MA MERE QUI CHANTAIT SUR UN PHARE de Gilles Granouillet, mise en scène François Rancillac au Théâtre de l’Aquarium à la Cartoucherie de Vincennes du 4 Janvier au 3 Février 2013

du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h

Assistante à la mise en scène Lucile Perain
Scénographie Raymond Sarti, assisté de Vera Martins
Lumière Marie-Christine Soma, assistée de Manon Lauriol
Costumes Cidalia Da Costa
Son Michel Maurer avec la voix d’Isabelle Duthoit
Danse des pompons Israel Sánchez- González

avec Patrick Azam, Anthony Breurec, Antoine Caubet, Riad Gahmi, Pauline Laidet, Françoise Lervy.

Y a-t-il un enfant qui n’ait pas été troublé, un jour, en désignant sa mère à ses copains. Dire aux autres « C’est ma mère », c’est reconnaitre une personne qui a tout affaire avec soi et c’est dévoiler aussi sa part d’inconnu, celle dont on ne parle pas parce qu’elle fait partie d’un autre monde,  trop intime, pour qu’il puisse s’ébruiter  en vaines paroles.

 Mais tout de même dès lors qu’on accepte de la reconnaitre cette mère, pour soi et pour les autres, d’accuser le coup, parler d’elle au passé, parce qu’on est devenu adulte, c’est se garantir au fond de soi que la « chose » est respectable, intouchable. Au passé, rien ne peut la déranger, elle peut devenir une eau forte, n’appartenir qu’à soi, à sa propre vision, en un mot elle ne dépend que de soi.

 Qu’ils soient vivants ou morts, ceux dont on parle c’est déjà au passé, et cette fulgurance du passé au présent, elle se manifeste dans l’émotion. Ces sensations de frottement instable, nous les nions,  les dépassons, la plupart du temps parce qu’elles empiètent sur le bonheur de vivre au présent, censé effacer la douleur.

 Ma mère qui chantait sur un phare, est non seulement le sujet du poème de Gilles GRANOUILLET, mais l’auteure invisible. C’est la vision effarante qu’elle offre à ses enfants qui va ourler leurs propres sentiments d’existence. Cette femme brûle le passé et le présent parce qu’elle met à bas toutes les conventions possibles,  en un seul acte, celui de chanter nue sur un phare.

Du coup, il n’est pas difficile de voir en elle une héroïne de tragédie qui telle Médée, exprime son désespoir d’avoir été quittée et abandonne ses enfants. Livrés à eux-mêmes, ils doivent inventer pour survivre.

  Et cette liberté effarante, ils la doivent à leur mère qui n’en est plus une tout à fait parce qu’elle se révèle comme une personne indépendante d’eux, une femme que  peuvent voir tous les autres.

 Ce passé qui brûle avec le présent, se déroule dans le temps de  l’enfance qui ne fait pas partie de la grammaire.

 La vision de la mère apparait comme une immense vague vue de loin qui éclabousse à l’infini les enfants de l’autre côté sur la berge. Ici et là, les enfants repêchent des indices sur la vie d’adulte, ils les confrontent à leur imaginaire, pour découvrir que la vie est entre leurs mains. Ainsi symboliquement pendant toute la durée de la pièce qui leur donne la parole, l’enfant adolescent trimballe dans un sac plastique 3 chiots qu’il voulait noyer et qu’il ne jettera pas finalement à la mer.

 Les adultes font mouche  de façon souvent pitoyable, dans leur cheminement ; ils bousculent  leurs rêves brutalement, mais leur font signe aussi d’avancer, de poursuivre à côté d’eux des rêves simples de fraternité d’amour,  en actes plutôt qu’en paroles.

 Le temps de  l’enfance n’est pas à proprement parler théâtral. Il possède une intériorité que les adultes occultent nécessairement. Nous avons parfois l’impression d’assister à une lecture de la même façon que des vagues s’ébrouent contre un récif. C’est l’imaginaire qui a force théâtrale faisant du spectateur un auteur à part entière d’un spectacle insoumis à tous les clichés télévisuels, pour revenir au banc de sable de ses premières intuitions, voire ses émotions inavouées.

 Le metteur en scène François Rancillac, pousse cette pièce tel un capitaine  qui pourrait conduire en aveugle son navire tant il est attentif aux bruits de la mer. Et croyez-moi, non ce n’est pas fortuit si mer rime avec mère.

 Elle est profonde cette mer et semble-t-il, elle a intériorisé tant de voix d’enfants qui croient voir à l’horizon, sinon leurs parents, leur propre avenir, qu’elle  est aussi émouvante que cette mère qui chante et chante encore sur un phare.

Se baigner dans la mer nue de notre enfance, pour rejoindre les comédiens qui marchent sur l’eau de nos plus beaux fantasmes, c’est palpitant.  

 Nous remercions toute l’équipe de ce spectacle d’exprimer sous différentes touches, entre fiction et rude réalité, tout le charme qui investit cette belle pièce de Gilles GRANOUILLET.

 Paris, le 5 Janvier 2013   Evelyne Trân              

 

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