L’épigone du corps.

Où se niche donc la poésie ?

 Petite réflexion intemporelle telle une goutte d’eau au dos d’une cuillère

Nous aurions  fort maille à partie si notre grosse tête pensante décidait de donner la parole à tous les continents qui constituent notre corps.

 Les chemins de communication sont innombrables, certains sont visibles, d’autres pas, mais machina ex machina, il faut bien reconnaitre que ce sont la tête et le ventre qui s’arrogent  les pleins pouvoirs. Comment dissimuler notre impatience d’ouïr que les mains et les pieds ont beau fébrilement, de concert demander la voix au chapitre, vu qu’ils sont si dépendants du moteur tronc,  on oublie que viscéralement, en réalité, ils font partie de la sphère la plus spirituelle de notre corps.

 Ce sont les peintres qui ont su attirer notre attention sur la capacité d’expression de ces membres, les pieds et les mains en les traitant comme des visages à part entière.

 Quelle politique pour notre corps sinon celle de ne pas s’enorgueillir de résister aux vents  et marées. Quand il ne reste rien à un homme, il lui reste dit-on, les pieds et les mains ou bien ? La peau, oui cet organe malicieux, froid ou chaud ou tempéré, toile à elle seule d’une nudité ressentie à travers tous ses pores.

 J’exagère, mais comment ne pas réagir à ces opinions concernant les minorités silencieuses. J’entends sans cesse dire : nous ne faisons pas partie de la majorité, la poésie n’intéresse qu’un infime  pourcentage de l’humanité. Les médecins seront d’accord pour dire que si nous prêtons de l’attention à l’orteil ou au petit doigt accidentés, c’est parce que  leur infection peut paralyser le corps entier.

 L’homme n’en est qu’au début de l’exploration de tous ses organes qui sont eux-mêmes en relation avec le soleil, la nuit, le jour, enfin pour résumer avec la création.

 La poésie est un fait de nature, c’est un beau paysage qui nous éblouit, c’est une jolie voix qui nous émeut, c’est à travers un rayon de soleil, l’étonnement de s’éprouver tout à coup très proche d’une fourmi porteuse d’une miette de  pain, s’enfouir sous une feuille. Et vous voudriez nous priver de cette vision sous prétexte que la terre tourne et nous avec. Mais ce minimal végétal, ce froid, ce chaud qui affleurent la largeur d’un poignet, c’est une richesse éprouvée qui vaut bien mille tempêtes dans un verre d’eau.

 C’est étrange, ce chaud et ce froid que nous n’entendons pas à travers les écrans de télévision. Que dit l’homme de si important qu’il ait besoin d’installer partout des miroirs chancelants qui brouillent sa piste ?

A force de se croire le nombril de l’univers, l’homme ne s’entend plus, il devient sourd et aveugle à son environnement. Que nous disent les montagnes, les abeilles en écho aux paroles et gesticulations des hommes ?

Donnant, donné. Les relations entre hommes ne seraient que des rapports de marchandage, il faut lutter pour vivre. Alors supprimons tous ces arbres sauvages, au bord des routes qui donnent  encore des fruits sans que nous les ayons sommés d’être.  Vendons nos places au soleil, vendons la terre, vendons nous ! Somme toute, restera le désert dont personne ne veut, et puis  la faim, la soif et tout recommencera  tandis que les océans et les montagnes parleront poésie à notre place. Quel rêve ! Où sont les spectateurs ?

 Paris, le 14 Janvier 2012                  

 Evelyne Trân

 

 

 

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