MOI, CARAVAGE AU THEATRE DU LUCERNAIRE

Auteur : Cesare Capitani
d’après le roman de Dominique Fernandez La Course à l’abîme (Grasset)
Mise en scène : Stanislas Grassian
Avec : Cesare Capitani et Laetitia Favart
Du 10 janvier au 7 mars 2012
Du mardi au samedi à 20h
Les dimanches à 17h
Relâche le 31 janvier 2012

Est-il raisonnable de donner la parole à un peintre quand le rayonnement de ses œuvres dépasse l’entendement du commun mortel ? Aussi romanesque  tumultueuse et sulfureuse qu’ait pu être la vie de Caravage, cette fameuse distance que travaille l’artiste en qualité de voyeur face à sa toile lui confère une perspective qui donne le tournis à notre aveuglement.

 Faut-il voir en Caravage le porte flambeau d’un inconscient collectif  ravageur, sous la tutelle du clergé et de l’inquisition ? Quoiqu’il puisse nous inspirer, comment ne pas rester dominés par l’idée que Caravage fut élevé au rang de maître par le pouvoir en place et que la légende du peintre forban et assassin servait certainement ses intérêts.

 Entre mysticisme et mystification, se cale la lueur de l’authenticité, celle-là même qui éclaire ou obombre le regard de l’infini voyageur de portraits.

 Nous pourrions nous acheminer  comme dans un rêve sous la veilleuse d’une flamme dévorant une toile de CARAVAGE. C’est ce que semble signifier la mise en scène du spectacle, d’une sobriété proche du dénuement. La clarté quant à elle surgit de la jolie voix de Laetitia Favart et de celle de Cesare Capitani ,  l’interprète de CARAVAGE, fabulateur de sa propre vie dont les mécomptes s’ils ne sont pas un passeport pour l’au-delà, en font un personnage presque truculent, bon vivant, très éloigné de ces peintres planqués dans leur intériorité invisible, donc une espèce de voyou, un peintre slameur avant l’heure qui fréquente les bouges, prend pour modèles des mendiants et des prostituées afin de redonner de la couleur aux vierges et aux anges.

 Caravage, sous la plume de Cesare Capitani, est  doué d’une bavardise à bon escient, capable de guider le spectateur même inculte dans la pénombre d’une église pour prouver que c’est bien un homme en chair et en os qui a réalisé des toiles destinées à impressionner les âmes des pêcheurs.

 C’est le message que nous retiendrons de ce spectacle, porte ouverte sur l’inconscient d’une œuvre qui crépite de vie sous le manchon du clair-obscur, une palabre bienvenue aux confins de nos mirages.

  Paris, le 11 Janvier 2012

 Evelyne Trân

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