SOLNESS, CONSTRUCTEUR de Henrik IBSEN au Théâtre de l’Opprimé du 19 au 22 Décembre 2012

Nouvelle traduction Solveig Schwartz mise en scène Jean-Christophe Blondel assisté de Claire Chastel dramaturgie Christèle Barbier avec Valérie Blanchon, Jean-Luc Cappozzo, Claire Chastel, Benjamin Duboc, Eléonore Joncquez, Michel Melki, Philippe HOTTIER, Jean-Marie Winling musique Jean-Luc Cappozzo et Benjamin Duboc scénographie Marguerite Rousseau costumes Tormod Lindgren lumières Tatiana Elkine La Divine Comédie

 

SOLNESS constructeur ou SOLNESS destructeur ? Le personnage de SOLNESS incarne l’homme qui a réussi. L’énergie qui le caractérise est phénoménale, fantastique. Car Solness est un homme qui est parti de rien, d’une terre devenue vierge à la suite d’un incendie.  Qu’est ce qui peut arrêter un homme dans sa soif, sa boulimie de conquêtes, Jusqu’où peut- il aller ?

Le Yi King, le livre des mutations chinois rappelle que lorsqu’on a atteint le sommet,  il ne reste plus qu’à redescendre.

Ce constat  résonne comme une fatalité mais cette fatalité IBSEN entend l’évoquer comme le ferment sur lequel l’homme pose ses pieds.

Dans ce drame, IBSEN prend un malin plaisir comme s’il était lui-même un troll, à semer le doute chez un homme « barbare » qui tient sa réussite du fait même qu’il n’a jamais douté de son pouvoir.

Cet homme sait dire non avec une rage inexpugnable à tous ceux qui voudraient prendre sa place. Le combat avec les autres ne semble pas le préoccuper davantage puisqu’il sait par avance que d’autres peuvent fonctionner comme lui. L’avenir des autres, il ne s’en soucie guère. Il justifie son égoïsme par le fait que les  autres, croit-il, ont besoin de  lui. Comment l’orgueil, cette belle fleur pourrait-elle se faner ? Il arrive un moment où elle n’a plus sa raison d’être, elle trône dans son vase, les gens s’y habituent, elle devient un meuble. Devenu une figure dans son royaume, SOLNESS n’a plus rien à prouver, s’il doit combattre ou affronter quelque chose c’est le sentiment de vide qui s’est installé en lui après la récolte. Ce sentiment de dépression, sort de son trou un homme qui ignore tout de ses faiblesses, qui ne peut poser un nom sur elles ou qui les a toujours projetées sur son entourage, sa femme soumise, ses employés malléables.

Pour la première fois de sa vie, cet homme mûr va se confier à une jeune femme qui incarne la jeunesse, le désir de vivre, de créer, d’être libre. « Avez-vous une conscience robuste demande-t-elle à Solness ?

Pour la première fois de sa vie, SOLNESS va se laisser submerger par une âme qui n’est pas la sienne, comme à une bouée de sauvetage.

Hilde exprime une promesse d’avenir qui n’est plus le sien mais il puise chez elle l’exaltation  qui lui manque. Pourquoi vivre enfin sinon pour se réaliser mais à quel prix ?

A l’échelle de l’humanité, force est de constater que la volonté de puissance des uns réduit à l’impuissance les autres.

Et cela peut donner le vertige à quiconque s’interroge sur la finalité de l’homme, cet inconnu.

La question n’est pas tant intellectuelle que charnelle. Elle induit une volonté de conscience intimement liée à l’émotion. De  sorte qu’on entend cet appel d’un être vers un autre. Esprit es-tu là qui puisse donner un sens, sur terre, aux vivants.

La pièce d’IBSEN est extrêmement troublante. Elle ramène le sentiment de la mort, cette fatalité, à la vie. On y entend l’importance  de la conversation qui permet de découdre avec tous les discours théoriques pour laisser jaillir ce qui reste du domaine de l’inconscient, du sentiment, de l’être là, face à l’environnement, les autres, les meubles, les souvenirs, les hébétudes, les oublis, les questions et les rêves.

SOLNESS CONSTRUCTEUR est une pièce très forte, captivante. La compagnie de la Divine comédie s’est attachée à exprimer  toute sa densité en  occupant  la scène du Théâtre de l’Opprimé, justement, sobrement. Les échafaudages au dos rouge, rappellent les montagnes qu’a déplacées SOLNESS  mais les objets sont peu nombreux et brillent par leur simplicité comme le grand fauteuil qui suggère le trône. Les musiciens prennent la place de la nature, des arbres, ils improvisent à la contrebasse, à la trompette, des airs, des soupirs,  comme s’ils surgissaient de bosquets pour exprimer l’invisible qui côtoie les personnages.

Eléonore Joncquez est une virulente Hilde, sauvage et inquiétante. Valérie Blanchon en épouse soumise et blessée est très juste. Elle diffuse une féminité pleine de grâce. Elle exprime l’élément de l’eau et ses sources les plus profondes,  celles dont parlent les poupées disparues.  Elle est au cœur de ce paysage humain où l’on aurait tendance qu’à ne voir et à entendre que ceux qui savent se montrer comme  SOLNESS et les autres.

 Philippe HOTTIER est un SOLNESS, très physique, qui s’attendrit, gagne en humanité au fur et à mesure de ses relations avec Hilde, son alter égo.

Jean Christophe BLONDEL possède une sensibilité de chef d’orchestre capable d’insuffler aux comédiens et musiciens réunis,  la même vibration,  la même émotion qui agitent  les personnages. Comme s’ils étaient à l’offensive, voilà qu’ils sont là, ces intervenants, si réels qu’ils donnent le vertige à toutes nos illusions fantômes. Merci IBSEN,  !

 Paris, le 20 Décembre  2012        Evelyne Trân

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