Léon Gontran Damas a franchi la ligne au Théâtre du Lucernaire jusqu’au 26 Février 2011


Léon Gontran DamasAvec Mylène Wagram, mise en scène Frédérique Liébaut
Jusqu’au 26 Février 2011 à 19 Heures du mardi au samedi.

Le corps de la poésie comme une offrande aux cieux, aux aïeux, qui baille, langue insoumise, déchirée, haletante, le regard tourné vers les tristes marées qui balayent la digue. De sa mémoire frondeuse celle qui emplit son corps balloté entre plusieurs continents martelés à pieds nus, Léon Gontran Damas porte sa voix de métis telle une perche inouïe qui s’abreuverait des chants de lumière brisés par l’écume et d’un pied de danse soulève les épaves pour les porter tels des tambours en haillons sur la cime de l’océan.

Une mémoire remplie d’amertume pour les histoires délavées, les êtres devenus épouvantails, déguisés, mutilés par les courants,
les soubresauts de la grande Histoire, qui échangeraient les bribes de leurs petites leçons de vie pour exprimer les voix de ceux qui entendent porter une parole traversière, aussi vivante qu’une nuit sans lune, qui témoigne tendue et douloureuse de l’instrumentation d’une couleur de peau où le regard croisé entre le soleil et l’ombre redevient une histoire d’amour entre les mots, entre les doigts, entre les bruits, et chante leurs apparitions.

Mylène Wagram, la comédienne qui offre ses voix aux poèmes de Léon Gontran Damas, semble débarquer d’un tableau aérien où le désir et l’incertitude, suspendus par les entrelacs de silences et de mots simples et retenus, parfois lapidaires, dans une sorte d’espace intérieur, renvoient au mimétisme des ombres et nous permettent de reconnaitre à travers à sa silhouette, l’arbre qui se soulève et danse avec ses branches.

Cette poésie a la couleur des ruelles sans fond où parfois nous nous engageons avec cette idée, parfois seulement, de nous retourner pour regarder l’avenir, tendre la main à l’inconnu, embrasser l’homme qui s’en va, lui souhaiter bonne chance. Il y a un peu l’impertinence de la douleur mais il y aussi celle de l’espérance quand la parole se rue de si loin avec juste un peu d’eau à nous soumettre.

Il me semble que la voix de Léon Gontran Damas, dépasse le tiroir où il est classé en tant que poète de la négritude, guyanais, blanc noir et amérindien. C’est aussi cela le bonheur de l’écouter comme on toucherait un arbre au centre de la terre.

Il faut saluer la mise en scène toute sobre et épurée de Frédérique Liébaut pour cette rencontre avec la poésie de Léon Gontran Damas, parcourue par une comédienne, Mylène Wagram, tantôt en souliers de ville, tantôt à pieds nus, d’une voix lumineuse et grave, certaine et trébuchante, car me disais-je en rêve, il s’agit de paroles enracinées dans la terre.

Paris, le 19 Février 2011
Evelyne Trân

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