel éditions L’Espace d’un instant (2004) mise en scène Nathalie Pivain assistante Céline Meyer avec Céline Barcq, Frédéric Gustaedt, Nathalie Pivain, Salomé Richez lumière Raphaël Rosa régie générale Dominique Dolmieu Cie Fractal Théâtre avec le soutien d’ARCADI et de la DRAC

 

Un commentaire sur “Le septième Kafana de Nicoleta Esinencu, Mihai Fusu et Dumitru Crudu DU 24 avril au 5 mai 2013 au Théâtre de l’opprimé – 78/80, rue du Charolais 75012 PARIS du

  1. Nous sommes encore a des annees lumieres d’un temps ou l’on verra enfin les femmes reellement libres et pas assujetis a des coutumes, traffics, religions les mettant en esclavage permanent, et les soumettant a des violences barbares, tortures, viols, etc …

    Il va falloir des milliers de pieces de theatres, de revoltes, de livres, de reportages et un grand bouleversement de certaines religions pour y arriver !
    Le maitre mot etant  » denoncer, denoncer et denoncer, temoigner et temoigner » !

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