LES ROIS MAGES DU THEATRE A LA COUR – I RE MAGI DEL TEATRO A CORTE – Festival de Théâtre Européen en scène dans les demeures de la famille de Savoie

Diretto da BEPPE NAVELLO

Fondazione Teatro Piemonte Europa

Il s’agit d’artistes venus d’ailleurs, des quatre coins de l’Europe, avec leurs bagages, leurs roulottes,  répondre à l’appel  du Directeur de Teatro a Corte,  M Beppe NAVELLO  qui depuis la création du festival en 2007, leur ouvre les portes des imposantes Résidences royales de la famille Savoie, nichées au cœur du Piémont.

 Déclarés « Patrimoine de l’humanité »  ces châteaux, nappés  de prestige et surtout de passé (ils ont pour la plupart éclos entre les 17 et 18 ème siècles)  ne risquent pas leur peau en se laissant visiter par le public. Ils semblent en demander toujours plus. Ils ont conquis les rois, il leur faut conquérir les touristes. Sensible à leurs prétentions, pour les rendre plus aimables, plus vivants, M Beppu NAVELLO a imaginé de les confronter  à des artistes contemporains  qui jouent le rôle d’intermédiaires entre le passé et le présent.

 En un mot, ils viennent du futur. Tout se passe comme si M Beppe NAVELLO avait au poignet une sorte de montre géante dont il manipulerait avec délicatesse le mécanisme, aimanté par des artistes de choix.

 Est-ce à dire qu’une certaine science en horlogerie créative est nécessaire pour escalader toutes les figures artistiques : théâtre, danse, cirque, art de la rue, mime.

 Les spectacles proposés par leTeatro a Corte sont destinés à un large public. Certains  ont déjà acquis une réputation internationale. D’autres font leur baptême à ce festival. Mais ils ont tous un point commun, c’est que les artistes qui les composent, sont si engagés dans leur recherche artistique qu’ils n’attendent aucune flatterie ni indulgence de la part du public.

 Les voies de la création aussi mystérieuses soient –elles ne sont pas impénétrables, elles dépendent des personnes qui les parcourent, munies de semelles de cultures très variées.

 Au cours d’une semaine au Festival de Teatro a Corte, « capturés et choisis » par M Beppe NAVELLO, nous avons eu le privilège  de découvrir les spectacles suivants :

  FUGUES de Yoann BOURGEOIS (France)

 Avec l’apparition de Yoann Bourgeois  comme un point sur un i dominant le superbe jardin du château de VENARIA REALE, nous avons pu assister à l’envol de fugues de BACH, interprétées de façon inouïe par ce danseur qui manie les balles et le trampoline, de concert avec les nuages.

 Faut-il qu’il sache convoquer les éléments pour nous donner la sensation d’être projeté par la seule volonté d’unir son corps à la matière.

 La « prouesse poétique de l’abandon » invoquée par l’artiste devient un poème instantané pour les spectateurs, un haïku visuel, étourdissant, vivant.

 Comment reproduire le mouvement d’une fugue qui traverse la mémoire. En dansant peut-être, en opérant une cisaille dans l’espace-temps, en se laissant submerger par l’émotion. « Fugues » fait incontestablement partie des meilleures surprises de ce festival.

  MONGER de Barak MARSCHALL (ISRAEL)

Il fallait inaugurer l’ouverture au public du Château de RACCONIGI par la présentation d’un spectacle d’ampleur internationale.

 Chorégraphe Israélien, Barak MARSCHALL entend avec MONGER poser le  la de ses propres racines culturelles  tout en manifestant l’apport des expériences artistiques contemporaines qui alimentent  son inspiration.

 A partir du thème des « Bonnes de Jean Genêt notamment, les rapports de force entres patrons et domestiques, la scène est investie par différents tableaux sur lesquels tels des motifs récurrents des danseurs associés à des marionnettes, dansent, se bousculent et miment les allers et retours d’une réalité trébuchante, voire paralysante.

 L’ensemble du spectacle a la fraicheur d’une mosaïque, qui ferait valser ses motifs sous l’effluve de la musique Yiddish. Un patchwork en quelque sorte des tribulations artistiques de Barak Marschall qui a ouvert la danse lors de l’ouverture du Château de RACCONIGI.

