L’ENFANT – DRAME RURAL – Texte et mise en scène de Carole Thibaut au Théâtre de la tempête à La Cartoucherie de Vincennes du 26 Septembre au 27 Octobre 2012

De : Carole Thibaut
Mise en scène par Carole Thibaut
Avec Avec Marion Barché, Thierry Bosc, Eddie Chignara, Sophie Daull
Emmanuelle Grangé, Donatien Guillot, Fanny Santer, Boris Terral, Carole Thibaut spectacle à 20h30 durée 2h

Il est assez étrange et percutant de songer que le drame rural que raconte Carole Thibaut n’est pas daté. Il se produit dans un village où les villageois sont équipés de télévisions, de portables, mais  cela n’a aucune importance : les battements de cœur de ce village résonnent en vase clos .Des drames il  y en a toujours eu, il  y en aura toujours, mais  c’est cette fatalité qu’entend conjurer le regard de Carole Thibaut en mettant en plat, les multiples circonstances qui y conduisent.

Un enfant trouvé sur le seuil d’une porte, en guise de fait divers.  Pour évacuer ce problème, il y a une solution évoquée rapidement par le maire du village : faire appel aux services sociaux. Mais en attendant, parce qu’après tout, il s’agit d’un enfant tombé du ciel, pourquoi ne pourrait-il pas être l’enfant du village ?

La baguette de sourcier de Carole Thibaut nous conduit dans plusieurs foyers où l’on s’aperçoit  que l’enfant inconnu est un indésirable, une chose improbable qui va réveiller chez les villageois, leurs démons, leurs frustrations, leurs lâchetés. Seule l’idiote du village voit en l’enfant, le retour de son nouveau-né.

Volontairement Carole Thibaut force le trait des portraits des personnages qui ressortiraient de la lecture d’un sordide fait divers, de rumeurs ou de conversations peu amènes, échangées dans le café ou sur le banc de la place  publique.

Les visions que se renvoient les villageois sont très caricaturales. Les comédiens interprètent pourtant de façon très crédible : l’idiote du village, la sœur du maire, une Marie couche toi- là, le chasseur violeur, le maçon intello, la mère castratrice, le maire, un fils à maman. Parmi tous  ces gens-là, il n’y en a aucun pour sauver l’autre. Il manque juste le curé mais le maire le remplace aisément.

Parce que les villageois ne s’aiment pas entre eux, qu’il y a toujours ces rapports de classes – seigneur/ paysan, autochtone/étranger _ , et les préjugés qui empoisonnent l’atmosphère, c’est à l’accouchement d’un enfant mort-né  qu’assistent les spectateurs.

Celle  qui  aurait pu sauver la face du village est au demeurant une idiote, elle est poursuivie comme une animale qui cherche à sauver son petit. C’est indigne mais ça existe nous dit Carole Thibaut.

En même temps Carole Thibaut ne cesse de parler des rapports entre le sexe et le désir, pour nous demander où se trouve la place de l’enfant. Elle évoque le sexe bestial : on fait l’amour pour jouir, pour échapper à l’ennui, à la solitude, mais pas pour faire des enfants. Comment mesurer tout le chemin que l’humain doit faire pour assumer cette réalité-là ? Nous voici bien loin du « Il est né le divin enfant «.

De la capacité des humains à accueillir leurs enfants dépend la survie de l’humanité, serait-on tenté de penser. Nous ne voyons pas poindre dans le ciel d’une nuit de Noël, le doux enfant Jésus. Tout de même  la nature  parait fort conciliante puisqu’elle permet aux femmes de se concentrer sur  leur enfant pendant neuf mois avant d’accoucher. Si les humains ont l’air de se conduire moins bien que des animaux, ils ne doivent s’en prendre qu’à eux-mêmes.

La pièce de Carole Thibaut semble piocher dans la mauvaise conscience qui forme le terreau de tout un village. La  vie et la mort s’entremêlent impitoyablement.

La mise en scène dépouillée de tout accessoire, offre à chaque tableau sa vérité brutale, sommaire  et efficace.

Me revient en mémoire, le poème de Jacques Prévert « Etranges  étrangers ».Sommes donc nous tous étrangers sur terre ? Quand Carole Thibaut laisse enfin la parole à l’enfant, nous ne prenons à  espérer que les villageois l’entendent aussi.

 Il est probable que les drames, les faits intimes et divers qui tracent les sillons ou séquelles de la condition humaine, se transposent en fables ou en mythes. Mais ils font partie  de la mémoire collective pour aujourd’hui. C’est le message de Carole Thibaut, avocate qui réussit, malgré son plaidoyer tranchant, à nous interpeller humainement.

Paris, le 8 Octobre 2012                                 Evelyne Trân

                 

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