LE NAZI ET LE BARBIER de Edgar Hilsenrath à LA MANUFACTURE DES ABESSES – 7 , rue Véron 75018 PARIS – mis en scène par Tatiana Werner avec David Nathanson –

P.S. : David NATHANSON était  invité  en 1ère partie de l’émission « Deux sous de scène » sur RADIO LIBERTAIRE, le samedi  11 MAI 2013 (disponible à l’écoute sur le site « grille des émissions de Radio Libertaire » et téléchargeable.)

Qui ne se souvient pas de Charlot dans son salon de barbier dans le « Dictateur » ? Si une fleur peut encore pousser dans la fange, c’est  bien celle du rire, n’en déplaise aux bien-pensants.

Soyons lucides, certains spectateurs avec leur quota de tristesse dans la tête, ont plutôt envie d’aller se distraire en allant au théâtre. Leur dire qu’ils peuvent économiquement se changer les idées en allant voir « Le nazi et le barbier »ne tient pas de la gageure.

« Le nazi et le barbier » adapté du roman éponyme de Edgar HILSENRATH, est une farce très consistante, croustillante  qui tire ses ingrédients de la vie même de son auteur, juif allemand.

Le personnage Max Schultz est l’anti-héros par excellence, il est allemand de souche aryenne, mais batard et victime de viols répétés de la part de son beau-père. Dans les années 30, il a pour frère de lait, un juif, Itzig Finkelstein. Il devient nazi parce que c’est à la mode, puis génocidaire, ce qui lui donne l’occasion de tuer son brave ami aux yeux bleus et sa famille. Pire, après la guerre, il usurpe l’identité d’Itzig et mène la vie d’un juif, un sioniste fanatique respecté.

 A travers ce personnage odieux, nous frôlons, la schizophrénie, le quant à soi d’une identité barbare qui endosse celle d’une victime. Bourreau et victime dans le même corps, ça peut démanger et même déranger.

 « Presque toute l’histoire est une suite d’atrocités inutiles » songeait Voltaire. Sans nul doute, il eût reconnu dans la vie de Max Schultz, les mêmes horreurs qui ont conduit Candide à ne plus vouloir que cultiver son jardin.

A l’enseigne pourtant, en fin de parcours, un dieu spectateur qui se roulerait les pouces. Dans son fauteuil de barbier, Max Schultz se retrouve poings liés avec sa conscience. Dérision suprême, on lui greffe un cœur de rabbin.  « Si  Dieu est mort, tout est permis » faisait dire à un de ces personnages Dostoïevski.

Dans ce portrait cynique de ces bouffons qui usurpent nos identités  – mais lesquelles ? – se dégage la figure grotesque mais encore humaine d’un individu, dos au mur, de sa seule conscience.

Le récit de Max Schultz est épicé d’anecdotes plus truculentes, les unes que les autres. S’agit-il de la confession d’un bourreau ordinaire ? Il y a de quoi faire frémir, encore et encore notre bonhommie naturelle. Il faut tout le talent de David Nathanson, en osmose avec sa metteure en scène Tatiana WERNER,  pour réussir à  émouvoir et captiver les spectateurs pendant une heure 40.

A l’heure de l’apéritif, encore à jeun, c’est le genre de spectacle qui donne un coup de fouet au corps et à l’esprit. Attention, c’est très fort !

 Paris, le 27 Avril 2013                    Evelyne Trân

 

4 commentaires sur “LE NAZI ET LE BARBIER de Edgar Hilsenrath à LA MANUFACTURE DES ABESSES – 7 , rue Véron 75018 PARIS – mis en scène par Tatiana Werner avec David Nathanson –

  1. Bonjour,

    Décidément, la voix de grand auteur résonne bien sur nos scènes de théâtre en ce moment !

    Pour les amateurs d’Edgar Hilsenrath, il reste 2 représentations de l’adaptation (par Vincent Jaspard) de « Fuck America » au Théâtre de la Girandole (à Montreuil).

    « La prose d’Edgar Hilsenrath, directe, violente, à l’humour très noir, gorgée de désespoir et de fantaisie surréaliste, est tout sauf « politiquement correcte ». Ce spectacle, comme le livre, va à l’essentiel en perçant le langage au cœur des mots dans un tempo infernal. Vincent Jaspard incarne le héros, tandis que Bernard Bloch, formidable, est tour à tour le copain, le patron, le marieur ou le Consul Général des Etats Unis. Corinne Fisher, elle, imprime sa présence aérienne aux personnages féminins qui manquent cruellement à Jakob Bronsky. C’est un formidable spectacle : beaucoup d’humour, de causticité et d’humanité déchirée – on pense à Hanoch Levin – pour dire cette existence d’acrobate traversant le siècle, en quête du roman de sa vie.
    Hélène Kuttner – Pariscope du 15 avril 2013

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  2. je ne voudrais pas être désagréable mais…

    bravo à Evelyne Trân ,capable de faire parler Voltaire « sans nul doute »!

    « c’est très fort » comme elle »dit » elle même en fin de critique (critique ,par ailleurs, très juste à mon avis).
    Tan’ Ka

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    1. Je ne compare pas le nazi à Candide. C’est l’ironie et l’humour noir de l’auteur qui m’ont remis en mémoire les tribulations de Candide,un conte dans lequel Voltaire, pose la question du « mal » à travers le philosophe Pangloss. Cela dit, je ne prétends pas être exégète, je donne mes impressions et
      m’interroge moi même…Un tel spectacle peut faire déclic chez des personnes qui se posent des questions sur cette période de l’histoire, si proche .. et c’est important.

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  3. A travers ce personnage odieux, nous frôlons, la schizophrénie…. l’histoire entiere du nazisme est une schizophrenie au plus haut niveau d’une nation entiere basculant dans la folie.
    « il devient nazi parce que c’est à la mode » … oui ceci fait reflechir, les masses humaines qui suivent un modele, une mode sans se poser de questions.
    Peuples de robots programmés.
    La encore, il faut des pieces de theatre, des films, des livres, des reportages pour temoigner au fil des siecles de la folie des hommes. Ne jamais oublier ce que l’etre humain est capable de faire !

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