Lettre à ma mère. Adaptation théâtrale du roman de Georges Simenon de et avec Robert BENOIT au Théâtre du Lucernaire – 53 Rue Notre Dame des Champs 75006 PARIS –

Collaboration artistique Natalia Apekisheva 

 Lumière : Emmanuel Wetischek

A partir du 29 Février 2012. Du mardi au samedi 18 H 3O

 Une écriture blanche à la fois sûre et délicate apparait sur un écran, il s’agit d’une lettre qui a peut-être été écrite à l’encre des nuages. Tandis que nous nous interrogeons, l’auteur surgit du silence et la lettre devient non pas seulement un monologue puisqu’elle est aussi bien adressée à lui-même qu’à sa mère, mais une sorte de réceptacle comme un tissus de chair.

 Grâce à la voix si tranquille et naturelle de Robert Benoit, on découvre comment l’écriture avant d’être figée en caractères d’imprimerie, possède ces éléments que sont l’eau et la roche  pour glisser dans l’intime soupière de nos corps terrestres.

 En réalité, pour apparaitre presque limpide, l’écriture de Georges Simenon a été travaillée. Ce n’est pas la même chose d’écrire un roman policier et de parler de sa mère. Elle est morte, elle vient de mourir mais il peut bien lui parler puisqu’à partir d’elle, il renoue  d’une façon plus charnelle avec ses interrogations sur la vie : qu’est ce qui fait qu’un homme est un homme et sa propre mère une femme ? Qu’est ce qui peut bien rapprocher des êtres et qu’est ce qui peut les élever au-delà de la circonspection sournoise, sinon le sentiment que chaque être est une personne.

  Il s’agit pour Simenon d’élever sa mère au rang de personne non pas seulement parce qu’elle l’a mis au monde mais aussi pour réparer une injustice authentique, la séparation, ou l’impossible ou difficile communication entre les êtres, leurs destinées qui se vouvoient davantage qu’elles ne se tutoient, leurs solitudes.

 L’enquête est extraordinaire  car de la même sorte que l’on assiste à la tombée du soir, l’on assiste à la tombée de souvenirs qui pour  être anecdotiques sont  aussi indéfinissables que les personnes qui nous touchent.

 L’intrigue est si captivante qu’il est impossible de décrocher des lèvres de Robert Benoit qui avance, avance toujours pour dessiner devant nous le portrait d’une femme à travers le regard de Simenon, attentif, et qui se plait à jouer le rôle de fils, être pour une fois présent avec sa mère dans un roman.

 La voix de Robert Benoit a la qualité de l’éponge de mer, elle ne s’autorise aucune redondance, et grâce à lui l’on découvre un Simenon, plus impressionné qu’impressionnant, toujours en quête de visages. C’est passionnant !

Paris, le 11 Mars 2012                 Evelyne Trân

Un commentaire sur “Lettre à ma mère. Adaptation théâtrale du roman de Georges Simenon de et avec Robert BENOIT au Théâtre du Lucernaire – 53 Rue Notre Dame des Champs 75006 PARIS –

  1. Ce n’est pas la même chose d’écrire un roman policier et de parler de sa mère. Elle est morte, elle vient de mourir mais il peut bien lui parler puisqu’à partir d’elle, il renoue d’une façon plus charnelle avec ses interrogations sur la vie.
    La plupart des êtres humains parlent plus à leur mère après leur mort que pendant leur vie, pour ne pas subir cette séparation trop cruelle qui nous coupe de nos racines de la vie. Et puis nous pouvons tout lui dire car la mort nous libère de nos sentiments, émotions, rancœurs, colères, incompréhension et nous laisse libre de les déverser pour finalement enfin rejoindre l’amour maternel. Ne jamais oublier qu’une mère qui n’a pas aimé son enfant, l’a détesté ou trop aimé a elle-même souffert, enfant, de ne pas être aimée et reconnue.

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