ANTIGONE DE SOPHOCLE au Vingtième Théâtre – 7 Rue des Platrières 75020 PARIS – Mise en scène Olivier BRODA – du 28 Mars au 6 Mai 2012

  Traduction : Jean et Mayotte Bollack

Avec : Alain Macé, Maëlle Dequiedt, Sylvain Fontimpe, Laëtitia Lambert, Claire Mathaut, Anne-Laure Pons, Eve Weiss. Colloboration artistique Jean et Mayotte Bollack.

Que peut-il bien se passer dans la conscience d’hommes et de femmes qui sont témoins d’une guerre fratricide ? Un grand effroi, un sentiment de fatalité, d’impuissance ? Le dénouement de la guerre qui met d’un côté le vainqueur et de l’autre le vaincu, soulignera toujours l’aspect binaire des résolutions humaines. De ce point de vue, Antigone de Sophocle est éminemment politique. Antigone, sœur des deux frères ennemis et Créon, devenu le chantre du pouvoir, occupent des positions sur l’échiquier qui sont censées déterminer leurs choix. Peut-être pourrait-on comprendre avec Sophocle que ce qui oppose Antigone à Créon, n’est pas seulement affaire d’idéologie mais de vécu. Antigone se trouve directement impliquée, moralement, dans le sort réservé à son frère Polynice alors que Créon utilise l’évènement pour asseoir son pouvoir.

Pour faire le deuil d’une guerre fratricide, Antigone n’a pas d’autre choix que d’ensevelir son frère Polynice. Son geste ne devient héroïque que parce qu’il est banni par Créon. Ce qui signifie que la guerre n’est pas terminée. L’avenir des hommes d’après Sophocle dépend de leur capacité à tirer les leçons des désastres qu’ils commettent aveuglément. Pour Sophocle, par la voix d’Antigone, c’est la soumission à la tyrannie qui est fatale pour la communauté.

Le discours de Sophocle apparait très moderne; 2500 avant J.C, il remarque le machisme des hommes et dresse avec Antigone un portrait magnifique de femme qui est devenue une figure de proue de la résistance.

 Cependant le metteur en scène Olivier BRODA n’a pas choisi le paramètre des idéologies. Il entend faire entendre, seul, le texte de la pièce qui se lirait comme sur une toile mouvementée, susceptible de refléter les ombres qui s’y déploient.

 L’impression générale est d’ordre contemplatif et religieux, Religion dans la mesure où il s’agit d’office de vivants vis-à-vis des morts et que l’argument de la pièce, c’est aussi l’histoire d’un mort qui fait injure aux vivants.

Le chœur composé de femmes à plusieurs voix apporte beaucoup de fraicheur à cette cérémonie de deuils. On pourrait se croire dans un opéra. Les interprètes ne chantent pas, mais leurs accents épousent le tissus organique de solitudes adossées à un voile, symbolisant cette poussière de terre avec laquelle Antigone – dit-on car on le voit pas-  recouvre son frère Polynice.

 La scénographie  à la fois sobre et éloquente fait penser à celle d’un peintre qui exposerait un triptyque formé par le chœur, Antigone et Créon. Antigone jouée par Laetitia LAMBERT possède toute la juvénilité, la vigueur et la beauté que l’on peut rêver pour un tel personnage.

 Un beau spectacle qui permet de faire entendre cette petite musique intérieure, distanciée de SOPHOCLE, vis-à-vis de ces héros. Un spectacle à portée de nombreuses voix qui circulent dans nos consciences.

 Paris, le 8 Avril 2012                            Evelyne Trân              

 

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