L’apprentie sage-femme d’après Karen Cushman, avec Nathalie Bécue au Théâtre du Lucernaire du 2 Novembre au 31 Décembre 2011 du mardi au samedi à 19 Heures

Adaptation de Philippe Crubézy, Mise en scène Félix
Prader, Lumières Cyril Hamès

P.S. : Nathalie Bécue, Philippe Crubézy et Félix Prader étaient les invités de l’émission « Deux sous de scène » du Samedi 5 Novembre 2011 que vous pouvez écouter et télécharger pendant une semaine  (grille des émissions de Radio Libertaire 89.4)

A la rubrique spectacles, l’apprentie sage-femme est rangée dans la catégorie « conte tout public ». Il est vrai que l’histoire se passe au moyen âge, plus précisément en Angleterre médiévale et campagnarde.
Voilà pour les repères du spectateur. Ceci dit, le titre de la pièce se suffit à
lui-même. Parce que le terme apprenti résonne fort bien aujourd’hui, il est utilisé pour donner du blason et du courage aux jeunes en quête de travail et de reconnaissance dans un monde où dès la maternelle, on enseigne qu’il faut travailler dur  pour trouver une place dans la société et le spectre du chômage, et de la misère rôde toujours. Quant au terme sage associé à femme, il  fait référenceà un savoir-faire qui fut l’apanage de la gente féminine depuis des temps immémoriaux.

 Comment devient-on sage-femme ? Oui, le récit est édifiant, probablement parce que s’y profile un besoin, une nécessité de raccorder l’être femme à ses racines.

Ce n’est par hasard que l’enfant orpheline est découverte sur un tas de fumier et est apostrophée d’injures par une maitresse femme brutale, La Pointue. Surgie de nulle part, voici sur scène une femme qui est partie de rien, ou plutôt de la sensation de froid, de solitude,de faim, qui va nous raconter, pendant une heure, sa vie et l’amour de sa vie, son métier. En arrière-plan, on sent sourdre l’idée que la femme en question va réussir à s’affirmer autrement qu’ à travers le prisme de son apparence. Il ne s’agit pas d’une femme vue à travers le regard d’un homme mais à travers celui d’une autre femme. Et franchement, il y a de quoi mettre au piquet cette fameuse phrase « La plus belle femme du monde ne peut donner que ce qu’elle a » sous-entendu, ses atours. Il n’y a aucun rapport de séduction entre la fillette, surnommée « Cafard » et la Pointue la sage-femme revêche qui la recueille. Pas d’affection déclarée, mais la brutalité du travail au quotidien, l’humiliation  et pourtant  l’enfant apprentie admire La Pointue, parce que la sage-femme fait la pluie et le beau temps dans le village et donne l’impression d’être irremplaçable.

 Envers et contre tout, l’enfant enserre dans son ventre le désir de devenir sage-femme à son tour, elle réussit parce que c’était ça ou mourir . Plus, il faut qu’elle la raconte sa vie « vous savez » parce qu’elle n’a pas seulement travaillé pour survivre, elle a travaillé par amour.

Ses mots sont parfois balancés comme des coups de pieds dans le ventre du futur marmot, cela vagit, cela piaille, et cela est tellement. vivant. Quand « Cafard » qui devient Alice raconte le sauvetage de la noyage d’un voyou ou une scène dans une auberge, on s’y croit.  C’est la magie du théâtre, alors même que sur scène, seules sur une table, trois pommes ont l’air de se moquer du monde. Etrange mise en scène de Félix Prader qui fait confiance à son tourbillon de bonne femme pour  éplucher et  manger les pommes, inopinément.

Car nous assistons  à une épopée, qui sort tout droit de la bouche
de Nathalie Bécue, avec plein  de personnages. Le texte qui colle à sa peau, à notre ouïe, est superbe, poétique et cru à la fois. le spectateur a
peine à reprendre
souffle, ébahi par tant  de jactance. Elle en a accouché combien de petits ? Serait-on tenté de se dire. En même temps, comment ne pas être captivé, hypnotisé,  reconnaissant à Nathalie Bécue de nous donner à entendre une femme, qui appartient à notre inconnu, notre monde, nos rêves, nos désirs, nos pleurs. N’importe, elle existe, elle est comme ça, c’est comme ça. Merci de crier pour nous, merci Nathalie Bécue !

Paris, le 5 Novembre 2011

Evelyne Trân



  

 

 

 

 

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