Hervé Breuil du Lavoir Moderne Parisien et de l’ancien Olympic . Interviewé le 21 Mars 2000 par Vincent Jarry pour la revue ‘Rue des Poètes’

   Je suis né dans un hameau de six habitants dans le Puy de Dôme, dans la commune d’Ambert.J’ai été émancipé à seize ans.Mon père m’avait foutu dehors.

         Jusqu’à ce quartier, j’ai fait des petits boulots de gauche à droite.

         (Salut, on t’a attendu hier. Ben, c’est ma biographie que t’écris)

 Oui, j’ai fait des petits boulots avant d’arriver là, dans ce quartier, avant d’ouvrir le Lavoir Moderne Parisien. Je suis arrivé  dans le quartier, j’avais vingt et un ans. C’était en 83 et on a ouvert en 85.   C’était un projet pluridisciplinaire transversal.

         Un projet pluridisciplinaire transversal? Qu’est-ce que ça veut dire?

         Je me suis trimballé de squat en squat, de Berlin à Paris en passant par Copenhague et Amsterdam. C’était  au début 80, en pleine explosion: il y avait beaucoup de connexions, beaucoup de lieux. C’est pour ça que ça m’a intéressé.J’espère de la continuité dans tous les mouvements Il n’y a personne ce soir, je vais fermer.

         Bon, i’ faut que j’aille servir

          Hervé sert à boire;

         Une contrebasse passe

         Les Négropolitains sont dans le coin.

         Momo est arrivé

         Hervé sert une noisette. Hier, il était énervé.

          Ma première cuite, c’était à cinq ans: des petits beurres Lu trempés dans la gnôle (c’est de l’alcool fait à partie de pommes à cochons : on a droit à cinq litres par an et par vache; c’est pour les empêcher de gonfler avec l’herbe mouillée du printemps (rire) Les vaches sont toutes folles au printemps: elle n’arrêtent pas de se grimper dessus.

          Hier, il y avait des sud-américains. Ils se foutaient sur la gueule. Comme à chaque concert avec eux. Il y a des embrouilles pour des histoires de gonzesses.

          Momo (serveur-chef : rire): Et pendant que ça se règle, la gonzesse se tire…

         Les squats artistiques, je les vois toujours.

           Le L.M.P., c’était une usine Citroën avec 150m de verrière J’en connais une cinquantaine

         L’Art-Cloche? (ce sont des amis: nous sommes en relations depuis plus de vingt ans. N.D.L.R.) Ils ont été expulsés. Ils ont tout déballé chez moi. Avant d’être expulsés, ils ont tout fait cramer. Ca a été filmé. Il reste encore plein de tableaux chez moi.

         C’est en 86 que les squats artistiques ont eu des problèmes; C’est la bande à Pasqua-Pandraud qui a fermé tous ces squats.

          Je ne sais pas ce qu’ils font en Autriche…

         Pour Momo (il est maghrébin N.D.L.R.), les accords de Schengen, ça n’est pas la même chose en Espagne et au Portugal quant à ce qui est du permis de séjour.

          Pour ici, c’est un bail commercial: c’est légal. Bien sûr, il y a eu des pressions; Les stups sont venus perquisitionner jusqu’à mon domicile. Quand on a ouvert le théâtre, ils ont contrôlé plusieurs fois les papiers des comédiens.

         J’habite rue Doudeauville (c’est la rue d’à côté N.D.L.R.), ils sont venus chez moi pour voir si je n’avais pas du matériel volé. La troisième fois, je les ai foutus dehors. Ils cherchent tout: la drogue, le recel etc..

          Oui, bien sûr, on a eu des problèmes avec la sécurité. On nous a interdit le local. Ca a été un long dialogue avec la préfecture… Cinq ou six ans de travaux.

         Quand on était interdit, si on le faisait quand même? Ben, évidemment, oui….

 Le Lavoir, ça a commencé sur un mode festif, sur de travail, plutôt de répétition, sans public. Il n’y avait pas de salle de spectacle: une soirée de temps en temps à cause de la trésorerie.

         C’était festif, avec un léger fonctionnement jusqu’à la guerre du Golfe qui nous a tout cassé la gueule.

 Quant au financement, c’est de l’autofinancement avec les recettes de spectacles, les soirées, les ventes de tableaux; Une société de production qui pourrait bien fonctionner. A chaque fois, il faut se démerder.

         Aujourd’hui, c’est le bar( Ancien Olympic, 20 rue Léon, N.D.L.R.), parce que les pouvoirs publics n’aident pas. L’économie privée libérale n’est pas tellement éloignée de l’objectif artistique: la liberté, c’est très dur.

         J’aimerais avoir du pognon pour faire profiter la liberté.

          Au 35, (Le Lavoir Moderne Parisien ), on peut mettre deux cents personnes: il y a 100 fauteuils et puis, l’entrée, l’expo et la buvette.

         A l’Olympic, on est toujours à l’affût d’un relais économique. Le lavoir est très plein.

         J’ai toujours les mêmes projets, beaucoup ne verront pas le jour, ce sont des compromis. Peut-être que les projets les plus beaux sont à la trappe.

         Le deuxième lieu, l’Olympic, c’est le projet maximum. Au niveau de la culture, ce sont des projets à plus gros risque. C’est un lieu d’accueil foisonnant au niveau des performances: le cabaret, les poètes ont accès à une salle de spectacle… On dépoussière… On dépoussière…

          Un verre cassé. Hervé prend le balai et nettoie le long du bar.

          J’ai commencé avec 80F. J’ai toujours rien de plus.

         Ce n’est même pas ça l’histoire.

         Mon père m’a foutu dehors, j’avais zéro, c’était le début du printemps. Je n’avais qu’une chemise et une petite veste de merde. Je rentrais à cinq heures du matin, complètement bourré, j’avais sauté le mur et je passais par la fenêtre et il m’attendais : pour me foutre à la porte. ..Je suis parti dormir dans des granges, dans la paille. Après, je suis arrivé en Corse. J’avais quatre-vingts balles en poche. Je me suis retrouvé pêcheur sur un chalutier. Ca m’a fait un peu d’argent, j’ai acheté une bagnole, une R6 et j’ai pu aller à Paris, voir les squats d’Europe.

 L’écriture?

         J’ai toujours un petit carnet. Ca fait longtemps que je fais une page par jour, Une petite page: comme le feuillet que t’as pris. Une vingtaine de lignes.

         Ca m’aide à lutter contre la dépression…

         Non, mais la dépression, ça va jamais très loin… (rire)

          Vous reprenez quelque chose?

 Propos recueillis par Vincent Jarry le 21 Mars 2000 pour la revue « Rue des Poètes »

 

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