 LOL par la PROTEIN DANCE COMPANY (Grande Bretagne/Italie) :

 Ils surfent sur leur ordinateur comme ils feraient du patin à glace ou de l’auto tamponneuse, ils se bombardent de mails qui annoncent leur arrivée en couinant. Ils ne sont pas de la vieille école, ils sont jeunes et ils trouvent ça tellement « cool » de pouvoir s’envoyer en l’air simplement en pianotant sur leur clavier.

 S’envoyer en l’air, une façon de parler parce que les 6 jeunes danseurs survoltés qui possèdent l’art du babillage sur le web se retrouvent fort dépourvus dès lors qu’ils doivent composer avec la réalité. Leurs déconvenues donnent lieu à des professions de foi hilarantes qui rappellent fort heureusement Chaplin ou Buster Keaton en décalage renversant. Ceci pour rassurer les générations de 2ème type car l’intempestive jeunesse n’ a pas besoin de références pour mettre les pieds dans le plat, elle déborde  d’énergie communicative.

 Ils n’en finissent pas de se frotter les yeux aux pigments des images virtuelles, quand leur cœur rebondissant n’a au fond qu’une idée en tête, histoire de se reproduire, la quête de l’âme sœur.

  Ah sœur Anne, sœur Anne, je te trouverai à la barbe de tes aïeux, dussé- je quitter mon ordi .

 Un spectacle réjouissant imaginé et réalisé par Luca Luvestrini et physiquement servi par des prodigieux danseurs.

 A LOUER par la Compagnie PEEPING TOM (Belgique)

 Quel autre lieu que celui d’un théâtre, pour faire tourner à l’infini, sous l’espiègle durée des argonautes du spectacle, le déroutant manège de ceux qui l’investissent pour un instant, pour une éternité.

 Ce théâtre ne cesse de pencher comme un bateau  qui mimerait son prochain naufrage depuis qu’à travers un hublot, ses occupants ont lu ou cru voir la pancarte « A louer ».

 Dès lors, leur histoire figée ou écrite sur chacun des meubles ou chacun des membres de l’équipage est prise de convulsions.

 C’est le phénomène du trou noir, distorsion de l’espace-temps, décrit par Schwarzschild qui inspire les créateurs de la Compagnie Peeping tom, Gabriela Carrizo et Franck Chartier.

 L’histoire de la diva déchue rappelle cet extraordinaire film de FELLINI « Et la neva va » (Et vogue le navire ») où tous les amis d’une cantatrice, partent en croisière sur le navire qui transporte ses cendres.

 Le temps compressé par un seul but, une seule destination devient l’écueil auquel se  heurtent tous les individus qui deviennent  les sujets de la symphonie d’un navire seul et perdu quelque part dans la mer.

 Dans le spectacle de la Compagnie Peeping Tom, l’on voit des individus à quatre pattes envahir le salon de ce théâtre déjanté, comme des rats. Tous les personnages sont parasités par leurs pensées qui font irruption à tout moment, n’importe comment. 

 Les deux danseurs coréens, expriment avec une virtuosité extraordinaire, le chamboulement intérieur de domestiques épileptiques.

 Certains individus comme la diva et sa famille constituent un  incroyable appel d’air dans un salon où plane un sentiment de déshérence.

 Tous les effets de disparition-apparition concourent à créer une atmosphère étrange dans un champ de perception où le fantasme  devient réalité. Parce qu’il semble que les personnages finissent par douter d’eux-mêmes : « Est-ce bien de moi dont vous parlez ? Mais qu’étais je donc en train de vous dire ? Qu’est ce qui se passe ? »

 Troubles de la perception, dérangement mental, ou tout simplement cauchemars et rêves alimentés par les multiples interférences qui encombrent le psychisme des personnages.

 D’entrée de jeu, les spectateurs prennent plaisir à escalader leurs obsessions imbues ou oniriques. Leurs propres refoulements prennent corps sous les effets magiques de la danse, du chant et du théâtre.

 Un spectacle étrange et fascinant où tout est à prendre sinon à louer.

 Paris, le 17 Juillet 2012        Evelyne Trân

 

 

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