HOLY MOTORS DE LEOS CARAX .Point de vue d’une spectatrice

Comment parler d’HOLY MOTORS, quand on n’est pas cinéphile, professionnel du cinéma. Tant pis, je me jette à l’eau. Je suis juste une spectatrice qui rentre dans un cinéma comme elle irait pécher quelques images au bord de l’eau. Qu’est-ce qu’on va chercher au cinéma ? Je l’ignore. Je me souviens d’une jeune femme à qui je racontai brièvement le scénario d’un film, me confier qu’elle n’avait pas besoin d’aller au cinéma parce qu’elle avait déjà vécu le sujet du film. J’avais bien aimé sa réflexion parce que cela me confirme dans l’idée que la réalité dépasse la fiction, et qu’on n’entre pas dans un film comme l’on va à la boulangerie chercher du pain et pourtant…

 Clic, clac, nous sommes tout un chacun, nos propres reporters. Si nous nous couchions sur la vitrine d’une boulangerie, imaginez tous les films que nous pourrions voir s’y  projeter. C’est extraordinaire. De là à penser qu’un écran de cinéma puisse configurer une vitrine qui nous absorberait un instant, tout en continuant à vivre sa vie de vitrine… Le piéton finit pas dépasser la vitrine tandis que la vitrine, elle continue à palpiter à l’arrivée d’un nouveau piéton.

 Il n’y a pas de narration possible du film HOLY MOTORS. C’est un peu comme si en tant qu’amateurs, nous faisions de la plongée sous-marine et qu’avec nos allures de monstres, nous  demandions aux poissons et aux requins de nous donner leurs impressions. Dans le film tous les personnages assument leur qualité de « monstres ». Qu’est ce qui est monstrueux ? C’est ce qui se voit. Tout se passe un peu comme si nous parlions pendant un temps indéfini avec une personne dont nous ne verrions le visage que projeté sur un miroir. L’impression est éprouvante, l’interlocuteur n’est pas derrière le miroir, il est derrière notre dos, comme dans la vie.

 Léos Carax filme en quelque sorte ce qui se passe dans notre dos. Il avance avec sa caméra derrière le dos des spectateurs. Monsieur OSCAR enfile une quantité de personnages que nous aurions tous pu voir d’un coup d’œil sans les détailler, au  coin d’une terrasse de café, aux Champs Elysées par exemple, sauf que nous sommes assis au cinéma. Une seule goutte de sang de mémoire et cela suffit. Le personnage d’OSCAR rentre de force dans notre cinéma.

Il veut dire que  le cinéma est vivant et peu importe qu’il passe par une caméra, nos yeux sont des caméras. Les rues, les voitures, les monuments, les fantômes de nos souvenirs  nous observent. Nous sommes cernés. Ses visions  sont comme des coups de pinceau à même la peau. C’est du maquillage pour jouir de chaque visage, pour exprimer la surprise même à travers un masque, jouer le jeu de la sublime, fatale, monstrueuse apparence.

 Je me suis transportée dans ce film comme dans un poème de Lautréamont. Léos CARAX aime les comédiens et nous les fait aimer. Avec quelques frissons comme au temps d’ « Autant en emporte le vent » ou « le Docteur Jivago », même si cela n’a rien à voir,  ce film nous regarde. Il a pour échelle Denis Lavant, Edith Scob, Michel Piccoli  etc…J’ai entendu dire qu’ils étaient poètes dans la vie, incognito. Je cinémarêve !!!

 Paris, le 12 Juillet 2012                    Evelyne Trân

Distribution du film :

 

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