La tête des autres d’après Marcel Aymé au Centre dramatique de La Courneuve

Centre culturel Jean-Houdremont, 11 avenue du Général-Leclerc,
Réservations : 01 49 92 61 61.
Du 11 janvier au 29 janvier 2012
Les mercredis, vendredis et samedis à 20h30, Les jeudis à 19h, Les dimanches à 16h30.

Mise en scène Elisabeth Hölzle  avec
Marc Allgeyer ● Bernard Daisey ● Myriam Derbal . Damiène Giraud ● Maria Gomez ● Jean-François Maenner. Jean-Luc Mathevet ● Jean-Pierre Rouvellat.

Scénographie et costumes : Loïc Loeiz Hamon. Création lumière et régie générale : Julien Barbazin.

Un plaidoyer contre la peine de mort traité comme une farce où tous les convives devenus justiciers de leur propre vie, devraient se demander quelle est cette tête qui trône sur leur table.

 Ah messieurs les procureurs, magistrats, avocats  quand vous vous bousculez pour vous payer la tête des autres, c’est votre métier après tout, vous êtes-vous jamais demandé quelle mine vous feriez si les rôles étaient renversés  si vous deviez vous mettre à table devant un condamné à mort, assoiffé de justice.

 Marcel Aymé se paye la tête de la Justice avec une telle insolence dans sa pièce « La tête des autres » qu’une levée de boucliers de ses représentants, demanda son interdiction, à sa création au Théâtre de l’Atelier en 1952.  Figurez-vous que cette comédie est toujours d’actualité puisque la troupe Avoc’art, composée d’avocats, bordelais, l’a jouée tout récemment « pour faire allusion aux liens de subordination qu’il peut y avoir entre le pouvoir et la magistrature dont nous allons donner une image quelque peu caustique » .

 Qui veut faire l’ange fait la bête. Cette courte sentence de PASCAL, Marcel Aymé la fait sienne  pour dresser le portrait d’une société qui apparait dans toute sa grossièreté, dès lors que les gros fils qui la sous-tendent, se lâchent pour devenir les croche-pattes, les nœuds des futurs pendus à la langue trop pendue etc.

 Vérité et justice ne font pas bon ménage, il n’y a qu’une clé pour redorer leur blason, la communion de leurs intérêts. A chacun sa vérité,  il faut attendre que la roue tourne comme au manège. Maintenant conclure que celui qui tire le pompon est peut être celui qui envoie la tête des autres au panier, c’est une conclusion qui n’a pas fini de faire grincer le carrousel.

 Dans ce manège, bien installés sur leurs dadas, des notables tournent et font les beaux en nous saluant tour à tour, en nous agrémentant de joyeuses ritournelles de Boris Vian, d’Henri Salvador, ce qui est tout de même assez incongru. L’habit ne fait pas le moine. Chacun sait qu’un homme peut très bien aller à l’église, s’agenouiller devant Dieu, et signer ensuite le papier qui condamnera à mort son prochain. Et cela n’empêche  pas la terre de tourner, bien au contraire.

 Faute de pleurer, nous rions beaucoup à ce spectacle où les comédiens font surenchérir leurs personnages jusqu’au bout de leur vérité haletante, à savoir sauver leur tête, au lieu et place de celle du condamné à mort qu’ils se renvoient comme un vulgaire ballon de foot sans craindre de se salir les mains.

 Elisabeth Hölzle à la mise en scène déploie toute sa virtuosité. On a l’impression qu’elle souffle sur les personnages pour créer une sorte de tsunami impitoyable. Le décor très raisonnable : un perron à l’italienne et  terrasse à volonté,  a un côté pastille de foire foraine ou de pièce montée, où il ne manquerait que les Jésus en sucre. Fi du décor, puisque nous assistons très rapidement à des combats échevelés de coqs et  de poules qui finissent par nous devenir familiers, à tel point que  lorsque le manège s’arrête, et que l’on entend sourdre le mot innocence de la bouche du condamné, il se produit une sorte de glissement de terrain dans nos méninges. Faut-il que nous ayons besoin de nous pincer pour y croire !

 Il y a du Labiche dans cette comédie, du Ionesco, du Jarry également Bien sûr, le propos a quelque chose d’ostentatoire mais il touche aussi, par des réflexions toutes simples, non maquillées. Le temps de nous débarbouiller de nos grimages, on est heureux de l’ouïr presque naïve, toute nue, la vérité par la plume de Marcel Aymé,  capable de faire s’ébrouer en chœur, l’intrépide et talentueuse  Compagnie du Centre Dramatique de la Courneuve.

 Paris, le 15 Janvier 2012

Evelyne Trân

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