Dialogue inopiné entre un escargot et un enfant

Dessin d'Adama

J’ai toujours eu l’idée de la poésie comme d’un arbre qui se réveillait dans mon pays d’enfance, à la crête d’un sourire, à partir d’une page blanche.

Elle était petite île, cette page blanche et déjà le soleil l’éclaboussait. A cette époque, tu pouvais emprunter le pas sournois de l’ombre, tu pouvais t’adapter, n’être qu’une boule de sentiment qui roule sous la poussière ambiante. Tu n’avais ni l’idée de la richesse, ni celle de la pauvreté, tu étais là tout simplement en regardant un escargot, t’imaginais le monde tandis que très lentement, il glissait bizarrement sur le trottoir.

Ils sont allés jeter cette boule de poussière contre le mur. Pour se fabriquer un petit monticule de moi, c’était très facile et cela avait aussi peu d’importance. Les mots et les lettres sont arrivés comme des graines de pluie pour t’abriter de l’éblouissement. Mille grains de sable pour parapluie.

« Je n’ai besoin de rien, disait l’enfant, à l’escargot.

 Et l’escargot tout de même qui n’était pas rien, s’enquit de lui répondre :

– Moi, je sais que tu es venu pour réveiller les morts, pour leur demander pourquoi ils s’étaient immobilisés.

Et l’enfant s’exclama :

– Je ne sais pas ce que c’est que la mort !

 Alors l’escargot qui faisait figure de grande personne répondit :

– Mais si tu sais, c’est juste une image la mort, une image comme une sorte de porte qui indique le nom d’une personne.

– J’aurai voulu sécher les larmes de ma mère dit l’enfant et je n’ai pas réussi. Je suis trop simple, tu comprends, trop simple. Je m’en veux beaucoup d’être si simple.

Et l’escargot qui faisait figure de grande personne déclara :

– Il y aura de l’eau pour ceux qui ont soif, il y aura du pain pour ceux qui ont faim. Le vide appelle le plein et inversement.

– Je ne sais qu’une chose, dit l’enfant, lorsque je pleure, mes larmes, elles sont pareilles à toutes les larmes du monde et elles me font penser à celles que je vois dans le regard d’un chien  et j’aime beaucoup les chiens car ils sont très sages, ils aboient au bon moment et te traversent l’âme avec leurs yeux, au bon moment.

– Effectivement, tu es trop simple convint l’escargot. Sache tout de même que je suis un grand poète. Si les humains pouvaient imaginer que la poésie sort tout droit de ma petite coquille, ils en oublieraient leur assiette.

– Tout de même réfléchit l’enfant : le monde ne peut pas rouler à la vitesse d’un escargot.

– Il va encore plus lentement que ça, répondit l’escargot. Le temps a été inventé pour répondre aux exigences d’une société. Il y a autant de temps que d’être vivants ou morts sur la terre. Il y a le temps de la faim et de la soif  et aussi celui où l’on a ni faim, ni soif, la suspension, un ange qui passe et quelques broutilles qu’on appelle la poésie pour laisser venir, laisser de pauvres bestioles comme moi, sillonner la route.

  – Tu me passeras à travers le corps, dit l’enfant, j’entends plus tard te ressembler et que quiconque me regarde, te voit en train de tortiller tes antennes.

– Dans le fond, dit l’escargot, en balançant ses antennes,  il y a aussi du temps pour la poésie, quel bel arbre !

C’est un pays, n’est-ce pas, qui permet de réunir des êtres aussi différents que toi et moi,  c’est chouette !

 – Et maintenant, s’écrièrent en chœur l’enfant et l’escargot : Essayons de traverser la route ensemble !

                                                                              Evelyne Trân

 

 

 

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