EYOLF d’Henrik IBSEN au Théâtre de l’Aquarium à la Cartoucherie de Vincennes du 12 Février au 3 mars 2013

du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16 h du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16 h
Traduction de Terje Sinding – Ed. Imprimerie nationale
Un projet du Collectif Exit
Mise en scène et dramaturgie Hélène Soulié, assistant à la mise en scène et dramaturgie Renaud Diligent
scénographie Emmanuelle Debeuscher
Costumes Catherine Sardi, lumière Maurice Fouilhé, son Adrien Cordier, vidéo Maïa Fastinger

Avec Elsa Agnès, Claire Engel, Dominique Frot, Régis Lux, Emmanuel Matte et en alternance les enfants Roméo Créton, Diego Guerra et Arthur Rouesnel

La tristesse est éloquente. On ne la mesure pas. Mais parfois on l’imagine au seuil d’une vision, celle d’un d’individu seul face à la mer, ou adossé à la rambarde d’une fenêtre, qui lève les yeux vers le ciel, un horizon indéfini.

Cela pourrait aussi être le regard d’un enfant songeur derrière la vitre d’un autobus qui observe la rue, passionnément avec un sentiment d’existence abrupt, renversant,  d’être là parmi le monde, l’énormité du monde.

 La tristesse c’est un peu le suffrage de la transformation des choses et des êtres autour de soi. C’est un sentiment qui obéit juste à une émotion. On l’entend dans la musique, on l’entend dans un paysage, c’est une perception indocile qui peut se signer d’un sourire muet.

 Dans la pièce d’IBSEN « EYOLF » chacun des personnages porte en lui sa partition. La pièce est bâtie autour de plusieurs nuages d’êtres : un homme, une femme qui forment un couple, l’enfant, la belle-sœur, l’étranger et un personnage inquiétant, la demoiselle aux rats qui parait annoncer la mort.

 La mère et le père sont présentés comme des parents immatures, des individus qui n’étaient pas prêts  véritablement à assumer la présence d’un enfant au sein de leur couple. On apprend dès le début que parce qu’ils n’étaient pas là, l’enfant  a eu un accident et est devenu infirme. Les premiers actes font largement écho aux absences des personnages confrontés lorsqu’ils se retrouvent, à toujours soulever les braises d’une fusion impossible. Le sentiment d’amour qu’éprouve le héros pour sa demi-sœur parle  d’un paradis perdu, celui de l’enfance. Celui qu’il éprouve pour sa femme parle de sexe, d’altérité. Le héros n’a pas envie de se  quitter pour sa femme, son esprit  demeure dans le passé, son île absolue.

Lorsqu’il entrevoit une issue pour sortir de lui-même, à travers son enfant, le drame survient, l’enfant meurt.

 L’on pourrait dire que le nuage de  l’enfant s’est accroché à une montagne puis il a disparu. Mais la vie continue. Les parents clignent  de l’œil vers l’enfant, ils mettent à bas leurs déchirements. Ils se transforment, ils comprennent qu’ils doivent se transformer. La femme qui n’entendait n’exprimer qu’un amour exclusif envers son époux, décide de se consacrer au bonheur d’enfants abandonnés.

 L’ile qui se dessine sur la scène n’est pas réaliste, elle surplombe les états d’âme des personnages pour faire écho à leurs horizons possibles, indéfinis. Lorsqu’apparait le dos nu du père, à ras, planté devant la mer, le moi-je en prends un coup, tel un grand œil ouvert effaré qui se nettoie. La douleur d’un homme parle alors comme une épave, elle est ce qu’il y a d’humain dans la nature, elle en fait incroyablement partie.

 Les interprètes parlent silencieusement, il n’y a pas de séparation entre leurs voix intérieures et extérieures.

 Il s’agit de théâtre absorbant comme une éponge,  comme si les personnages prenaient le temps, un temps aussi invisible, avant de traverser la route qui les sépare.

 Beaucoup de poésie se dégage de ce spectacle aussi captivant qu’un tableau de Hopper, qui nous fait rentrer dans l’intimité d’êtres humains comme deux gouttes d’eau. Un tableau qui pleure mais touché par le soleil.

Paris, le 16 Février 2013          Evelyne Trân

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